Arlt - Interview

17/11/2010, par | Interviews |
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On ne sait jamais si c'est le texte qui s'adapte à la musique ou plutôt l'inverse, tout cela semble assez élastique.
Sing Sing : Bon, Eloïse, tu me dis si je parle trop et que tu veux prendre la parole ! (rires) Comme je le disais, tout cela n'était pas très concerté.
Eloïse : Pour nous, il y a quelque chose d'évident. Ce n'est pas tant la musique qui aurait le dessus sur les paroles, ou l'inverse, c'est que la forme bouge, se transforme, puis s'arrête, et parfois c'est d'une façon plutôt abrupte et bizarre, au milieu d'une phrase. J'interviens de mon côté sur les chansons, et à un moment on se dit : ça y est, c'est ça. On n'est peut-être pas arrivé là où on aurait conduit la chanson volontairement, mais le résultat nous convient.
Sing Sing : Ça peut paraître un peu abstrait, mais j'ai tendance à considérer les chansons comme des organismes vivants, avec leur existence propre. J'aime bien faire le botaniste et aider les chansons à pousser, les accompagner, et les laisser nous apprendre des choses sur elles, plutôt que de vouloir tout contrôler. D'où leur caractère d'anomalie, parfois.

Arlt

Les compositions me semblent davantage fondées sur une alternance de tension et de relâchement que sur la structure classique couplet-refrain.
Sing Sing : Je pense que c'est surtout dû à l'interprétation, au souffle qu'on y met.
Eloïse : On a quand même nos couplets et nos refrains. Pour moi, ce sont des chansons très simples, elles ont quelque chose de la ritournelle. On n'est pas dans des performances de construction, dans la complication. En même temps, c'est vrai que si on les observe objectivement, elles ont quelque chose de bizarre... tout en gardant une grande évidence, je trouve.
Sing Sing : Certains voient une sorte de prise de position dans cette construction des chansons, ou tout au moins une volonté d'expérimenter. Je préfère considérer que c'est un peu aventureux, plutôt que vraiment expérimental. Ce sont des formats auxquels je suis habitué, j'ai beaucoup écouté des vieux blues, des berceuses... Des chansons traditionnelles et populaires, pas du tout formatée selon un schéma pop, sans doute, mais qui n'en restent pas moins des chansons qui ont des buts précis : célébration, invocation, volonté d'endormir un bébé... Leur forme peut paraître un peu aberrante, parce qu'elle est répétitive ou digressive, mais il n'y a rien de compliqué au départ.
Eloïse : Il y a aussi quelque chose du jeu dans notre façon de construire les chansons. On joue très sérieusement, comme des enfants.

C'était aussi évident de marier vos deux voix, qui sont dans des registres très différents ?
Eloïse : Au départ, on n'y avait pas pensé, ça s'est fait naturellement. On s'est dit "Ah ouais", et les gens qui ont entendu ont dit "Ah, c'est beau". (sourire)
Sing Sing : On ne s'est jamais dit que ce serait intéressant de chanter ensemble. Au départ, je n'étais pas du tout censé chanter, et puis Eloïse m'a demandé de faire quelques choeurs par-ci par-là, et de fil en aiguille...
Eloïse : En fait, on ne comprend toujours pas très bien comment on en est arrivés là : comment on s'est rencontrés, comment le projet est né... A l'origine, on venait d'univers très différents et pourtant ça a collé tout de suite.
Sing Sing : C'est vrai, il n'y avait pas que les voix qui étaient... "antinomiques", comme tu l'as écrit dans ta chronique (sourire). Nos cultures, nos attentes et quêtes respectives différaient en des tas d'endroits, et assez vite j'ai trouvé intéressant et fécond qu'on collabore. Plus, en tout cas, que si je m'étais acoquiné avec quelqu'un qui aurait eu les mêmes goûts et les mêmes envies que moi. Là, je disais à Eloïse "Ce serait bien que ça sonne comme tel ou tel truc", et elle n'avait qu'une idée très vague de ce dont je lui parlais.
Eloïse : Voire pas du tout ! (sourire)

Vous parliez tout à l'heure de Mocke, qui a produit "La Langue". Quel a été son apport ?
Sing Sing : Il joue de la guitare sur tous les morceaux, même si c'est très discret.
Eloïse : Il avait commencé à suivre le projet avant l'enregistrement.
Sing Sing : Quasiment depuis le début, en fait. Quand on a commencé à jouer pas mal à Paris, il était au Chili avec Holden, donc on ne le voyait pas, mais il n'avait pas abandonné l'affaire. Il nous a beaucoup aidés à définir le son du disque, à concrétiser nos envies. Les miennes étaient très abstraites et il a réussi à les matérialiser. C'est lui qui a enregistré les chansons, qui était vraiment aux manettes. Il a eu l'idée de le faire en live, même s'il y a du montage derrière. Ce n'est pas un enregistrement totalement naturaliste.
Eloïse : L'album a quand même été enregistré en très peu de temps, une semaine environ, plus le mixage qui a été fait sur place.
Sing Sing : Ses parties de guitare sont improvisées, sur le fil. Je lui avais demandé d'avoir une présence fantomatique, j'aimais bien cette idée. Je ne voulais pas faire un trio avec Mocke, mais plutôt un duo avec une ombre projetée, qu'il vienne hanter les choses, saupoudrer sa présence de façon un peu évasive. On a quelque chose de très brut et lui est plus esthète, on a voulu garder ça sur le disque : qu'il éclaire les morceaux, éventuellement en les mettant un peu en danger.
Eloïse : Il a toujours été comme un "visiteur" dans notre musique, sur scène aussi.

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