Barbara Carlotti - Interview

12/09/2012, par Benoit Crevits | Interviews |
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Alors que commence dans quelques jours sa tournée d’une bonne trentaine de dates, voici l’interview que Barbara Carlotti nous a accordée aux Francofolies de la Rochelle. Un vendredi bien pourri en terre rochelaise. Tout y est : je suis en retard, coincé dans les bouchons sous une pluie battante. Du coté des organisateurs, c’est la panique : bourrasques de vent et pluie diluvienne font craindre le pire pour la journée... Heureusement, Barbara chante bien au sec au Théâtre de la Coursive. Arrivé dans les loges avec trente bonnes minutes de retard, je rejoins la pétillante Barbara Carlotti, aussi dégoulinante que moi. Nous enlevons nos chaussures, essorons nos cheveux. Barbara, en forme, chante un vieux tube de R’n’B.

BCa : "Ah ! POPnews ! J’adore grave ! Vous m’aimez bien, je crois, et moi aussi. J’ai trop kiffé la dernière interview de Burgalat, que je trouve vraiment excellente. Il est très en forme, Bertrand ! Il est un peu cynique, revanchard concernant l’industrie, mais je l’adore, je le trouve très rock en ce moment. Il a une grosse envie de mettre des coups de pied dans la fourmilière et il a raison.

BCr : Premières Francos pour toi. Il était temps ?

BCa : Oui c’est sûr, j’en suis quand même à mon troisième album... Je trouve que ça tombe plutôt bien parce que "L’Amour, l’argent, le vent" est très important pour moi. Il a nécessité beaucoup de temps parce qu’il est plus orchestré et que du coup, avec six musiciens c’est un peu plus dense sur scène. Il est un peu particulier, ce disque, parce que j’ai mis du temps à le faire, du temps à le signer : c’était un peu compliqué à un moment, donc cette invitation, c’est une forme de reconnaissance.

BCr : Vincent Arquillière t’avait interviewée pour ton précédent disque. Il t’avait sentie très déterminée sur le fait que pour toi, faire de la musique est une question de nécessité.

BCa : Oui, je me souviens bien de cette interview. J’ai toujours été déterminée. Lorsque j’ai voulu faire des chansons, je me suis débrouillée, j’ai trouvé des potes avec qui je les ai enregistrées. On a fait un EP, on est passé chez Microbe juste pour se faire distribuer et très vite, on a été signé chez Beggars, ce qui était vraiment inattendu. Au début de l’aventure, je ne me suis posé aucune question de ce genre. J’ai eu à un moment le sentiment de revenir au point de départ lorsque j’ai quitté 4AD et à ce moment-là, il était déjà un peu trop tard pour ce poser ce genre de question. C’était également bizarre de quitter les gens qui m’avaient signée, et avec lesquels j’ai beaucoup d’affinités. Et là, évidemment, ne sachant que chanter, j’ai eu une période assez pénible où j’ai commencé à être un peu inquiète et à me dire que je ne pourrais peut-être pas refaire de disques. C’est là que j’ai beaucoup cogité et que je me suis remise en question quant à ma motivation et à ma manière de procéder. A y repenser, je ne regrette pas du tout ces moments. Ils ont été très formateurs.

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BCr : Lorsque tu parles d’affinités, on sent que tu aimes être entourée dans l’écriture, alors qu’en règle générale, ce sont des moments où l’on recherche plutôt la solitude.

BCa : En fait, j’écris d’abord seule mais effectivement, je choisis les musiciens, les équipes avec lesquels j’ai envie de bosser et de composer. C’est vrai que je ne suis pas du genre à faire un disque seule. Depuis le début c’est comme ça. Là, par exemple je voulais travailler à tout prix avec Jérémie Régnier (Haussmann Tree) après l’avoir vu jouer.

BCr : "L’Amour, l’argent, le vent" est très travaillé, très maquetté. On a même dit que tu étais une chanteuse à maquettes... Sur "J’ai changé", par exemple, je suppose que ça a dû être un travail assez long.

