Villette Sonique - Edition 2010

09/06/2010, par Christophe Despaux, David Larre et Luc Taramini | Festivals |
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Arto Lindsay, Young Marble Giants, Owen Pallett, La Villette Sonique, 1er juin 2010

C'est écrasé sur un pouf dans la Folie n°7 du Parc de la Villette que nous assistons au second retour en trente ans des Young Marble Giants. L'exercice se nomme "Master Class", le groupe est au complet, et même adjoint du "nouveau" batteur, le troisième frère Moxham dont la stature, la coiffure (tempes rases, toupet) et surtout les oreilles décollées nous rappellent une inquiétante photographie de Roger Ballen (allez, on n'est pas chien : mots-clefs : jumeaux, Afrique du Sud). Aperçu visuel du groupe original : Stuart, quinquagénaire blanchi méconnaissable ; Philip, fossettes à la Robert de Niro, encore mince quoique grisonnant ; Alison Statton étonnamment préservée, visage lisse qui nous renverrait presque en 1978 si l'on n'y prenait garde. Mais nous sommes en 2010 et les Young Marble Giants, très affables, évoquent leurs années de "colossale jeunesse". On apprend que leur premier groupe, True Wheel, oeuvrait dans le pub rock et dans les reprises classiques (Rolling Stones) ou moins (Brian Eno) et que le passage à l'art-rock minimal des Young Marble Giants s'est fait grâce et contre le punk (Stuart :"Nous avons mordu la main qui nous nourrissait en refusant le bruit du punk"). Leur ville d'origine, Cardiff, outre d'être loin de tout, offre depuis toujours l'un des publics les plus redoutables de toute la Grande-Bretagne. Les premières des tournées s'y font souvent : quiconque est passé par Cardiff peut aller partout, plaisante Stuart. "Il faut avoir de grands buts quand on monte un groupe, être les Beatles ou rien", ajoute-t-il, témoignant de l'ambition rétrospective des Young Marble Giants dès leur "Ode To Booker T." Remarqués sur une compilation de jeunes groupes gallois, ils sont signés par Rough Trade et enregistrent en quelques jours le désormais classique "Colossal Youth" sans se douter une seconde de la postérité qui les guette. L'accueil critique est bon, voire excellent, les ventes suivent, et les concerts partagent le public entre détracteurs qui couvrent les notes des instruments rien qu'en discutant au bar et les partisans qui leur intiment de se taire en de petites batailles d'Hernani so british. "Quiet was the new loud", pourrait-on dire en paraphrasant les moins immortels Kings of Convenience. Rien dans cette master class ne percera des raisons officielles ou officieuses de la séparation : usure des tournées, tension entre les couples Alison-Phil et Stuart-Wendy, la graphiste du groupe. Impatient de voler de ses propres ailes et de chanter sur ses compositions, Stuart montera The Gist, faux groupe et vrai projet solo dont la plus belle chanson "Love at First Sight" sera adaptée et reprise en France par Etienne Daho sous le titre "Paris-Le Flore". Wendy donnera de la voix chez les très lounge Week-end ("à Rome ?"), tandis que Phil officiera un temps chez Everything But The Girl.

Une séance d'écoute permet de rendre hommage aux admirations majeures du groupe : Eno, les Beach Boys, le Velvet Undergound et Roxy Music. Chacun des membres y va de son compliment, mais ce qui fascine dans le fond, c'est la façon dont leur musique s'est totalement affranchie de ces influences, une forme de mystère qui fait de "Colossal Youth" un disque à part, fuyant et obsédant comme le "Mr Right" de l'ouverture. Hanté par le vide, "Colossal Youth" n'a pas pris une ride, et il est probable qu'il y échappera encore un bon moment.

On se rend sous la pluie Grande Halle de la Villette pour le concert proprement dit après avoir chaudement applaudi nos quatre revenants.

Petit drame : impossible de se rendre aux gradins avec sa boisson - certains amis (des poivrots) manquent défaillir, mais tout s'arrange et nous voilà prêts à découvrir Arto Lindsay confortablement assis et entouré de gens sympathiques.

Naïveté ou prescience, on n'a jamais eu l'occasion d'écouter une seule note de ce guitariste brésilien dont le nom a pourtant maintes fois glissé sous nos yeux. Très vite, on comprend le pitch : Tropicalia meets Sonic Youth. Curieux mélange qui agit par endroits. Le groupe blackos à dread ou sans joue carré et Arto fait son Pollock jaculatoire à la guitare ici ou là, de soli imprévisibles qui strient et maculent un groove parfois plaisant. Le contraste musical est souligné visuellement par la silhouette mince de Lindsay qui ressemble de prime abord à un proviseur moustachu dégarni en costume marronnasse. Mais dès que le concert est lancé, le sage employé devient un hybride entre Mick Jones et Roberto Begnigni, et sa voix androgyne émeut assez, surtout lorsqu'il chante en portugais. Au final, pas tout à fait notre tasse de thé mais plutôt recommandable.

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