Rock en Seine 2011

31/08/2011, par , Christophe Despaux et David Larre | Festivals |
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Blonde Redhead est responsable d'un des plus beaux titres d'albums de toute l'histoire du rock : "Fake Can Be Just As Good". Pour le reste, l'auteur de ces lignes est plus mesuré et leur décalque de jeunesse sonique versant pop nous a souvent laissés de marbre. Reconnaissons-leur le courage de s'être réinventés à la quarantaine (ce que nous tardons à faire) avec leur virage 4AD plante en pot-Cocteau Twins. Kazu Makino se permet une tenue de jeunette et "ondule son corps de femelle" (Joey Starr) avec grâce et nonchalance. Les frères Pace ont de beaux cheveux poivre et sel. Le reste, propre et lisse, en dehors de quelques éclats pop ("Dr Strangelove", "Misery is a Butterfly"), se perd un peu sur la grande scène, jusqu'au dernier morceau, un "23" splendide et nerveux qui aurait mérité de donner le ton. (CD)

Pendant ce temps-là, Renaud Monfourny, photographe historique des "Inrocks", présente pour quelques fans, et sans sombrer dans la nostalgie, son exposition de vingt-quatre ans de portraits noir et blanc, de Nico (1987) à Anna Calvi shootée il y a quelques mois, en passant par Robert Wyatt, Theo Hakola, Nick Cave ou Leonard Cohen. Un sacré tableau de chasse.

Renaud Monfourny

Pour ce qui est de The Streets, c'est peu de dire que l'inclination qu'on a pour le phrasé et le story-telling de Mike Skinner subit un méchant revers. Sur une grande scène chauffée à la sauce entertainer (tradition bien rodée en Angleterre, de Robbie Williams à Plan B), l'efficacité contrôlée écrase les morceaux. On reconnaît facilement les tubes des deux premiers albums donnés en amuse-gueule ("Let's Push Things Forward", "It's Too Late", etc.), mais ils sont servis par un cuisinier gâte-sauce, Skinner himself, qui croit bon de noyer les tranches de vie saignantes sous une bonne louche de ketchup. Franchement préoccupés par cet apport calorique indésiré, nous fuyons vers d'autres cieux. (DL)

Guignol's bands, maintenant.
D'abord, Austra qui renchérit sur l'affectation plaisante de sa musique avec des mines assez grotesques. Katie Stelmanis est visuelle sinon rien : cuissardes bleu pétrole, micro-ensemble noir sous nuisette blanche en vapeur de lin, voilà qui va plaire à ces messieurs, d'autant qu'elle est flanquée de deux nymphettes courgeasses dansotant entre deux vocalises. Prêtresse synthétique, Stelmanis accompagne son chant chevrotant de mouvements d'avant-bras qui imitent le piston. Quelques très bonnes chansons ("Lose It", "Beat and the Pulse" ) font passer la pilule du kitsch.

Kitsch qui manque de nous étouffer avec CocoRosie. Les soeurs Casady ont depuis longtemps quitté le monde connu, et évoluent dans l'équivalent d'une production collégienne du "Songe d'une nuit d'été" où toutes deux tiendraient à tour de rôle celui de l'âne Bottom. Magie débiloïde des résilles à visage, human beatbox, flûte et harpe en veux-tu, en voilà. Le petit charme de CocoRosie réside en son n'importe quoi prétentieux qui juxtapose vocalement une Castafiore assez audible et un avatar Betty Boop-Minnie absolument atroce. La blague de la souris et de l'éléphant dans le désert marche aussi à l'oreille (CD).

Keren Ann a décidé, de façon très volontariste, et avec un aréopage de gros bras, de virer rock. Et elle le fait, avec une puissance vocale nouvelle, et une tenue plutôt sexy qui la réincarne en Chan Marshall heureuse de vivre. De temps à autre, on a envie d'y croire. Mais le son, plutôt écrasé, de la scène de l'Industrie ne donne pas toutes ses chances au jeu de guitare. Et puis, le show se déroulant, on finit par trouver que ça tourne vraiment trop carré (notamment le jeu de batterie, bien basique) et que ça devient grossièrement démonstratif. Les tournures subtiles des morceaux anciens ("Chelsea Burns", "Sailor & Widow") se volatilisent au profit de versions rentre-dedans lourdes comme nos pieds emboués. Dommage, car il y a là une belle volonté de rupture, mais on aimerait que la métamorphose rock ne cherche pas à effacer la fragilité pop-folk initiale : on n'achète pas une seconde nature à si bon compte, surtout si c'est pour tuer la première. (DL)

Wu Lyf

Nous avons été fort circonspects à l'annonce épiscopale de la révélation Wu Lyf. Jugeons sur pièces. D'abord une scène très feng shui - le logo du groupe en néon gonflable lumineux, l'orgue siglé un peu râpé, un néon qui serpente autour du micro, chic mais pas trop. Vingt premières minutes d'observation ; le son étonnamment étouffé les sert plutôt. La suite, à partir de "Dirt", classique en devenir, nous convainc grâce notamment à Ellery Roberts dont la voix noyée se marie au doux déluge avec beaucoup de sens. Assis à deux mètres de lui dans ce fameux espace VIP où nous glissons comme des fantômes, nous l'avons jaugé d'abord négativement : fade, quelconque, un lycéen de bac littéraire qui redoublerait pour cause d'hypotension du bulbe. Sur scène, il est sublime de charme et de puissance. Droit derrière son orgue, il ne joue que d'une main, l'autre battant son poitrail de saccades irrégulières, geste qu'on comprendra à la fin quand il le poursuivra en direction du public d'une bien verlainienne façon ("Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches/Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous", je cite "Green" du Prince des Poètes que Roberts très jeune ne connaît peut-être pas, lui qui préfère lire cette raclure amibéenne de Guy Debord). Une belle unisson semble habiter le groupe ou presque - tout ce petit monde se met torse nu, imberbe évidemment, sauf le bassiste qui occupe le devant de la scène et qu'on suppose poilu. Les compositions nous semblent meilleures - est-ce la classe de l'interprétation ? Le jeu de scène ? Rien ne semble gratuit, tout sert un propos qui se dérobe, le moindre déplacement de Roberts d'un point à un autre matérialise une énergie folle que le groupe canalise et renvoie aux étoiles. Nous stoppons avant de sombrer dans la poésie. Wu Lyf a trouvé notre coeur, ce muscle endormi, nous sommes conquis (pas toutefois au point d'écouter en boucle "Go Tell Fire to the Mountain" , faut pas pousser quand même) (CD)

Il fait froid à l'Industrie, et Sexy Sushi s'en ressent. Il ne faudrait voir ce groupe que dans des salles surchauffées à l'image de leur Cigale récente, grand moment régressif qui nous avait mis en joie. La fatigue et l'humidité gâchent la fête. Aucune spectatrice n'ose mimer un cunnilingus sur la personne perruquée de Rebeka Warrior et cela se comprend. On pense plutôt à son lit douillet, mais on a tort. Mitch et Rebeka font reluire leur techno houba-houba avec leurs amis façon Pierre la Police, Cyril le catcheur qui détruit sous nos yeux deux arbustes en pot et le bourreau préposé à la poursuite qui sert peu ce soir. Les tubes craignos enflamment la foule ("Sex Appeal", "Rachida" opportunément customisé d'un refrain : "A mort Arctic Monkeys" (sic) dont la sono empiète jusque sur notre équilibre mental). Le bourreau fouette le catcheur avec une fleur (merci Andy, cf. "Vicious" du vieux Lou), ou l'inverse. Rebeka stage-dive mais les mains sont moites comme des marécages. "A genoux", nouveau morceau beau comme un camion, clôt le cirque sur une génuflexion imposée par la maîtresse-femme à une moitié de public (au vue de la bouillasse qui tient lieu de sol, c'est un exploit). Notre prochaine visite des Sexy Sushi se fera dans la chaleur, et rien ne nous arrêtera. (CD)

Sexy Sushi

Dernier tour de parc avant de regagner nos pénates. Sur la scène de l'Industrie, Etienne de Crécy (maître d'oeuvre il y a 15 ans de l'album collectif "Superdiscount", pierre angulaire de la French touch ayant étonnamment bien vieilli) présente un son et lumières, "Beats'n'Cubes". Soit trois fois trois carrés en façade, façon "L'Académie des neuf" (nous nous adressons ici aux plus âgés de nos lecteurs), EDC occupant seul avec ses machines celui du milieu. Des projections de formes géométriques (que nous dissimulent malheureusement les marronniers) égaient la chose, au son d'une house pas toujours subtile mais plutôt efficace. Qualificatifs qu'on peut également appliquer aux Wombats, qui font la fermeture de la Pression Live. L'accueil du public paraît quelque peu délirant pour ces seconds couteaux plus sympathiques que franchement fondamentaux, mais reconnaissons que les Anglais, dans la grande tradition des "power trios", ne s'économisent pas. Contrairement à nous, qui préférons nous éclipser avant le rappel pour éviter les grandes transhumances et rentrer à une heure décente. (VA)

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