Barbara Morgenstern / Robert Lippok - Tesri

04/06/2005, par mr modular | Albums |
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BARBARA MORGENSTERN / ROBERT LIPPOK - Tesri
(Monika Enterprise / La Baleine) - acheter ce disque

BARBARA MORGENSTERN / ROBERT LIPPOK - TesriCeux d'entre vous qui connaissent Berlin le savent bien : depuis la chute du mur, cette ville constitue un lieu propice pour délires d'architectes. De la future gare Hauptbahnhof au Sony Center sur Potsdamer Platz en passant par les tuyaux bleus qui traversent Unter Den Linden, cette nouvelle capitale malgré elle fascine par son urbanisme débridé et culotté. En quelque sorte, la scène musicale berlinoise actuelle s'imprègne de cette créativité qui n'a peur de rien et de cette capacité à construire des structures audacieuses et passionnantes.

Après "Falling into Komeit", son chef-d'oeuvre de l'année dernière, Robert Lippok s'est associé à Barbara Morgenstern, pilier du label Monika Enterprise, pour composer "Tesri", nouveau coup de maître. Dès "Please Wake me for Meals", Barbara Morgenstern donne quelques coups de marteau (c'est-à-dire deux énormes notes qui ponctuent tout le morceau) dans l'architecture finement cousue par les petites mains en porcelaine de Robert Lippok. "White Wise Rabbit" est sans doute le titre le plus emblématique de la parfaite complémentarité Morgenstern / Lippok : deux sonorités s'entrelacent pendant 1 minute, la plus oppressante que l'on devine sortir du cerveau de Barabara Morgenstern et la plus fragile des doigts de Robert Lippok, pour ensuite se trouver enveloppées par des nappes synthétiques fantomatiques et hachées par un breakbeat sec. A partir de ce moment, et sans que le moindre changement soit perceptible, "White Wise Rabbit" s'ouvre sur une mélodie complètement différente. Magique.

A deux occasions, le binôme Morgenstern / Lippok laisse intelligemment de l'espace à la voix poivrée de Mieko Shimizo ("Kaitusburi" et "Otuskimi"). Aussi "Ginza", dont la durée est inversement proportionnelle au prix du mètre carré dans le quartier de Tokyo du même nom, offre quarante-trois secondes magnifiques. Quarante-trois secondes, c'est court mais suffisant pour imposer une ritournelle impeccable. "Gammelpop" se situe, quant à lui, dans la continuité du travail de Robert Lippok avec Komeit : folktronica aux accents pop, sans la moindre gamelle. Globalement, avec une rythmique si inventive, des mélodies électroniques ou acoustiques (piano, guitare) si captivantes et quelques piques électro pour réveiller le danseur qui sommeille en nous, les voix deviennent en réalité inutiles. C'est d'ailleurs ce qu'ont aussi compris, à l'autre bout de la palette musicale, les Anglaises d'Electrelane sur leur fantastique tournée actuelle.

Il ne faut pas se fier à la pochette de cet album qui rappelle celles d'Einstürzende Neubauten. Là où la bande à Blixa Bargeld traduisait l'absurdité d'un Berlin eighties à l'horizon obscurci par la folie des hommes, "Tesri" se fait l'écho de la créativité passionnante et ouverte sur l'avenir et sur le monde d'une capitale allemande en pleine mutation.

mr modular

Please Wake Me For Meals
Kaitusburi
Ginza
White Wise Rabbit
Sommer
Ein knoten aus Schwarz
Gammelpop
Otuskimi
If the Day Remains Unspoken for
Geisterjäger
Ein Mädchen namens Stalin
Winter

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