BCa : Ah bon ? Qui a dit ça sur moi ? Je l’ai écrite seule dans mon coin. Ensuite, j’ai dit à Fred Pallem que j’aimais beaucoup cette chanson mais que je ne souhaitais pas en faire quelque chose de trop mélancolique. Pour y arriver, il fallait que les arrangements prennent un peu le contre-pied de tout ça. J’avais déjà de mon côté fait un gros travail sur les harmonies. Au final, on a trouvé ensemble des décrochements et Jean-Pierre Petit, avec qui je travaille régulièrement, a écrit le pont qui n’existait pas à l’origine. C’est vraiment ce final que je souhaitais, il me semble assez efficace. Sans cela, je n’aurais pas mis ce titre sur l’album car il ne me semblait pas encore suffisamment abouti. Comme tu vois, c’est effectivement un travail d’équipe : je vais voir les gens lorsque je sais que techniquement j’ai besoin d’aide. Il y a plein de choses que je ne sais pas faire. Je joue assez mal de la guitare par exemple. Je compose néanmoins à partir de cet instrument. Je maquette toujours mes morceaux assez mal chez moi et ensuite, je vais voir mon guitariste en disant "Voilà ce que je veux. Je ne suis pas capable de le faire, alors vas-y, fais-le."

BCr : La phrase sur la "chanteuse à maquettes", c'était Hélène Hazéra dans son émission "Chanson Boum" sur France Culture. J'adore balancer... Le temps joue t-il un rôle dans ton travail ?

BCa : Hélène ! Ah, je l’adore. On est devenues hyper copines. Pour en revenir à mes chansons, le côté un peu acoustique des anciennes partait souvent d’un geste spontané, qui était une sorte d’attitude folk. Mes chansons sont devenues plus ouvragées parce que j’avais plein de temps et que je pouvais imaginer plein d’arrangements différents jusqu’à ce que je sois complètement convaincue. Il y a eu effectivement sur cet album beaucoup de chansons qui sont passées par une multitude d’étapes. Pour "Occupe-toi de moi" par exemple, il y a eu quatre arrangements assez différents.

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BCr : Comment retranscrire ce travail de studio à la scène ?

BCa :Il faut rendre les choses plus dynamiques sur scène. "Nuit sans lune" fonctionne très bien parce qu’on peut lui enlever des couches de cordes ou de claviers, elle reste quand même très étirée, elle se développe très bien dans les textures, dans les notes de synthés. Le fait qu’on soit six sur scène permet bien évidemment de faire plein de choses. On essaie de mixer énergie et arrangements : lorsqu’on ne peut pas aller au bout des arrangements qu’on retrouve sur le disque, on le compense par de l’énergie dans notre façon de jouer.

BCr : Parfois, ta voix paraît complètement détachée du sujet. Pourquoi ?

BCa : Je n’aime pas le pathos, et surtout je n’aime pas m’enrouler dans les émotions. Les mots, la musique expriment des choses assez fortes. Si j’en rajoute, ce serait vraiment de mauvais goût je pense, un poil pathétique par moments. J’aime bien la sobriété de Gainsbourg ou de Françoise Hardy dans les années 60. Ça n’est jamais chanté avec beaucoup d’emphase.

BCr : Tu as pas mal voyagé avant cet album pour aller à la rencontre d’autres cultures, d’autres musiques. Pourtant, à la première écoute, il faut tendre l’oreille pour y trouver un peu d’exotisme...

BCa : Bah oui, c’est pas un disque de world music (rires et séquence R'n'B). Le projet, c’était d’abord de me casser de mon appart parisien, de partir ailleurs, de perdre mes repères, de ne plus écouter de musique de France, en France. Au moment d’écrire c’était assez important. Le fait d’être au Brésil ou au Japon, de ne plus être au même endroit que d’habitude était primordial. Ça m’a permis de trouver un nouveau souffle, de nouvelles idées. D’avoir fait un peu de percus au Brésil, de koto au Japon a quand même influencé mon travail, même si c’est par petites touches. J’ai voulu m’approcher du travail des coloristes : un travail de petites touches où tu mets un peu de couleur à l’intérieur de ta musique.

