Mendelson - Interview

03/12/2003, par Refau | Interviews |
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MENDELSON


Justement quelle est la part de fiction ?

Enorme, énorme. Même si je mettais un vrai prénom, ça serait jamais la vraie personne, ce serait toujours déformé. Par exemple, dans "les petits frères des pauvres", la première phrase c'est : "Dehors, les petits frères des pauvres essayaient vaguement de se faire des amis". Bon, la part de fiction est monstrueuse, j'ai jamais vu des petits frères des pauvres essayer désespérément de se faire des amis (rires). Mais on avait un local de répèt qui était juste en face d'un magasin qui était tout le temps fermé qui s'appelait "Les amis des petits frères des pauvres".

En fait, ça part d'un non-évènement...
Voilà, et puis c'est tellement bizarre cette phrase "Les amis des petits frères des pauvres".

Je ne suis pas très calé en art contemporain mais ça ressemble un peu à du "ready-made" non ?
Ah oui, "in situ". Et puis y a aussi Patrick Bouvet qui a écrit un bouquin où il chope des phrases dans les journaux...
C'est-à-dire que tout peut rentrer dans les textes; sur cet album-là je ne me suis vraiment pas mis de barrières... C'est à dire que si je regarde "Striptease" à la télé et que je vois un truc incroyable je me dis que ça pourrait rentrer dans un texte. Mais généralement ce que je mets dans les chansons c'est des choses que je reconnais ailleurs. Si je regarde "Striptease" et que je me dis "Ah oui, ce personnage là je l'ai déjà vu quelque part"... Faut quand même que je sache de quoi je parle.

Mais tu parles aussi beaucoup à la première personne...
Ben le "je" c'est vieux comme le monde... Mais c'est pas forcément moi. A partir du moment où c'est moi qui écris, que je dise "tu", "il" ou "je", le résultat est de toute façon le même. Ça vient comme ça, je commence à chanter et au bout de 3 lignes, le texte demande la suite.

Justement, si l'ensemble des textes de l'album sont plutôt des chroniques, des observations de la vie quotidienne, il y a une chanson dont le thème sort de ce type d'écriture, "Bienvenue à Lacanau" (ndlr : une histoire de suicide).
La chanson démarre sur un mec qui a une fuite dans son plafond. Ben, un jour j'ai eu une fuite dans mon plafond (sourires)...

Donc t'as imaginé la mort d'une voisine ?!...
Oui, d'une voisine au-dessus et de ce que je trouve chez elle. Ensuite, y a le voisin qui débarque...

T'avais envie d'écrire sur ce thème en particulier ?
Oh non pas du tout, j'écris jamais sur des thèmes... Je me dis jamais "Pascal, faut que t'écrives sur tel ou tel truc". C'est encore un simple mécanisme d'enchaînement. Et là, en l'occurrence, c'est parti d'une simple histoire de fuite dans le plafond.

Où et quand écris-tu ?
(Hésitations)... En général, il me faut une grande période d'inactivité. C'est à dire sans production de chanson, sans promotion, sans concert... Je suis à la maison, tranquille, je lis des livres, je vois des films, j'écoute des disques. Bien sûr, ça vient pas tout seul, comme ça, mais je me rends disponible. Je m'organise. Faut que mon bureau soit bien rangé, que tout soit en place.

Le premier album de Mendelson avait eu un succès critique assez important ...
Oui, surtout auprès des Inrocks. A ce propos, les gens ne connaissent souvent de Mendelson que le titre "Je ne veux pas mourir", paru à l'époque sur une compil Inrocks. Beaucoup de gens aujourd'hui me reparlent de ce titre en me disant qu'ils aiment beaucoup ce qu'on fait... mais en général ils ne connaissent que cette chanson ! S'ils aiment tant que ça pourquoi ils ont pas acheté les deux premiers albums ? Ce qui est assez hallucinant c'est que sur la tournée de promotion du deuxième album des gens venaient nous voir en nous demandant quand allait sortir... le deuxième album. Ce sont des situations très frustrantes... Il y a plein de gens qui savent pas qu'on a sorti un deuxième album... Ça me rend fou... C'est vraiment dur d'avoir un relais de communication dans les médias...

Mais ça a un côté... un peu effrayant aussi Mendelson, tu crois pas ?
Ben oui, mais les gens qui aiment bien les films d'horreur, ils vont voir des films d'horreur ! (sourire)

Je pensais plutôt à un public plus large...Penses-tu que Mendelson est condamné à un succès d'estime ?
... Moi, quand je lis dans la presse "un album difficile mais qui vaut le coup", ça me laisse dubitatif. J'arrive pas à voir la difficulté chez Mendelson. Oui, il y a des disques que j'écoute qui sont difficiles... mais ce qu'on fait nous, à côté, c'est Casimir !
Y a des trucs de musique contemporaine qui sont autrement plus ardus ! Des trucs dont tout le monde se réclame parfois, comme Suicide, sont pas faciles non plus...A côté d'un film de Bergman, on est des petits enfants !

Mais il ne suffit pas d'être "officiellement" catalogué "difficile" pour être effectivement dur et compliqué...Je pense qu'il y rarement eu plus subversif qu'un Morrissey par exemple qui est pourtant a priori assez facile d'accès. Ca me fait penser à cette chanson sur l'album "Je me réveille" qui, à mon avis pourrait être taillée pour les radios, mais dont les textes sont très acerbes...
... Ah ben c'est justement l'école Morrissey... Je pense aussi aux Kinks qui chantaient des textes d'une noirceur incroyable sur des formats ultra pop ; des chansons comme "Dead End Street" ou "Sisters" sont incroyables... J'adore, ce sont mes chansons préférées... Mais le problème c'est que c'est pas très français en fait. Le mélange d'ironie, de second degré et de tristesse, c'est un truc très difficile à rendre en français, c'est très anglo-saxon... Randy Newman, les Kinks, les Smiths...

 

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