Bertrand Burgalat - Interview - partie 2

21/04/2004, par Guillaume Sautereau | Interviews |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

 

Michel Houellebecq...
Je l'ai rencontré vers 1994-95, par un ami commun, Jean-Yves Jouannais, qui était un de ses amis de la revue Perpendiculaire. Moi je venais de lire son premier roman, après lu un extrait dans Libé. J'avais trouvé ça super marrant, hyper provo. Ca ne ressemblait à rien, ça ne faisait pas hussard droitier. Perpendiculaire faisait une soirée et Jean-Yves avait suggéré qu'on fasse quelque chose donc je l'ai rencontré. On s'est dégonflé pour la soirée, mais on a continué à se voir et à préparer des trucs. Encore un projet qui a mis longtemps à se concrétiser, et quand c'est sorti, lui il cartonnait avec les Particules. Mais ça s'est fait par hasard aussi.

La dernière sortie en date du label, les High Llamas...
Comment j'ai connu Sean ?... Je sais... par Bruno Rossignol, qui s'occupait de Mute France. Il avait sorti le premier album des High Llamas en France, tout seul, et donc j'avais rencontré Sean à cette occasion. Ca remonte à loin ça. Des mecs comme Sean O'Hagan, ce sont des mecs qui ont un talent incroyable. C'est un vrai plaisir d'avoir pu sortir ça, même si ce n'est pas assez connu, pas assez estimé. On ne se rend pas compte à quel point le dernier album est très neuf. Il ne cache pas des influences un peu années cinquante, mais je le trouve assez unique. Pour moi c'est vraiment une fierté de pouvoir sortir des disques comme celui-là.

Il y a une certaine dimension transverse dans Tricatel, qui ne se borne pas à la musique. Déjà le nom provient du cinéma, il y a des liens avec la littérature aussi, comme on vient de le voir en parlant de Houellebecq... c'est quelque chose auquel tu es attaché ?
Oui, mais ce n'est pas prémédité, ça vient du fait qu'au bout d'un moment, quel que soit le milieu dans lequel on évolue, on est contraint d'en connaître d'autres. C'est génial à travers la musique d'avoir la possibilité de rencontrer des gens dans d'autres milieux. Ce n'est pas une vraie volonté, c'est un côté un peu aventureux peut-être, l'envie de provoquer des choses, de susciter des rencontres. Mais il faut se méfier du systématisme. Quand on a fini l'album de Houellebecq, on n'avait rien inventé. Après l'avoir terminé, je suis tombé, totalement par hasard, sur "la solitude", de Ferré, que je ne connaissais pas à l'époque. Et je me suis dit "ah merde, ils ont fait pareil mais dix fois mieux il y a trente ans". Mais par contre, à l'époque où on l'a fait, ça ne se faisait plus trop. Je ne me sens pas du tout précurseur, mais on est dans un tel processus d'imitation en ce moment, j'ai l'impression qu'il suffit que quelqu'un fasse une fois quelque chose pour que tout le monde se dise "ah ben on a le droit de le faire". Quand on l'a fait, tout le monde ricanait. Dans les deux ans qui ont suivi l'album de Houellebecq, tout le monde sortait son petit projet avec un écrivain. Je n'en reviens pas du manque de liberté, de libre-arbitre dans le monde de la musique. On était loin d'être les premiers, mais tout d'un coup, pendant deux ans, ça a été systématique.

Maintenant, ça va être le tour des mannequins...
Ouais. Mais bon, Karen Mulder, c'est quand même mieux que Carla Bruni. Faudrait pas que je dise ça, parce qu'elle est chez Naïve et que c'est notre distributeur. Je souhaite la victoire de Carla Bruni, parce qu'on a intérêt à ce que notre distributeur soit en forme ! Ce qui est bizarre, ce que je ne lui trouve pas de charme à cette fille. Alors qu'elle est censée être une charmeuse, avoir allumé tous les mecs de plus de quarante ans à Saint Germain des Prés, et moi je ne la trouve pas charmante. Je pense que si c'était chanté par quelqu'un qui ait plus de charme, j'y serais peut-être plus sensible.

Ce n'est pas trop honteux, musicalement parlant...
Oui mais je crois que c'est ça, le drame de la Star Academy : tout ce qui n'est pas de la Star Academy est censé être de qualité. Un peu comme dans les années 90, il suffisait de ne pas être lepeniste pour être un mec bien, avec des crapules comme Tapie ou comme Carignon. Evidemment, eux n'étaient pas dans l'indéfendable. Dans la musique, j'ai l'impression qu'il y a le même phénomène. C'est ce qui m'a fait mal aux Victoires de la Musique, et ce n'est pas contre les gens qui étaient là. Tout d'un coup, à propos de n'importe quel truc, on dit "ah ben au moins ça nous change des Star Academy et tout ça". C'est ça le mal que fait la Star'Ac, c'est que ça exonère tout le monde. La soupe surmarketée, ce n'est pas une invention d'aujourd'hui, mais ce qui est neuf, c'est que ça serve de repoussoir en permanence et que des trucs pas terribles passent pour de la qualité. Non, moi, Carla Bruni, ça me... Je suis plus exaspéré par des mecs comme Delerm. Benabar, il ne m'a pas l'air antipathique, mais c'est le côté tarte à la crème. Les Victoires de la Musique, ça a un bon côté, c'est le côté baromètre, c'est un bon indicateur des tendances. Ca fait quatre ans c'était le rap commercial, ça fait deux ans, y'en avait que pour la Star'Ac, l'an dernier, on a vu apparaître Delerm et dans un an ce sera autre chose. C'est pas grave. Ce qu'on oublie de dire au public, c'est que les disques de Carla Bruni ou les disques Tricatel, ce sont des disques qui obéissent aux mêmes règles que les disques de la Star'Ac. Ca enrichit les mêmes presseurs de disques, la même SACEM, ça passe dans les mêmes caisses enregistreuses, avec la même TVA. Il n'y a pas deux mondes. Et je trouve ça malhonnête. C'est une industrie qui est assez maligne pour vendre à la fois la soupe et aussi la fausse qualité. Chaque major a son truc "qualité française". Et ça, je trouve ça plus vicieux, c'est aussi de la manipulation. Un autre truc qui m'énerve, et qui fait que nous on est parfois passés pour superficiels, c'est cette industrie de la fausse tristesse. Là je voyais, aux Victoires de la Musique, tous ces petits papys de trente ans qui n'arrivaient même pas à se lever pour aller chercher leurs Victoires. Pour être respecté, il faut faire des chansons faussement dépressives. Je ne pense pas que ces types-là soient si tristes que ça. En tout cas, les chansons les plus poignantes dans la pop, elles n'ont jamais été écrites par des mecs qui pleurnichaient, mais par des mecs assez détachés. Alors que là tu vois le mec qui chante "tu vas pas rire, tu sais, c'est rien de le dire". Et puis après le mec ,on l'interviewe, "ouais, je viens d'écrire une chanson pour Gérard Darmon". Ah ouais, l'artiste maudit, l'écorché vif qui fait des chansons pour Gérard Darmon (rires)... Et ça je trouve ça malhonnête. On est en train de faire écouter des trucs super tristouilles aux gens...

 

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals