Port-Royal - Interview

23/06/2010, par Christophe Dufeu | Interviews |
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PORT-ROYAL



Gênes, d'où est originaire le groupe, est célèbre pour ses explorateurs et ses marins. Est-ce que vous-vous sentez être de nouveaux explorateurs... ou de nouveaux marins ?
C'est sûr (Gênes a un passé fameux et glorieux), mais nous ne nous sommes jamais pensés comme des marins malgré tout ! En fait, nous ne nous trouvons pas forcément de lien privilégié avec notre ville... On ne se considère pas comme des explorateurs de nouveaux sons non plus, on privilégie les mélodies. On n'accorde pas tant d'importance au son lui-même : c'est juste du formalisme et nous préférons donner priorité à la substance. On ne s'est jamais dit qu'il fallait réduire notre musique à un formalisme vide. Alors, on récolte des sons du passé, du présent et du futur ; ceux que l'on aime le plus, on les digère afin d'en faire quelque chose de personnel, pour représenter notre vision de la vie et puis on les transforme pour qu'ils soient au service de la mélodie, de l'harmonie - qui sont les véritables substances et structures de notre musique. C'est seulement en ce sens que l'on peut dire que notre musique est le produit d'un voyage - un voyage à travers nous-mêmes, pour découvrir nos véritables sentiments mais un voyage à travers quelque chose de substantiel (ce qui est éternel) alors que le formalisme est toujours à remettre au goût du jour.

Sur "Flared Up" (compilation de remixes du groupe, Ndlr), comment avez-vous choisi les artistes qui vous ont remixés ?
On a fait une liste d'artistes avec qui on voulait être partenaires sur ce projet et on les a contactés via MySpace ou Internet en général. C'était une bonne expérience : on venait juste de finir notre premier album et c 'était incroyable de découvrir que pas mal de bons musiciens nous appréciaient déjà et étaient contents de collaborer sur ce projet... Et bien sûr, au final, on est très contents de "Flared Up", le résultat de toutes ces belles collaborations !

Sur votre dernier album ("Dying In Time", Ndlr), certains titres comme "The Photoshopped Prince" sont beaucoup plus pop et catchy. Est-ce que vous désirez tendre vers ce genre de morceaux ?
Oui, "The Photoshopped Prince" est certainement le morceau le plus pop que nous ayons enregistré jusque-là ; c'était une bonne expérience et nous en sommes très contents, car à ce moment-là, nous éprouvions le besoin de faire quelque chose de plus concis et de plus "traditionnel" que par le passé... Cependant, nous ne pensons pas que nous suivrons cette voie pour le prochain album. Enfin, on ne sait jamais !

Quels sont les projets à venir pour Port-Royal ?
Nous allons sortir cette année (enfin, on l'espère) un album avec nos EPs passés, ainsi que des morceaux rares, parus sur des compilations, et des remixes que nous avons faits pour d'autres artistes. Cela devrait sortir chez n5MD mais rien n'a été décidé pour le moment. Et puis, tourner bien sûr, comme toujours. On réfléchit aussi à notre prochain album : on a déjà pas mal de bonne matière, même si nous éprouvons le besoin de changer certaines choses et de trouver de nouveaux buts et de nouveaux chemins. Avec "Dying in Time", c'est un peu la fin d'une trilogie commencée il y a des années avec les sessions de "Flares" et continuée avec "Afraid to Dance" : il est temps de changer, d'utiliser de nouveaux instruments et de nouveaux outils, de trouver une nouvelle approche pour composer et enregistrer, mais... en gardant notre âme et notre attitude vis à vis de la musique. C'est un sacré challenge pour nous : évoluer sans trahir nos âmes ni notre vision des choses...

Dernière question : de mon point de vue français étriqué, l'Italie n'est pas une grande nation pop / rock / folk / électronique... Mais je suis sûr que vous pouvez me trouver des contre-exemples... ?
Ce n'est pas une question facile. D'abord, une considération évidente : le rock indé, la musique électronique se sont développés dans d'autres endroits du monde (surtout le Royaume Uni et les USA) ; nous, les Italiens n'avons jamais eu une tradition forte de ces genres de musique, donc il est inévitable que les artistes italiens fassent figure de suiveurs ; souvent, ils avaient l'air (et selon certains ont toujours l'air) de pâles copies de ce qui vient de l'étranger... Ce n'est pas par hasard que nous n'avons pas d'artiste indé célèbre à travers le monde : donc tu n'as pas tort. D'un autre côté, je dois bien dire que de nos jours, je ne vois guère de différence entre l'Italie et les autres pays : les nouveautés en musique indé viennent toujours de manière majoritaire du Royaume Uni et des USA (avec quelques exceptions venant d'Allemagne et peut-être de France) donc on pourrait avoir le même discours avec beaucoup de pays européens. Mais il faut aussi dire qu'on a la possibilité de sortir de cette impasse : avec la mondialisation, Internet, les outils informatiques, on a la possibilité de développer son propre langage musical où que l'on vive... Et en Italie, on a tout de même quelques cas intéressants.

Quoi qu'il en soit, pour conclure, le problème principal avec l'Italie est le suivant : d'un côté ici, on n'apprécie que les choses purement "italiennes" (les bonnes merdes mainstream, ou les groupes de pseudo-indés), et d'un autre côté, on dénigre ce qui vient de chez nous : très souvent, quand il y a un bon groupe de post-rock, d'électro, etc., le petit monde indé (les critiques des webzines, les forums spécialisés, les fans, etc.) le rabaisse à une copie de quelque chose venant de l'étranger, comme si cela était nécessaire ou comme si les artistes italiens ne pouvaient pas avoir une valeur par eux-mêmes. Alors, pas mal d'Italiens n'ont pas confiance en eux ou en ce qu'ils produisent. C'est le paradoxe italien : à la fois focalisés sur les productions nationales et trop révérencieux par rapport aux productions de l'étranger pour reconnaître quelque chose de bien venant d'Italie (et cela ne concerne pas que la musique...) Fort heureusement, nous (mais aussi d'autres bons artistes comme Dedo, Tempelhof, Apart, etc.) sommes complètement en dehors de ces dynamiques perverses et de ce cercle vicieux ; et on peut montrer que l'Italie n'est pas seulement ce qu'elle semble être de l'extérieur. Mais une nouvelle fois, le point que l'on voulait souligner, c'est que parler d'une scène nationale de nos jours, c'est vraiment anachronique.

La même question a été posée à Alexandr Vatagin, collaborateur du groupe, mais vivant en Autriche :
Alexandr : en Autriche, la situation est sensiblement la même qu'en Italie, il n'y a pas de tradition pour, disons, la "musique pop internationale" comprenant des trucs comme la pop, le rock indépendant, le rock... (si, on a eu une vraie "popstar" durant les 30-40 dernières années avec Falco, qui a eu un succès international). Mais depuis le milieu des années 90, il y a une scène électronique et expérimentale reconnue à l'international avec des gens comme Kruder&Dorfmeister, Sofa Surfers, Tosca, ... et des artistes de plus grand talent comme Fennesz, Radian ou B.Fleischmann. Et oui, depuis l'an dernier, l'Autriche a une artiste reconnue sur le plan international (Soap & Skin, ndlr) et liée à la pop et la musique indépendante, mais franchement, je ne suis pas un grand fan de ce qu'elle fait : la musique est bien faite mais ne me touche pas beaucoup. Mais c'est sûr que cela fait du bien à la scène autrichienne.

Propos recueillis par Christophe Dufeu
Photos fournies par le groupe

Un grand merci à Alexandr Vatagin, par ailleurs responsable du label Valeot Records.


A lire également, sur Port-Royal :
la chronique de "Dying in Time" (2009)
la chronique de "Flared Up - Remixes" (2008)
la chronique de "Afraid to Dance" (2007)
la chronique de "Flares" (2005)


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