Rock en Seine - Edition 2010

01/09/2010, par , , Christophe Despaux et David Larre | Festivals |
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Dimanche 29 août

Sous un ciel lourd de menace, nous arrivons sur le site alors que les Américains de Eels commencent le deuxième ou troisième morceau de leur set : une reprise de "Summer in the City" des Lovin' Spoonful, certes de circonstance, mais pas franchement indispensable. A nos côtés, un éminent représentant d'un hebdomadaire culturel bien connu se demande franchement s'il n'y a pas eu un changement de programme. Il est vrai qu'on a un peu l'impression de voir Al Jourgensen de Ministry accompagné par ZZ Top : lunettes noires et barbasses de rigueur pour tout le monde, plus bandana en guise de couvre-chef pour E. Le problème, c'est que la musique a tendance à coller au look : un blues-rock pas totalement indigne, mais quand même pas très subtil. "On dirait Popa Chubby", glisse le confrère, un peu méchant pour le coup, avant de capituler. Deux délicates ballades perdues au milieu du boogie graisseux viennent rappeler que E reste un songwriter de premier ordre, mais on repart quand même décontenancé par ces retrouvailles avec l'auteur de "Beautiful Freak", jadis envisagé comme le croisement de Beck et Randy Newman, et passé ici du côté obscur de la force. (VA)

A lire également sur Eels :
La chronique de "Souljacker"
La chronique de "Blinking Lights and Other Revelations"
La chronique de "Live at Town Hall"

eels

Sitôt le concert terminé, on fonce à l'expo photo du talentueux Richard Bellia, que son auteur est en train de commenter pour un petit groupe de fans. Anecdotes savoureuses, sarcasmes divers et jugements à l'emporte-pièce émaillent cette visite guidée dans près de trente ans de musique amplifiée, où les stars (de Kylie Minogue à James Brown en passant par Nirvana et Thom Yorke la tête dans les mains) côtoient la crème du rock indé (Galaxie 500, My Bloody Valentine, Foals…). Entre cette expo de photos et celle des 47 affiches réalisées par des graphistes (une par groupe ou artiste programmé), Rock en Seine affirmait cette année encore sa patte visuelle. (VA)

richard_bellia

Plein d'entrain (ou d'inconscience, pensaient mes collègues), je me suis dirigé vers Wayne Beckford, que je ne connaissais pas du tout, mais qui est, disait le programme, un mec qui sait écrire des tubes pour les copains (OutKast, Gnarls Barkley...). Bon, alors, reconnaissons-lui une grande qualité : cet Anglais est généreux. De toute évidence, il a donné tout ce qu'il a fait de mieux à ses copains, tant son set à lui sent au mieux le réchauffé, quand il n'est pas franchement embarrassant. Haranguer la foule à coups de "Rock en Seine" tout le temps ? Fait. L'attitude "J'ouvre ma chemise, que vous voyiez bien mon tatouage" ? Fait. Insérer le riff de "Seven Nation Army" des White Stripes pour racoler, fait aussi. Prouver qu'on est anglais en jouant "You Really Got Me" ? Fait, là encore ! Suggestion pour l'année prochaine : embaucher un groupe doué, écrire des chansons, arrêter le stand-up. Bref, retour à zéro ! (MC)

Beirut m'a semblé dévitalisé - belles chansons rendues sans folie devant un public qui ne demandait pourtant qu'à y croire. On s'est surpris à bâiller ; devant nous, une jeune fille assise contre une palissade lisait un livre. Trop rock'n'roll, ce Zach ! (CD)

A lire également sur Beirut :
La chronique de "Gulag Orkestar"
La chronique de "The Flying Club Cup"
La chronique de "March of the Zatopec & Real People : Holland"

Sur la scène de l'industrie, la prestation des Wave Machines de Liverpool s'avère plus sympathique que réellement transcendante : entre un axe trendy electro-disco-funk un peu trop référencé (de Hot Chip aux Scissor Sisters), un non-look étudié (le principal vocaliste donnant dans le joueur de tennis moustachu 70's) et des incursions intéressantes (dans la ballade ou le rock), le groupe a visiblement du savoir-faire et le souci de ne pas trop déterminer sa formule, mais le public, comme nous, ne sait pas trop sur quel pied danser. (DL)

