De Paris au Deep South

01/05/2007, par | Autre chose |
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J'ai vu "Paris s'éveille" d'Olivier Assayas à sa sortie, en 1991. A l'époque, je n'étais sans doute pas aussi cinéphile qu'aujourd'hui, mais j'enregistrais le "Cinéma de minuit" d'Antenne 2 sur le magnétoscope que mes parents venaient d'acheter (vous savez, ces machines qui engloutissaient des sortes de boîtes noires). Bizarre quand même d'aller voir ce film à 16 ans, qui plus est accompagné - si mes souvenirs sont bons - de mon frère, de deux ans mon cadet. Une seule scène m'est vraiment restée, celle où l'on voit Judith Godrèche danser (enfin, bouger) sur "Debaser" des Pixies dans une boîte branchée. Le film est passé sur Arte hier, je crois que je ne l'avais pas revu depuis sa sortie en salles. La scène en question fait toujours son petit effet, le reste du film un peu moins. Peut-être parce que j'ai depuis longtemps dépassé l'âge des deux personnages principaux et que cette vision élégamment destroy de Paris, entre squat parties et virées nocturnes en mob sur B.O. de John Cale, ne m'impressionne plus beaucoup (en plus, j'ai l'impression d'habiter pas très loin de là où a été tourné le film). Ce qu'il y a de mieux dans les films d'Assayas, de toute façon, c'est la musique : le concert des Woodentops dans "Désordre", celui de Metric dans "Clean", le travelling désolé sur un morceau de Nico dans "L'Eau froide", le vol de bijoux par Maggie Cheung sur du Sonic Youth dans "Irma Vep"... Il reste l'un des rares cinéastes français qui ait vraiment compris et su traduire en images (un peu naïvement, parfois) l'esprit du rock, et rien que pour cela, il mérite notre éternelle estime. En fait, je n'ai pas revu la fin de "Paris s'éveille" : à la place, je suis allé voir au Cinéma des cinéastes, dans le cadre de l'excellent festival Nemo, un film du Britannique Andrew Douglas, "Searching for the Wrong-Eyed Jesus". Un film étonnant et inclassable, entre documentaire d'auteur, road-movie languissant (façon Jarmusch ou "Candy Mountain") et clip, dans lequel l'auteur accompagne le chanteur Jim White pour une virée dans le Deep South à bord d'une vieille bagnole cabossée. En chemin, ils rencontrent l'écrivain Harry Crews et quelques dignes représentants du folk le plus gothique, qui feraient passer Nick Cave pour Jonathan Richman : David Eugene Edwards (16 Horsepower, Woven Hand), Handsome Family ou le glaçant Johnny Dowd. Une pure tranche d'americana white trash, entre bayous et mines, prisons et églises pentecôtistes aux offices très rock'n'roll, trailer parks délabrés et bars de nuit où l'on se met la tête à l'envers. De cette lutte sans merci entre Dieu et le Démon, rythmée par des chansons aussi fascinantes que terrifiantes, on ne ressort pas indemne.

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