The National - Interview

23/05/2007, par Guillaume Sautereau | Interviews |
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Vous avez dit que vous accordiez de l'importance au fait que les gens consacrent du temps à vos disques, et le fait est qu'on a le sentiment de n'en avoir jamais fini avec eux, qu'on les redécouvre sans cesse sous un jour nouveau... Quand je vous interviewe, j'ai toujours le sentiment qu'il est trop tôt et qu'il me manque une bonne vingtaine d'écoutes.

Matt : il faut deux semaines à temps plein (rires).

J'ai l'impression que cela procède de quelque chose qui n'est pas courant ces temps-ci, une tendance à chercher ce qui n'est pas évident plutôt que le refrain qui accroche immédiatement. C'est quelque chose que vous travaillez consciemment ?
Matt : je pense que c'est la conséquence naturelle de la façon dont nous composons nos chansons. Quand nous écrivons, les chansons qui nous accrochent, celles dont nous tombons amoureux, ce sont celles qui ne sont pas immédiates, celles vers lesquelles nous revenons sans cesse, celles sur lesquelles la combinaison de la mélodie, de la batterie, des guitares et de la voix n'est pas la plus évidente. Quand arrive le choix des morceaux qui vont figurer sur l'album, ce sont ceux qui nous ont le plus travaillés, qui ont fait leur chemin en nous, qui restent.

Les guitares sont plus discrètes, moins conquérantes sur ce nouveau disque...
Aaron : ce n'est pas vraiment ça... On joue de la guitare aussi sur cet album... Mais elles sont moins fortes, peut-être. Les chansons sont plus basées sur le piano, on a poussé la batterie au premier rang également. Et puis les arrangements orchestraux, aussi. Mais cela reste un album de musique à guitares.

Avez-vous déjà eu l'occasion de jouer sur scène ces nouveaux morceaux ?
Aaron : quelques-unes d'entre elles, mais pas toutes. En fait, nous n'avons pas joué depuis octobre. Combien en a-t-on joué, Matt, peut-être quatre ?
Matt : nous ne savons pas exactement comment elles vont évoluer sur scène. Nous n'allons pas essayer de reproduire l'album à l'identique en concert, car l'intimité de l'enregistrement de certains morceaux n'a rien à voir avec la scène.

Six mois sans jouer, c'est long pour vous non ?
Matt : (à Aaron) vraiment, six mois ?
Aaron : oui, je crois... Nous sommes impatients de revenir sur scène. En même temps, il y a une petite appréhension à porter ces nouvelles chansons sur scène. Mais bon, nous l'avons déjà fait par le passé, et il était passionnant de voir comment les morceaux évoluaient sur scène, comment y réagissait le public. C'est un sentiment agréable. Nous allons commencer la tournée par une grosse date à Londres. On va se jeter d'emblée sans filet.

Quelle est l'histoire de la couverture de l'album ?
Matt : Pete Katis, notre producteur, s'est marié à l'été 2005. Et il nous avait demandé de jouer quelques morceaux, ce que nous avons fait. Et donc, une fille nous a pris en photo. Quelques mois plus tard, elle nous a envoyé cette photo. On savait que ce serait la pochette de l'album longtemps avant qu'on ait fini le disque. Quant au titre, évidemment, le disque ne parle pas de boxe au sens littéral. Mais je pense que les personnages de mes chansons ont tous en commun de se battre pour quelque chose. Il y a quelques allusions à la boxe dans les paroles, de-ci de-là, parce que ce thème du combat était sous-jacent depuis le début.

The National - Matt Berninger et Aaron Dessner - Photo par Julien Bourgeois


Depuis "Alligator", est-ce que ta façon d'écrire a évolué ?
Matt : il se peut que j'ai changé, mais inconsciemment alors. Il y a des thèmes qui sont toujours là : les relations humaines, les détails de la vie quotidienne. Il y a des phrases parfois un peu surréelles, des images de contes de fées mêlées à des termes plus concrets. C'est quelque chose que je cherchais consciemment, ça c'est sûr.

J'ai une question rituelle à vous poser : que devient votre label Brassland dont on n'entend pas trop parler en France ?
Matt : on a pas mal de nouveaux projets en cours. Un nouvel album de Clogs que Padma a écrit. Il y aura des paroles, cette fois, c'est ça la nouveauté. On envisage aussi de sortir un nouvel album de Doveman qui participe à notre album. Et il y a aussi un album de ce couple de Prague qui joue de la viole de gambe. C'est étrange, hypnotique, ça a beaucoup influencé Clogs. C'est ma soeur qui avait ramené ça de Copenhague où elle les avait vu jouer dans la rue. On les a retrouvés et on va sortir leur disque. Ils s'appellent Irena et Vojtech Havel. Et j'espère toujours que The National pourra faire quelque chose sur Brassland à un moment ou à un autre, pas forcément un disque. En tout cas, on essaie que Brassland perdure.

Et avec votre label actuel, Beggars, êtes-vous satisfaits de la façon dont ça se passe avec eux ?... vous pouvez y aller, ils n'écoutent pas...
Matt : ils nous soutiennent continuellement. Ils sont parfois un peu inquiets et se demandent ce que l'on va faire, mais ils nous font confiance sans condition. C'est un très bon label. Je le recommande à tous (rires).

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