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BCr : Le titre "14 ans" est autobiographique ?

BCa : Oui, c’était l’époque où je me crêpais les cheveux, me mettais trois tonnes de laque, je sortais la nuit, faisait du stop à 14 ans avec ma copine qui en avait 16. On formait une bande, ma cousine, ma sœur et moi. Elles draguaient les mecs à fond, et moi je ne savais pas encore trop ce que c’était et j’allais danser. J’adorais ça. J’ai passé des nuits dans les cabines de DJ à découvrir Depeche Mode, Cure, Soft Cell, Taxi Girl, tous ces trucs-là, quoi. Tout ça était assez fascinant pour moi.

BCr : D’où te vient cette diction parfaite ?

BCa : Ça vient de Baudelaire. Je suis toujours exigeante sur ce point. Il faut qu’on comprenne ce que je dis. C’est même quelque chose qui m’angoisse un peu. Peut-être parce que dans la vie je ne me fais pas bien comprendre (rires) alors au moins, dans mes chansons, je fais cet effort.

BCr : Bon, sinon, tu écoutes toujours un peu de pop ? Je sais que tu es une fan de Belle & Sebastian.

BCa : Oui, même si j’ai été un peu déçue par leur concert à Paris l’année dernière. J’écoute toujours avec autant d'admiration Scott Walker même si on ne peut plus parler de pop. "Scott 1,2,3,4" restent pour moi ses meilleurs. En ce moment, je m’abreuve de plein de choses. J’écoute Django Django et des trucs un peu psyché comme Connan Mockasin, qui est vraiment pas mal sur scène. "The English Riviera" de Metronomy est peut-être le disque que j’ai le plus écouté ces derniers temps, même si j’ai un faible pour leur précédent "Nights Out" qui était plus expérimental.

BCr : La scène te botte toujours autant ?

BCa : J’adore! Ça me fait flipper à mort mais c’est indispensable pour moi. Ma grande joie, c’est qu’on a 30 dates à partir du 14 septembre et jusqu’au 16 février. J’attends ça avec beaucoup d’impatience. Me retrouver avec mes musiciens et l’équipe technique sur la route est vraiment excitant. Il y a Jean-Pierre Petit avec qui je travaille depuis le début qui est mon guitariste, Benjamin Esdraffo qui est arrivé sur "Les Lys brisé" aux claviers. Il y a aussi Laurent Saligaut à la basse ainsi que Raphaël Leger à la batterie qui est aussi batteur de Tahiti 80 ainsi que Jérémie Régnier, le frère de Thimothée Régnier plus connu sous le nom de Rover, qui est hyper drôle, très sympa et surtout hyper inventif. Il a ramené une espèce de fraîcheur totale dans le groupe. Il n’arrête pas de nous faire des numéros, de faire marrer tout le monde, bref il est complètement acteur dans l’âme. Ce truc magique d’être ensemble ne retombera jamais. En plus, je me rends compte qu’on met un peu de temps à installer nos chansons sur scène : trouver la bonne température, la bonne mesure avec le public, s’approprier vraiment les chansons à soi, chose qui ne ne se fait pas forcément à la sortie du studio. J’essaie aussi de surprendre un peu le public. Ce soir, on fait une reprise de Françoise Hardy. Devine laquelle ? C’est LE TITRE d’Hardy.

BCr : "Message personnel" ?

BCa : Oui c’est ça.

BCr : Je ne suis pas à POPnews pour rien... On est de vraies encyclopédies, tu sais.

BCa : Ouais, mais en même temps c’était facile ! (rires)

Crédit : François Fleury

Toutes les dates de la tournée sont ICI.

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