Tahiti 80 - Interview

06/04/2011, par | Interviews |
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Vous ne vous attendiez donc pas du tout à avoir un succès international. Penses-tu que Tahiti 80 a bénéficié de l'effet "French touch", même si musicalement vous en êtes assez loin ?

Oui, on représentait un peu la "deuxième vague". Toute cette scène a été très bien vendue à l'étranger, avec un accent mis sur l'aspect visuel, l'esthétique. Un groupe comme Air a remis au goût du jour une musique typiquement française, inspirée par les BO de films, voire par Jean-Michel Jarre, en arrivant à rendre ça sexy. Ca correspondait aussi à un moment où le rock post-grunge et post-Britpop était devenu hyper chiant, et on a totalement bénéficié du mouvement. On considérait enfin qu'en musique, des choses bien pouvaient venir de France, et après le succès d'artistes électro, le public s'est intéressé à une musique plus pop, plus indé, et donc à des gens comme nous. Aujourd'hui, je pense que des groupes comme Pony Pony Run Run, dont on a fait la première partie au Zénith, ou même Cocoon profitent à leur tour de cette ouverture.

Tahiti 80 par Julien Bourgeois

 

Peux-tu nous parler de la scène rouennaise ?

Parmi les groupes récents, il y a Elektrocution, dont Pedro (Resende, bassiste de Tahiti 80, ndlr) et moi avons réalisé le nouvel album dans notre studio. On peut aussi citer Steeple Remove, qui est là depuis plus longtemps, ou Radiosofa qui commence à marcher un peu dans un style rock français plus classique. C'est vrai que cette scène existe, même si elle est peut-être un peu vieillissante. Il y a aussi une nouvelle salle qui vient d'ouvrir, le 106, nous avons réalisé une création visuelle et sonore pour l'ouverture. Quand Tahiti 80 a commencé, il existait une salle à Rouen qui s'appelait l'Exocet, où j'ai vu Blur, My Bloody Valentine, The Jesus and Mary Chain, Ride, les Boo Radleys, le Wedding Present… Il y a eu une sorte d'âge d'or, on allait souvent aux concerts, les musiciens étaient accessibles. Outre le fait que la musique de tous ces groupes nous a influencés, le fait de pouvoir les observer, ce contact régulier avec un certain professionnalisme nous a été bénéfique, c'était très motivant. J'espère qu'on va un peu retrouver ça, car pendant une dizaine d'années il n'y a quasiment pas eu de concerts à Rouen. Les villes où ça bouge aujourd'hui, comme Reims ou Clermont-Ferrand, ont une salle très active qui sert un peu de catalyseur pour les groupes locaux. Ça crée une effervescence.

 

Géographiquement, à Rouen, vous êtes à mi-chemin entre Paris et l'Angleterre…

J'en parlais récemment avec quelqu'un qui m'expliquait qu'à une époque, la plupart des groupes anglais qui venaient jouer en France donnaient leur premier concert à Rouen. C'était un peu le passage obligé, l'échauffement avant Paris, ça tombait souvent en milieu de semaine et ça ne donnait pas forcément des concerts inoubliables… Mais c'est vrai qu'il y a un rapport privilégié à l'Angleterre. En même temps, on se sent proche de gens ailleurs en France, comme Fugu à Nancy ou Calc à Bordeaux.

 

Pour terminer sur la question du succès en France et à l'étranger, comment expliques-tu que des morceaux aussi accrocheurs que les vôtres ne passent pas plus en radio chez nous ?

Je ne voudrais pas comparer systématiquement avec la situation au Japon, mais par exemple, notre nouveau single "Darlin'", qui vient de sortir, est dans les playlists des radios là-bas, devant plein de noms super connus… Ici, on est cantonnés aux radios de la Férarock – ce qui est déjà très bien, certes. Notre objectif, ça a toujours été d'écrire de la pop music, avec des mélodies qui puissent toucher les gens et qu'on ramène dans notre univers, avec plusieurs niveaux de lecture : autant au niveau des paroles que du son, c'est moins simple qu'il n'y paraît. Peut-être alors que notre musique paraît trop "typée", trop "spé" pour les radios françaises, alors qu'elle nous a toujours semblé universelle, susceptible de toucher des publics différents. J'ai un peu l'impression d'un rendez-vous manqué.

 

Photos par Julien Bourgeois.
Merci à Jennifer Havet. 

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