Villette Sonique - Edition 2010

09/06/2010, par Christophe Despaux, David Larre et Luc Taramini | Festivals |
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C'est l'heure des Géants de Marbre ramenés jusqu'à nous par un reflux providentiel, et l'on espère que ce sera beau comme l'antique.

Très vite, on se dit que la scène est trop grande pour eux, ce que soulignera plus tard la remarque ironique d'Alison au moment où Philip échange sa basse contre les claviers de Stuart sur "Final Day" : "Jamais tu n'as eu à faire autant de pas entre tes instruments". On tique de les voir commencer par l'un de leurs chefs-d'œuvre, "NITA", un peu défiguré par quelques pâtés de Stuart aux synthés. Mais très vite, la vitesse de croisière s'installe et "Eating Noddemix" frappe par sa rigueur et sa pertinence. La basse élastique et prosaïque de Phil s'avère le ciment du groupe, tandis que la voix un peu floue d'Alison se tend sans effort quand il le faut ("Constantly Changing", "Credit in the Straight World"). Le groupe joue comme s'il répétait - aucun jeu de scène, rien de rock, à peine une sauvage glissade de Stuart sur son clavier à la fin de "The Taxi". La boîte à rythmes antédiluvienne a été remplacée par Andrew qui bouge à peine derrière une petite batterie synthétique. L'émotion contenue trouve un minuscule exutoire quand Alison claque des mains près de son micro sur "Salad Days", chanson prémonitoire sur la nostalgie de la jeunesse.

Les Young Marble Giants reformés sont fidèles à eux-mêmes, secrets, un peu contraints ou à côtés de leurs chansons. Ce qui n'empêche pas Stuart, le plus boute-en-train, de livrer une imitation-hommage de Dennis Hopper avec une Heineken ("Fuck that shit, man !"). Réécouter en public "Colossal Youth" permet de reconsidérer l'album en ses parties toutes jouées sauf "Wind in The Rigging" et - bizarrement - le morceau-titre. On réévalue le funk squelettique de "Wurlitzer Jukebox" qui nous a toujours un peu ennuyés sur disque, tandis que l'impavide "Choci Loni", reste également blafard sur scène. C'est aussi l'occasion de vérifier le lustre invraisemblable de deux chansons géniales (au moins) : "Searching for Mr Right", un must absolu dont les paroles nous obsèdent encore ("How can i hope to be/Someone for you to see ?", bonne question...) et "Include Me Out" qui, même privé de l'overdub de guitare, frappe comme un sommet de classe rock. Tout au long du concert, on songe à part nous (et tel Hamlet) aux revers que la fortune réserve aux plus méritants avant de se raviser (et la fortune et nous) : les Young Marble Giants avaient peut-être sous le sabot deux bons disques morts-nés de leur séparation prématurée mais "Colossal Youth" ne brillerait pas d'un éclat aussi singulier s'il avait initié une discographie forcément faillible, et ces retrouvailles n'auraient pas eu une saveur aussi particulière, celle d'une revanche discrète sur leurs erreurs et inexpériences. Un très beau moment.

Vient la révélation, à nous ignares, de cette soirée. Owen Pallett prend place à son pupitre matérialisé par un clavier qu'il utilisera avec parcimonie, préférant son violon amplifié.

Allure néo-classique, pantalon à pinces et tee-shirt sombre avec comme accessoire ultime une étole claire à imprimés calligraphiés jetée sur l'épaule droite qui prolonge la jambe dans ses multiples appuis sur les pédales d'effet - les sons démultipliés s'additionnent par un balancement d'avant en arrière qui marque et rythme la musique à mesure qu'elle enfle et précise son appétit gargantuesque. Il nous paraît certain que Marlène Dietrich n'aurait pas désavoué une tenue si éminemment et subtilement théâtrale. Quatre morceaux en solo permettent au public d'admirer la maîtrise de l'instrument, des boucles et d'un chant clair et quasiment sans chichi. Puis survient une petite créature, hobbit plutôt qu'elfe (Owen), le compère (Thomas ? - de mémoire) qui chemine très décidé mais d'une démarche étrange jusqu'à sa place à gauche et en face de Pallett - un fût et une guitare qu'il empoigne avant d'entamer sa partition en se berçant comme une vieille clocharde ivre ou percluse. D'un côté donc Appolon-Owen et Dyonisos-Thomas mâtiné de SAMU social - pull informe par-dessus une chemise blanchâtre à rayures solitaires, brosse de cheveux hirsutes, barbe mal définie, grosses lunettes en plastique. L'un monte au ciel - Pallett - tandis que son musicien le raccroche à la terre. On avouera n'avoir aucune passion marquée pour Final Fantasy et n'apprécier vraiment qu'un quart de "Heartland" dont le sublime "Lewis Takes Action" souffrira ici de basses trop saturées. Le concert est pourtant emballant, lumineux, galvanisant. Le rappel conduira notre ami hobbit à rejoindre Pallett dans les nuages en sifflotant sur son sillage. Précieux, un peu trop pour certains, mais hors du commun en tout cas.

Christophe Despaux
Photos : Robert Gil - site photosconcerts.com

A lire également sur les Young Marble Giants :
la chronique de "Colossal Youth"

et sur Owen Pallett, la chronique de "Heartland"

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