La Route du Rock - Collection Été 2011

22/08/2011, par , Matthieu Chauveau, et Guillaume Sautereau | Festivals |
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La dernière journée commence au Palais avec Chelsea Wolfe qui vient nous présenter son prochain album, "Apokalypsis" (je vous épargne le grec ancien original du titre) : la joie de vivre est donc de mise. Bon, niveau costume, elle fait un peu petite joueuse à côté de Karin Elisabeth Dreijer (Fever Ray), arborant seulement un voile de dentelle noire couvrant son visage. Peu importe puisque pour la musique, la Californienne est au niveau. Pour ce qui est du timbre, on pense à PJ Harvey, à Cat Power, et à beaucoup d'autres pontes. Tout est concentré autour de son chant, envoûtant, légèrement modulé par une guitare inquiétante et des textures électroniques. Bonne découverte, à suivre. (VLD)

Puis le grand barbu Josh T. Pearson nous accueille avec une prévenance curieusement affable, et prend son temps pour nous offrir son folk nu. Des morceaux qui prennent eux aussi leur temps, on est loin du tube radio de trois minutes. Pas très au fait de la musique du Texan, je reconnais néanmoins "Sweetheart I Ain't Your Christ". Mais avec le mélange de ces mélodies assez classiques et des trop confortables fauteuils du Palais, j'avoue que je commence à me perdre un peu dans les songes, en me posant des questions existentielles ("Ai-je bien fermé la porte de ma chambre d'hôtel ?"), et je préfère partir me revigorer avec Fránçois And The Atlas Mountains sur la Plage de Bon-Secours, en contrebas des remparts. (VLD)

Le jeune Charentais et ses amis ont plus de chance que Romain Turzi la veille : il fait beau, et festivaliers et touristes sont massés sur la plage comme sur les remparts qui la surplombent. Logique de faire jouer là un musicien dont l’élément aquatique imprègne nombre de chansons, et dont on pourrait décrire l’élégant jeu de guitare comme “liquide”. La batterie électronique a d’ailleurs pris l’eau la veille, mais les percussions africaines viennent apporter du muscle à la musique déliée de Fránçois et sa bande, qui, entre des titres plus anciens comme “Royan”, présentent en avant-première quelques morceaux du nouvel album, à paraître début octobre chez Domino. Tout cela se termine comme toujours par la transe technoïde de “Allons à la piscine”, face à la piscine d’eau de mer où s’ébattent kids et types musclés. Très joli moment. (VA)
Okkervil River

Cette dernière soirée au Fort débute avec les New-Yorkais de Here We Go Magic, qui vont laisser dans notre souvenir une impression plutôt terne. Si Luke Temple semble heureux d'être là et prompt à défendre son dernier album de pop-folk psychédélique (“Pigeons”), on sent les quatre autres membres pas très concernés et un peu trop nonchalants. Si l’on rajoute à cela un son pas très bien mixé, même des titres hyper efficaces comme "Fangella", tiré du premier album, tombent un peu à plat. C'est quand même assez préjudiciable pour un groupe dont les qualités premières sont la fraîcheur et l'enthousiasme. Malgré un bon finale où le quintette semble enfin retrouver une certaine homogénéité et surtout de l'envie, on ressort assez frustré de la prestation des Américains. (VLD)
Des compatriotes leur succèdent, qui vont offrir un spectacle nettement plus pro. Trop pour certains, d’ailleurs, et il est vrai que ce concert d’Okkervil River aurait peut-être été davantage à sa place dans un gros festival US. Le barbu et lettré Will Sheff (en T-shirt Alfred Jarry, s’il vous plaît) est plus subtil sur disque, c’est sûr (le nouvel album, “I Am Very Far”, est, comme les précédents, excellent). Mais on peut aussi se laisser emporter par la vigueur de l’ensemble des musiciens, toujours à la limite de l’emphase, et par la variété de l’instrumentation : pedal steel, violon, trompette, trombone… Un groupe qui a en tout cas les moyens de ses ambitions grandissantes. (VA)
Faris Badwan (Cat's Eyes)

Cat’s Eyes est le side-project de Faris Badwan, chanteur de The Horrors, en compagnie de la jeune soprano canadienne Rachel Zefira. Le mélange entre les ambiances du rock gothique, la pop spectorienne des 60’s et l’influence des B.O. de films, séduisante sur l’album, passe un peu moins bien sur scène, où les instruments ont tendance à couvrir les voix. Sauf quand Rachel chante une superbe ballade en s’accompagnant au vibraphone, le reste du groupe faisant alors profil bas. Des projections en fond de scène accompagnent la musique, accentuant son côté psyché ; on croit reconnaître des extraits de “Scorpio Rising” de Kenneth Anger et de “L’Enfer” de Clouzot. A part ça, Faris joue sur une guitare Vox Phantom (comme Brian Jones et Ian Curtis avant lui) et reprend un morceau de Pink Floyd période Syd Barrettt, “Lucifer Sam”. Bref, avec tant d’ingrédients de choix, on aurait pu espérer mieux. (VA)
Robin Pecknold (Fleet Foxes)