On se dirige ensuite vers la scène de la Cascade pour ne pas manquer le début des mythiques Roxy Music, qui n'avaient pas dû jouer à Paris depuis des lustres. Parmi les douze musiciens présents (dont quatre choristes très décoratives), trois membres d'origine, et pas n'importe lesquels : Bryan Ferry au chant et aux claviers, Phil Manzanera à la guitare et Andy McKay au saxo. A l'image de l'album "For Your Pleasure" – mais dans l'ordre inverse –, le concert semble divisé en deux "faces" à peu près égales : d'abord une enfilade de morceaux plutôt lents et longs, langoureux ou plus sombres (le toujours aussi troublant "In Every Dream Home a Heartache"), sur lesquels la virtuosité pas trop ramenarde des musiciens s'exprime pleinement (le son, est-il besoin de le préciser, est parfaitement mixé) ; puis une succession de tubes catchy, qui pour nous s'arrêtera après l'enchaînement "Virginia Plain"/"Love Is The Drug", histoire de n'être pas trop mal placé pour Arcade Fire. Sans doute le concert le plus classe de cette édition 2010. (VA)

Quant à Arcade Fire, la déception de ne pouvoir mener à terme le show en raison de l'intempérie semble partagée par les musiciens et le public, et le fait de revenir sous la pluie battante pour offrir une version acoustique de "Wake Up", dûment attendue et réclamée par les spectateurs, a sans doute produit le moment de communion entre scène et pelouse le plus fort du week-end. Auparavant, le show a suivi les habitudes tracées par le groupe depuis le début de l'été : équilibre de morceaux des trois albums ("Ready to Start", "Keep the Car Running" et "Neighbourhood # 2 (Laïka)" en ouverture), affirmation de Win Butler sur les compositions les plus discutées du dernier album ("Modern Man" en particulier), la seule surprise notable venant de l'invitation de Zach Condon, leader de Beirut, pour entamer à la trompette le finale de "Ocean of Noise". Le set prend vite une ampleur magnifique, le groupe démontre toujours un réel enthousiasme sur scène, et les arrangements sont retranscrits avec talent, y compris sur des titres comme "Intervention" ou "Rococo", issu de "The Suburbs". Mais alors que la machine s'emballe, que le groupe semble lancé à plein régime et que je fais des calculs de probabilités pour les prochains titres, voilà que le vent se lève. Pas très grave. Sauf que le vent se retrouve rapidement accompagné de pluie, une pluie cinglante et qui tombe drue, directement sur les instruments, au grand dam des musiciens et du management qui se dépêche de couvrir ce qui peut l'être. On devine les tractations backstage pour savoir si c'est un stop ou encore. Win Butler vient s'excuser, c'est un stop, pour cause de risque d'électrocution... Avant de revenir quelques minutes après, le temps d'entonner le fameux "Wake Up" évoqué plus haut, épilogue précipité d'un concert d'une intensité magnifique, n'ayant malheureusement pas échappé à la malédiction qui semble frapper chaque année les têtes d'affiche de Rock en Seine. Mais au moins auront-ils joué plus longtemps qu'Oasis et Amy Winehouse… (DL et MC)

A lire également sur Arcade Fire :
La chronique de "Funeral"
L'interview
La chronique de "The Suburbs"

arcade_fire

Un sens déplorable du timing m'a fait préférer Crystal Castles à Arcade Fire. Il faut de tout pour faire un monde, et notamment deux grands corbeaux noirs arrivant encapuchonnés sur scène. Ethan Kath s'installe à sa batterie (avec console, va sans dire) et commence par un solo superfétatoire. Alice Glass fait de grands gestes et des sauts tout en couinant des choses. L'océan Pacifique coule entre les deux albums du groupe et leurs renditions live. A aucun moment, la voix ne se marie correctement à la musique. Janis Joplin savait crier juste sur scène, pas Alice Glass dont l'oto-rhino risque de faire fortune. Après le massacre de "Courtship Dating", je décide d'abréger mes souffrances. (CD)

Compte-rendu signé David Larre, Vincent Arquillère, Christophe Despaux et Mickaël Choisi
Photos signées Franck Courtès, Nicolas Loubard, Sylvere et Vincent Arquillière
Merci à Vianney de Disc-Over

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