Vic Godard - Interview

10/10/2005, par | Interviews |
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Il y a une légende qui court à propos d'une sauterie organisée par Yves Saint Laurent, où Subway Sect aurait joué sur le dos.

Cette histoire est vraie. Il y avait nous, un groupe brésilien et un groupe antillais. J'ai encore le contrat avec l'ordre de passage : Subway Sect, 0 h à 0 h 40 ; groupe brésilien, 1 h à 1 h 40 ; groupe antillais, 2 h à 2 h 40 (rires). Notre manager Bernie Rhodes, à qui Malcolm McLaren nous avait confiés, avait des connections avec le monde de la mode, il avait réussi à nous vendre... (rires). Avant notre concert, on a bu beaucoup de champagne et Johnny Green, un roadie des Clash qui nous avaient amenés, nous a filé de la méthédrine, un speed particulièrement puissant. Résultat, au moment de monter sur scène, on n'était plus vraiment en état de jouer. C'est cette nuit-là que j'ai dû casser ma première guitare. J'oubliais les chansons... Je me souviens qu'ils ont essayé de nous virer en coupant le courant, mais Johnny Green a sauté sur un type pour l'en empêcher (rires).

VIC GODARD

 

Ce fut votre seul concert en France ?
Oh non, nous avons joué plusieurs fois, notamment au Gibus, à Paris, à l'époque punk. Je suis ensuite revenu avec mon groupe de jazz, qui allait devenir les Joboxers. Nous avions joué dans un night-club, les... Baainnns-Douuuches... Ca existe encore ?

Oui, c'est là que Joy Division a donné son seul concert en France. A l'époque, il y avait aussi le Palace.
Je crois qu'on y est passé également. Notre premier concert en France était le pire. C'était en Normandie, à Rouen je crois. Il y avait des Hell's Angels qui ont commencé à nous jeter des bouteilles. Nous avons quand même continué à jouer. Un projectile a atteint la basse de Paul Myers et l'a cassée. Mick Jones des Clash a dû monter sur scène pour tenir le manche pendant qu'on jouait ! Tous les autres s'étaient barrés. Tu imagines ? C'était vraiment affreux, j'étais très déprimé après ça. Mais le lendemain, nous avons joué à Paris et c'était fantastique, nous étions vraiment dans le truc.
Pour notre tout premier concert, au 100 Club à Londres (les 20 et 21 septembre 1976, un festival organisé par Malcolm McLaren avec les Sex Pistols, Clash, Buzzcocks, Damned, Siouxsie and the Banshees, ndlr), nous étions très tendus. Nous n'avions que quatre morceaux et c'était terminé avant même que nous nous en soyons rendu compte. Pour le suivant, à l'ICA, nous voulions jouer trop de nouvelles chansons, nous avons dû passer de quatre à huit. On était nerveux et à un moment, on s'est embrouillé dans la setlist : le bassiste a commencé à jouer un morceau, le guitariste un autre, le batteur un troisième... et moi, je ne savais plus quoi faire. C'était horrible. Après ça, le batteur a préféré arrêter. Il a encore fait deux concerts, jusqu'à ce qu'on lui trouve un remplaçant.

Même si le groupe n'a jamais percé, Subway Sect semble avoir eu une grosse influence sur le rock indépendant britannique : Jesus and Mary Chain a repris "Ambition" pour un face B et Orange Juice, "Holiday Hymn", à l'époque de Postcard.
J'étais très honoré par ces reprises. J'aime beaucoup le chant d'Edwyn Collins sur "Holiday Hymn". Curieusement, ils ont interprété ce morceau quelques années avant que j'en fasse une version swing (disque sorti en 1985 sur él Benelux, qu'on retrouve sur la "Singles Anthology" ; la version d'Orange Juice figure sur la récente compilation "The Glasgow School", ndlr). Ils avaient enregistré un concert de Subway Sect en 1979 ou 80, à l'époque où c'était l'une de nos nouvelles chansons, sans doute la plus marquante, et ils avaient eu envie d'en faire une reprise. Ça fait partie de mes morceaux qui peuvent être interprétés de diverses façons, notamment avec des arrangements jazzy. Ce n'est pas le cas de tous.

Avec le recul, peut-on vraiment considérer Subway Sect comme un groupe punk ? Votre premier single, "Nobody's Scared", sonne comme une critique de ce mouvement, avec cette phrase : "Everyone is a prostitute/Singing the song in prison".
"Nobody's Scared" ? (surpris) Non, ce n'était pas sur le mouvement punk, mais sur la société en général. Nous étions amis avec les Clash, nous partagions le même local de répétitions. Nous avons participé à la tournée "White Riot", puis les Clash sont partis aux Etats-Unis et Bernie nous a mis sur le "Love Bites Tour" avec les Buzzcocks, en 1978. Ensuite, nous avons tourné avec un groupe français qui s'appelait les Lous, ce devait être la même année. Un soir, nous passions les premiers, l'autre soir c'était elles. Ces filles étaient des junkies, alors que nous, nous ne prenions pas de drogues, nous étions jeunes et innocents. Tout cela était très nouveau pour nous ! (rires)

VIC GODARD

Qu'est ce qui te motive pour écrire des chansons ?
Je n'ai pas besoin que quelque chose me motive, j'ai juste besoin d'un stylo et ça vient comme ça. J'écris tout le temps. Maintenant, il y a aussi des gens qui écrivent pour moi. Hier, j'ai montré à mon batteur une liste de titres possibles pour le prochain album, en lui expliquant rapidement le thème des chansons. Il a dit qu'il pourrait m'écrire quelques textes. Il est vraiment brillant. Il faut quand même que la personne soit proche de tes idées. (Il me montre la liste de titres de travail pour l'album.)

J'aime beaucoup "Best Album in the World". Pour en revenir à tes textes, j'ai l'impression qu'ils ont toujours un côté négatif, nihiliste.
C'était vraiment le cas à l'époque punk, oui. Peut-être que je devrais y revenir... Déjà, au niveau de la voix, il y a un peu de ça.

Tu es toujours postier ?
Oui, à plein temps. C'est vraiment dans mon sang ! Je ne m'imagine pas arrêter. J'habite à Richmond, de l'autre côté de la Tamise, et je fais mes tournées à vélo, c'est plutôt agréable. D'ailleurs, je me déplace le plus possible à vélo. Quand je viens à Londres, je le prends avec moi dans le train.
En fait, j'ai du mal à me considérer comme un musicien professionnel. L'autre jour, après un concert avec les Bitter Springs, ils m'ont dit que je devrais me remettre à la guitare, mais ça fait longtemps que je n'en ai pas joué sur scène, je joue juste un peu de piano. A la base, je suis guitariste mais je n'ai même pas de guitare électrique à moi ! Et le batteur des Bitter Springs est obligé d'emprunter une batterie pour les concerts et les répétitions. C'est un peu compliqué mais ça me rappelle les tout débuts de Subway Sect, de bons souvenirs. Je m'amuse beaucoup !

Interview et photos par Vincent Arquillière

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