Peu après le country-rock viril d’Okkervil River, c'est un autre groupe américain jusqu'au bout des ongles qui fait son apparition sur la scène du fort de Saint-Père : les très attendus Fleet Foxes qui, non contents d'avoir sorti un premier album essentiel en 2008, ont remis le couvert en ce début d'année avec un deuxième album tout aussi indispensable. Pas de surprise dans la prestation des cinq barbus. Les mini-symphonies pop déguisées en folk songs du groupe de Seattle sont interprétées d'une manière majestueuse, nous rappelant tantôt à la Terre tantôt aux Cieux. Bizarrement, ce groupe intemporel qui n'est pas sans rappeler Crosby, Stills, Nash (and Young) sonne terriblement actuel, bien loin de bon nombre de groupes néo-folk un tantinet régressifs ressassant inlassablement les mêmes accords. En témoigne le morceau qui clôt superbement le concert, le génial “Helplessness Blues” issu du dernier album du même nom, véritable odyssée cosmique commençant comme du Simon and Garfunkel et se terminant très haut dans les étoiles. Reste que la prestation de la bande de Pecknold aurait été nettement plus appréciable avec une sonorisation plus équilibrée, les basses surpuissantes et omniprésentes qui furent le lot de bon nombre des concerts du festival peinant logiquement à retranscrire toute les subtilités des riches orchestrations du groupe. (MatCh)

On doute que Crocodiles représente le futur du rock, mais le psychédélisme noisy de ces Californiens un rien poseurs et branleurs lui fournit un présent tout à fait acceptable. Et puis au moins, avec eux, on se marre bien. En conférence de presse, le chanteur Brandon Welchez - Wayfarer inamovibles sur le nez et T-shirt à l’effigie d’Arthur Rimbaud - et le guitariste Charles Rowell délirent mollement à propos d’un salon de coiffure situé en face du musée consacré à l’auteur du “Bateau ivre” à Charleville-Mézières, puis affirment qu’ils ne jouent jamais plus de 40 minutes car ce serait aussi ennuyeux pour eux que pour le public. Ce soir-là, visiblement chauffés par divers alcools, ils resteront près d’une heure sur scène et se fendront même d’un rappel que personne n’avait demandé : une version très garage de “I’m Not A Young Man Anymore”, incunable du Velvet exhumé il y a quelques années (et repris aussi sec par Dean & Britta pour accompagner la bobine de Lou Reed lors de leurs ciné-concerts sur les “Screentests” de Warhol). Rappel lors duquel a lieu l’un des rares moments un peu rock’n’roll du festival : un spectateur monte sur scène, est ceinturé par un type de la sécu, lui-même ceinturé par Brandon qui du coup lâche sa guitare ; finalement le spectateur reste sur scène… Musicalement, rien d’exceptionnel mais vu l’état de fatigue général, pas sûr que quiconque aurait été en état d’apprécier un concert génial… (VA)

Avec son look de geek cool un peu enveloppé, son humour pince-sans-rire et ses doctes propos (en conf’ de presse) sur Terry Riley ou Konono N°1, Dan Deacon représente de façon presque archétypale le musicien indé américain trentenaire des années 2010. Ses concerts, eux, ne ressemblent à rien de connu. Jouant le plus souvent au milieu du public, le binoclard de Baltimore tente de le faire participer d’une manière plus ou moins absurde, allant jusqu’à lui faire faire la chenille quand il y a suffisamment de place. Ce n’est pas le cas à Saint-Père, mais Deacon proposera quand même à un moment à chaque spectateur/acteur de placer les mains sur la tête de son voisin… Les amplis sont posés sur la scène de la Tour derrière lui, qui s’est placé en contrebas (au niveau du sol, donc), avec ses machines bricolées et son crâne vert clignotant ; des cameramen le filment en contre-plongée depuis la scène, images retransmises sur écran géant. Bon, l’Américain était sans doute optimiste quant à l’état du public d’un festival breton à une heure aussi avancée, et de fait, le happening menace à tout moment de sombrer dans le chaos : slams incontrôlés avec chute à l’arrivée, pogo dans tous les sens, jets de verres, de liquides divers, d’un cochon en plastique bleu… Assailli de toutes parts, Dan demande régulièrement aux gens de reculer de quelques pas, injonctions peu suivies d’effets. Les morceaux (une espèce d’électro-punk encore plus saturé que sur les disques) se terminent de façon abrupte, sans qu’on sache si c’est toujours voulu. Une grande récré pour adultes, en quelque sorte. Prochaine étape dans les salles obscures puisque DD met la touche finale au “score” du nouveau film de Coppola père, et projette même de donner avec lui des espèces de ciné-concerts… (VA)

Parti faire un ultime tour au bar VIP, on rate un dernier moment rigolo, que des amis nous raconteront un peu plus tard : quand l’ordi de Mondkopf (remplaçant les Crystal Castles initialement prévus) plante, l’obligeant à le rebooter. Apparaît alors sur l’écran géant derrière lui le “bureau” du laptop avec, paraît-il, un curieux fichier “Vieilles Charrues”, où il a joué un mois plus tôt… C’est bien pratique, les techniques modernes. Enfin, quand ça marche. De toute façon, il est l’heure de rentrer, une Route du rock de plus dans les pattes. Vivement la prochaine !

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