Villette Sonique - Edition 2010

09/06/2010, par Christophe Despaux, David Larre et Luc Taramini | Festivals |
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Roy Harper, Joanna Newsom, La Villette Sonique, le 31 mai.

La soirée d'ouverture s'est construite sur un choix de programmation originale pour le festival, en l'espèce une folk ambitieuse, toute en circonvolutions progressives et en grâce vocale. Tous deux à l'affiche, Roy Harper et Joanna Newsom terminent ici une tournée commune qui semble avoir scellé une amitié réciproque et admirative.

Le vétéran, soixante-dix ans au compteur et un passé riche de visionnaire folk, prodige de la guitare, admiré de Led Zeppelin à Kate Bush, est revenu au premier plan à l'occasion d'un morceau-manifeste contre la guerre en Irak en 2005 ("The Death of God") et a été sollicité en 2007 par la harpiste revendiquant l'influence "Stormcock" (quatre chansons labyrinthiques tournant entre sept et treize minutes), comme référence de son deuxième album "Ys". De fait, à entendre ses compositions, dont certaines longues en oreille évoluent en méandres et volutes surprenantes, on reconnaît un esprit commun évident. D'une voix assurée (qui ferait pâlir de jalousie un Dylan), seul avec ses deux guitares, parfois très seul face à un public qui ne le connaît pas, ou pas beaucoup, et semble goûter de loin son ironie (d'étranges blagues en français), il assume un set assez impressionnant partagé entre répertoire (un traditionnel, des incunables, "Another Day", morceau davantage connu par ses reprises, de Peter Gabriel et Kate Bush ou d'Elizabeth Fraser des Cocteau Twins sur le premier This Mortal Coil, ou "Me and My Woman") et morceaux plus récents. Ne tarissant pas d'éloges sur Joanna Newsom au salut, il traduit en acte son admiration par la suite en se glissant dans le public pour venir écouter cette dernière.

C'est seule à la harpe, belle ingénue sous le regard de la bête (le lion au long couteau qui a servi d'affiche cette année apparaissant au-dessus d'elle en fond de scène), qu'elle débute son set, comme son album, dans la douceur la plus rêveuse, en l'espèce un "81" suspendu aux lustres du septième ciel. Dès le second morceau, elle est rejointe sur scène par Ryan Francesconi, multi-instrumentiste aussi doué que discret, deux violonistes, un tromboniste et le percussionniste oeuvrant sur l'album récent, Neal Morgan. La greffe entre l'excellence vocale de la musicienne et le quintette met quelques morceaux à prendre, et le show décolle réellement sur les morceaux les plus rythmiques, pour la plupart joués par Joanna Newsom au piano (notamment le très efficace et pourtant un peu grinçant et bancal "Good Intentions Paving Co" ou le plus ancien "Inflammatory Writ"). Les titres les plus remarquables de "Have One On Me" ("Easy", le titre-éponyme, "Jackrabbits", "Kingfisher") défilent, et la chanteuse ne sacrifie qu'à quelques titres du premier disque absolument attendus ("Peach, Plum, Pear", "The Book of Right-On") pour des versions d'ailleurs surprenantes : sa voix a tellement mûri et travaillé dans le sens de la justesse et de la subtilité que le charme rocailleux et primitif de ces morceaux semble impossible à retrouver. Un seul titre de "Ys", "Monkey & Bear", sacrément alambiqué, est proposé avant le rappel.

L'Américaine surprend par sa naïveté non feinte (les grands rires, l'entrain) et ravit le public pour qui elle accepte de venir livrer, à nouveau seule, un second rappel à la harpe. Si le set n'atteignait pas la magie du concert donné à La Cigale après la sortie de "Ys" en 2007 (la faute sans doute à l'espace Charlie Parker de la Grande Halle), la ferveur suscitée par les prestations de la chanteuse ne semble pas prête de s'éteindre, la faute à son talent.

David Larre
Photos : Robert Gil - site photosconcerts.com

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"Have One On Me"
"Ys"
"The Milk-eyed Mender"

 

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