Dominique A – Interview

06/06/2012, par | Interviews |
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  Dominique A

Sur le nouvel album, on trouve quelques morceaux plutôt rock et basiques, comme "Close West" ou "La Possession". Faire du rock chanté en français, ça reste un fantasme ?

Non, il n'y a pas de fantasme de ma part. Ça vient juste de l'énergie dont je parlais. J'ai une section rythmique très carrée et efficace, donc on pouvait y aller… Mais j'ai quand même été moi-même surpris du résultat, quand j'ai écouté les mises à plat. Après, que ça sonne rock ou pas, c'était le cadet de mes soucis, et c'est peut-être pour ça que ça a fonctionné. Par ailleurs, il y a un morceau qu'on joue sur scène, "Mainstream", et qui ne figure pas sur le disque. Beaucoup de gens se demandent pourquoi. En fait, on a enregistré une version studio, très basique et très rock pour le coup, mais à laquelle manque justement la sophistication des arrangements qu'on trouve dans "Close West", par exemple. Je trouvais qu'elle n'avait pas sa place sur le disque et je m'ennuie même en l'écoutant, alors que j'adore la jouer sur scène. Donc un morceau rock, énergique, s'il ne s'insère pas dans un ensemble, il dégage. Après, on reviendra peut-être à "Mainstream", parce que j'ai un regret sur cette chanson, qui nécessite sans doute une production différente.

Le morceau "Vers le bleu" me rappelle un peu Florent Marchet par son thème et son aspect narratif, plus fréquent chez lui que chez toi. D'ailleurs, certains critiques ont dit qu'avec cet album, ils comprenaient enfin de quoi parlent tes chansons.

J'avais déjà fait des chansons narratives par le passé, mais c'est vrai que celle-là a en plus un côté assez "catchy". Alors qu'avant, ça s'appelait "Manset" et c'était pas catchy du tout, ou "Le Fils d'un enfant" et ça l'était encore moins… (sourire) J'ai toujours raconté des histoires, mais jusqu'ici c'était dans un cadre plus monolithique : la musique allait dans le sens de ce que ça racontait. Dans "Vers le bleu", elle va carrément à l'opposé. La musique est sautillante, hyper pop, alors que le thème n'est pas vraiment léger. Je pense que ça met en valeur le texte.

Tu viens de publier "Y revenir", un livre sur la ville où tu as grandi, Provins, en Seine-et-Marne. As-tu des modèles littéraires, des écrivains qui t'auraient inspiré ?

Pas vraiment, non. Bien sûr, il y a plein de bouquins que j'adore, je ne vais pas en faire la liste… Mais je n'ai pas d'idoles littéraires, un auteur fétiche. En revanche, écrire un livre, c'était un fantasme, ça faisait longtemps que je tournais autour. C'est Brigitte Giraud, qui dirige la collection La Forêt chez Stock, qui m'a incité à le faire. Il fallait ensuite que je trouve mon sujet, qui était à portée de main mais que je refusais… Finalement, c'est moins un livre qui raconte mon enfance et mon adolescence qu'un livre sur un lieu : moi et ce lieu, ce lieu et moi. Il est clair que ce rapport est à la base de tout ce que je fais aujourd'hui. Je voulais m'épargner de parler de musique dans le bouquin, mais je l’évoque forcément un petit peu : le lieu a tellement suscité ça que je ne pouvais pas non plus le passer sous silence. Sinon, je faisais de la fiction. Mais ce n'est pas non plus une pure autobiographie. Mon but, c'était d'arriver à construire quelque chose de littéraire, pas de raconter la vie de Dominique Ané.

 

Dominique A

Tu vois ça comme la suite d'une sorte d'autoanalyse entamée avec ton petit livre publié chez La Machine à cailloux, "Le Métier de chanteur" ?

Ça en découle, oui. Brigitte Giraud l'avait lu, et ce qu'elle en avait retenu, c'était surtout les passages qui avaient trait à mon enfance. Ça m'avait un peu étonné, d'ailleurs. Elle trouvait que c'était bien raconté, que des choses étaient dites de façon très simple. Il y a par exemple ce passage où, avec mes cousins, je m'amuse à faire de la musique en chantant dans un tuyau relié à un magnétophone. C'est ça qui lui plaisait avant tout dans le livre, plutôt que les passages un peu plus théoriques que je trouve plus intéressants pour ma part. Ça a été le déclic, je me suis rendu compte que j'étais capable de me raconter. D'autres commentaires qui allaient dans le même sens m'ont convaincu que c'était la voie à suivre si je voulais me mettre à l'écriture littéraire, plutôt que de partir vraiment à l’aventure. De toute façon, je suis un classique, pas un expérimental, que ce soit dans ce domaine ou dans la musique.

Tu as récemment accompagné en tournée Laetitia Velma, auteur l’année dernière d’un premier album. Il semblerait que cela t’a fait prendre conscience des difficultés à faire connaître sa musique et à la faire exister sur scène, pour des artistes qui débutent.

Oui, complètement. C’était en tout cas une belle expérience. On a passé des moments… parfois étranges (sourire), mais j’ai rencontré des gens super, dans un contexte différent de ce que je connaissais. C’est vrai que j’ai noté une grande différence avec mes débuts il y a vingt ans. Quand je suis arrivé, on n’était pas nombreux sur le marché ! (rires). Musicalement, en France, c’était un tel désert, il y avait une telle attente de propositions nouvelles, que des gens comme Philippe (Katerine, ndlr), Miossec ou moi ne pouvaient que réussir à toucher des oreilles, parce qu’on était les seuls. Aujourd'hui, il n'y a plus d'attente, mais un phénomène de surpopulation. Il faudrait passer quelques musiciens par les armes, au débotté… (sourire). Plus sérieusement, il y a un vrai problème d'engorgement. J'ai l'impression que quand un artiste se ramène avec son disque, même pas forcément un premier album, il fait limite chier les gens. Plutôt que du désir, il suscite du rejet a priori. Un peu comme si tu avais déjà trop bouffé et qu'on te posait encore quinze gâteaux sur la table. Parce que la production actuelle est riche. C'est très épineux et ça peut décourager, mais quand on a ça en soi, il faut continuer, s'accrocher. Si on le laisse mourir, c'est triste. Ceci dit, pour en revenir à cette tournée avec Laetitia, j'en garde avant tout un souvenir joyeux malgré les difficultés. Et Laetitia continue, elle fait des choses avec Katel (alias Karen Lohier, chanteuse française ayant notamment collaboré avec Yann Tiersen et Nosfell, ndlr), elle joue en Espagne… Mais c'est vrai que commencer aujourd'hui dans ce métier, c'est… horrible (il prend un air pénétré puis éclate de rire). Enfin, c'est sans doute horrible si tu aspires à un certain niveau de reconnaissance. Mais c'est toujours une joie de faire de la musique.

Photos Julien Bourgeois.

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