Two Gallants - Interview

10/10/2007, par Jean-Charles Dufeu | Interviews |
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En parlant de ce dique et du parti pris de jouer acoustique, était-ce une façon de remonter à vos racines musicales, qui sont peut-être plus ancrées dans le folk américain, est-ce qu'il y avait une intention de "retour aux sources" derrière cette démarche ? 

Adam : encore une fois, ce n'était pas réellement intentionnel. La plupart de ces chansons avaient été écrites en acoustique. On les avait jouées en concert à peu près toutes, mais on aimait bien l'idée de changer un peu pour ce disque. Sur l'album qui va suivre, on ne reste pas du tout dans cette idée d'acoustique.

Vous êtes très souvent perçus comme des conteurs d'histoires dans vos chansons. Est-ce qu'il ne serait pas plus simple d'écrire des chansons sur vous-mêmes ou bien est-ce quelque chose qui ne vous intéresse pas de toute façon ?
Adam (jettant un regard à Tyson) : écoute, je déteste me répéter, mais encore une fois, je crois que tout ce qu'on fait est assez inintentionnel. De même que le fait de jouer acoustique, le thème de nos chansons est quelque chose de relativement inconscient. Les chansons nous guident plus que le contraire. D'ailleurs, je dirais malgré tout qu'il y a un certain nombre de nos chansons qui sont résolument personnelles. Mais je pense que la raison pour laquelle les gens ne le perçoivent pas est parce qu'il ne sont pas forcément habitués à ce genre de chansons très narratives. Aujourd'hui, les mots dans les chansons sont plutôt associées les uns aux autres, sans réelle histoire derrière.

Je comprends très bien que vous disiez ça, pourtant du point de vue de l'auditeur, il y a une vraie homogénéité dans votre musique, souvent liée à certains codes de l'histoire américaine, aux paysages traditionnels... Ça aurait tout à fait pu être quelquee chose de très conscient et volontaire de votre part.
Adam : pas vraiment en fait. Pendant cinq ans de ma vie, les seuls trucs que j'ai écoutés étaient de la vieille musique américaine. Quand nous avons commencé à jouer, nous étions extrêmement influencés par tout ça. En un sens, ce que nous jouons n'a absoument rien d'original. C'est juste assez différent de ce que les gens font aujourd'hui. Ça relève plus du défi.

On a beaucoup parlé de cette chronique assassine que vous aviez eue sur Pitchfork, justement entièrement basée sur une compréhension vis-à-vis de vos textes. Indirectement, c'était peut-être également une bonne publicité pour vous, puisqu'il y a eu un réel comité de soutien sur Internet, de la part de vos fans. Comment avez-vous réagi à tout ça ?
Adam (s'adressant à Tyson) : tu veux répondre à ça ?

Tyson : en un sens ça a été à la fois une vraie surprise, et à la fois quelque chose d'assez attendu. Nous avons été assez frappés par cette immaturité de la chronique, qui se fondait entièrement sur une seule chanson, sans vraiment appuyer son jugement derrière des arguments construits. Nous pouvions comprendre que quelqu'un puisse mal comprendre cette chanson parce que le sujet n'était pas évident. Mais sur le fond, on a été assez déçus de pouvoir être aussi brutalement blaklisté par un média que beaucoup considèrent comme une référence, malgré le peu d'arguments en l'occurrence.
C'est une critique d'album qui a viré au pugilat d'une seule chanson. C'était un peu frustrant pour nous. Mais en un sens, on a parlé de cette chanson, de notre musique, et effectivement, même si ce n'était pas toujours dans le bon sens, on a vu qu'il y avait un potentiel à débat dans tout ça, ce qui n'est pas déplaisant.

Pourquoi êtes-vous aussi obsédé par l'idée de meurtre ?
Adam : je pense que c'était lié à une période spéciale de notre vie. Ce n'est plus forcément le cas avec ce EP ou le prochain album. Mais nous avons traversé une période assez noire et assez intense de notre vie, où on était en tournée constamment aux Etats-Unis. Non pas qu'on tuait des gens à ce moment-là ou qu'on avait des envies spécialement morbides. Mais le thème de la mort était assez présent à ce moment dans mes pensées. Je ne saurais trop expliquer pourquoi.

Mais vous n'avez jamais tué personne ?
Adam : on peut toujours faire démarrer la légende à partir d'aujourd'hui, ce serait marrant. (Rires)

J'ai lu beaucoup de compte-rendus de concerts à votre sujet et les gens étaient visiblement très impressionnés par votre prestation, y compris ceux qui vous avaient vu plusieurs fois sur scène. Qu'est-ce que vous avez de si spécial ?
Adam : nous prenons tous deux énormément de plaisir à jouer live. La cérémonie du live, la tension qui existe obligatoirement quand on est sur scène, l'interraction qu'il y a ce moment là entre nous et entre le public et nous, c'est quelque chose avec quoi nous nous sentons très liés. C'est vraiment le monde à l'intérieur duquel nous nous sentons le plus chez nous. Nous jouons live depuis le tout début de Two Gallants, et c'est vraiment de cette façon que nous avons évolué ces dernières années. Le fait d'enregistrer des albums arrive au second plan pour nous, dans le processus qui nous lie aux gens qui écoutent notre musique. Quand on voit la musique jouée en direct, on a tendance à pense qu'elle est bien meilleure que ce qu'elle est réellement. Et c'est peut-être la raison pour laquelle les chroniques étaient si enthousiastes à ce sujet.

Propos recueillis par Jean-Charles Dufeu

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