La Route du Rock - Collection Été 2012

17/08/2012, par , Catherine Guesde et | Festivals |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Dimanche 12 août

Après le beau concert solo du barbu Judah Warsky et de ses deux synthés sur la scène de la Tour, la dernière soirée continue avec Cloud Nothings, un groupe de Cleveland dont le dernier album, “Attack on Memory” a été produit par Steve Albini. Arborant un look geek/anar, le combo attaque rapidement avec un rock puissant qui aime les progressions et les guitares montées en vrille. Ça rappelle beaucoup ce qu’on écoutait il y a vingt ans : Dinosaur Jr, Nirvana, Sonic Youth, Sebadoh (le chanteur a même de faux airs de Lou Barlow jeune) et compagnie. La voix d’écorché de Dylan Baldi survole bien les riffs salement jouissifs sans tomber dans du néo-punk trop coulant. Un groupe bien plus intéressant quand il joue pied au plancher que quand il assène une semi-ballade un brin gnagnan en fin de parcours. Très bonne surprise néanmoins.

Changement d’ambiance avec le vétéran Stephen Malkmus accompagné de ses un brin débonnaires Jicks. Après avoir vu plusieurs fois l’ex-Pavement en concert, je m’attendais à un set tranquillou et sans grande passion. Eh bien, à l’instar de son dernier album, Stephen Malkmus nous a offert, pour moi, un des meilleurs concerts du festival. Interprétant essentiellement des titres de son dernier album, “Mirror Traffic”, avec une décontraction toute naturelle, le combo livre une prestation charmante ponctuée de mélodies bondissantes qui se rattrapent toujours d’une manière inattendue – parfois même en intégrant un couplet du “Age of Consent” de New Order. Malkmus s’amuse entre chaque morceau à étaler son vocabulaire français, pour finir par avouer qu’il est en fait un local de l’étape et qu’il s’appelle Alan Stivell.
Stephen Malkmus
Après le concert “sunshine” de Malkmus, revirement total avec les noctambules de Chromatics. On les avait vraiment découverts en 2007 avec “Night Drive”, on les a retrouvés l’an passé sur la BO de “Drive”. La nuit tombe justement sur le fort de Saint-Père et crée une atmosphère propice pour apprécier la disco-pop glacée de ces Américains. Après une courte introduction instrumentale, Ruth Radelet rejoint comme une star ses compagnons, vêtue d’un pantalon dalidesque. Rythmiques uniformes, chant lascif, riffs de guitare pichenetés, tout est là pour nous envoûter. C’est efficace, mais pas toujours mémorable. Du coup, j’attends la cover de Kate Bush, “Running Up That Hill”, et elle arrive en avant-dernier morceau (avant une autre reprise, “My My Hey Hey” de Neil Young), c’est bien foutu quand même. Le morceau restera longtemps en boucle dans ma tête. (V.L.D.)
Chromatics

Des revenants Mazzy Star (le genre de groupe qu’on aimait plutôt bien à l’époque mais qu’on n’a pas trop réécouté depuis), on s’attendait à ce qu’ils déroulent tranquillement leurs meilleurs morceaux, sans beaucoup communiquer avec le public. De ce point de vue-là on n’aura pas été déçu, entre une Hope Sandoval boudeuse, se faisant régulièrement remplir son verre de vin par un roadie (c’est quand même plus classe que de se servir soi-même), et un David Roback à peu près aussi présent que Jason Pierce l’avant-veille, l’air perdu dans les brumes de San Francisco. Comme il y a vingt ans, le lightshow se réduit à de faibles spots bleus ou mauves, tout le fond de scène étant lui occupé par des projections de belles images anciennes (notamment des vues stéréoscopiques, nous a-t-il semblé). Le groupe alterne entre ses deux veines, la pop-folk-americana rêveuse (avec le toujours sublime “Fade into You” et leur reprise du “Blue Flower” de Slapp Happy) et le psychédélisme bluesy et tortueux, dans la continuité d’Opal, le groupe précédent de Roback (dont il serait bon de rééditer enfin les quelques disques). C’est sans doute moins émouvant que de réentendre “La Fossette”, mais on est quand même bien content d’être là.
Mazzy star

Colin Stetson ne porte pas de chapeau, mais il a un très gros instrument, presque aussi monstrueux que le gaffophone de Gaston. Il s’agit d’un saxophone basse, dont cet Américain installé à Montréal, qui a collaboré avec une tripotée de musiciens prestigieux, joue d’une façon bien particulière. “Sa maîtrise de la respiration circulaire grâce à laquelle il peut souffler plusieurs minutes en continu, combinée à un jeu de percussion sur les touches de son instrument et à une capacité à produire une ligne mélodique avec sa voix, lui permet de produire une palette de sons totalement nouveaux”, nous dit sa page Wikipedia. Le résultat, ni rock, ni jazz, mais résolument avant-gardiste, était pour le moins ébouriffant, même si Stetson nous a dit être enrhumé (il a d’ailleurs demandé aux premiers rangs de s’abstenir de fumer)…

Cela faisait huit ans que les programmateurs voulaient faire jouer The Walkmen. Ils ont réussi à les intercepter entre San Francisco et Tel-Aviv, alors que vient de sortir leur septième album, “Heaven”, peut-être bien leur meilleur. Leur plus apaisé et mélodieux, en tout cas, même si, sur scène, le groupe retrouve vite ses vieilles habitudes : jouer fort et, pour Hamilton Leithauser, pousser sa voix. Ça passe bien sur “The Rat”, vieux classique à l’urgence intacte, un peu moins sur des titres plus récents. Sur le fil, les Américains à l’élégance débraillée emportent quand même le morceau, et parmi les propos souvent inintelligibles du chanteur, on retiendra son plaisir de jouer ici plutôt que dans des festivals plus gros et prestigieux, mais au public moins concerné.
The Walkmen

Une soirée de la Route du rock se terminant généralement avec un artiste (à tendance) électro, la présence du puriste rock’n’roll Hanni El Khatib tenait presque de la contre-programmation. Idée judicieuse en tout cas puisque l’Américain, sans doute plus en forme que la plupart des festivaliers, donna avec deux musiciens (une jolie batteuse et un guiatriste/clavier) l’une des performances les plus énergiques et enthousiasmantes de cette Route du rock. Le bad boy tatoué n’invente certes pas grand-chose, mais parvient à dépasser l’exercice de style stérile et à nous prouver que le rock est encore bien vivant. Pouvait-on rêver meilleure conclusion ? (V.A.)
Hanni El Khatib
festivalier 3

Photos de Guillaume Sautereau, dessins de Lisemai

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals