shoegaze

My Bloody Valentine

Classer My Bloody Valentine en rubrique "Vieilleries" revient à avouer que l'on ne croit plus beaucoup à la sortie si souvent annoncée d'un nouvel album. Vingt années depuis "Loveless", dernier album en date, vingt années sans silence pourtant, puisqu'on entend parler régulièrement de MBV : remixes (Primal Scream, Yo La Tengo, Mogwai, Curve, Pastels, Archive...), participation à la compilation de reprises de Wire "Whore", projets parallèles (Experimental Audio Research avec Sonic Boom de Spaceman 3 pour Kevin Shields, Snow Pony pour Debbie Googe, Clear Spot pour Colm O'Ciosoig, Collapsed Lung pour Belinda Butcher)... Les membres de MBV ne sont pas portés disparus. Le groupe en tant que tel pourrait bien l'être.

Et pourtant... My Bloody Valentine naît en 1984. Quelques maxis sans intérêt paraissent, distillant une sorte de parodie des B 52's en plus pop (c'est tout dire). My Bloody Valentine est alors affublé d'un chanteur, Dave Conway, qui ne laissera que peu de souvenirs et qui a pourtant donné son nom au groupe. En 1988 sort "Isn't Anything", avec la formation définitive de MBV (Kevin Shields : guitares/chants, Belinda Butcher : guitares/chants, Colm O'Ciosoig : batterie, Debbie Googe : basse). L'album connaît un succès certain, et laisse entrevoir que MBV a encore beaucoup de choses à faire, et énormément d'idéees à exploiter. Puis paraît en 90 le EP "Glider", première grosse surprise : MBV a inventé un son. "Tremolo EP" puis l'album "Loveless" viendront enfoncer le clou en 1991. Ebahis, on découvre une musique totalement martienne : de longues plages bruitistes sur lesquelles se posent des mélodies magiques, des boucles samplées et passées à l'envers, des sons dont on n'arrive pas à imaginer la provenance... Et, au milieu de ce magma, des chansons, des perles pop qui tiendraient la route même si on les jouait sur un orgue Bontempi ("Sometimes", "Blown a wish"). Des petites mélodies ("When You Sleep", "I Only Said") qui vrillent la tête et ne s'effacent pas avec le temps. "Loveless" a inventé la tristesse souriante, la mélancolie soluble dans l'air, à l'image des quelques clips qui seront tournés : des suites d'images floues, oscillant entre le bleu pâle et le rouge violent, où les membres du groupe sont à peine reconnaissables. Les concerts de MBV sont une expérience assez incroyable pour les auditeurs, et poussent à l'extrême la logique du groupe : témoin le concert de l'Olympia en mars 92, qui s'achève par un quart d'heure de mur du son. Ceux qui auront eu le courage de rester jusqu'au bout (et de perdre trois dixièmes de leur audition) auront eu le bonheur de constater que de tout ce bruit se dégage une mélodie unique, comme enfouie dans du coton. MBV a ouvert une brèche, et ce sera la grande époque de la Noisy Pop. Des imitateurs sans grande imagination aux vrais talents, toute une ribambelle de groupes apparaissent et commencent à former ce qu'on appellera les shoegazers, en hommage ironique à leur attitude scénique la plus courante. Le mouvement s'essoufflera de lui-même, anesthésié par le manque de charisme et de créativité d'une grande part de ses représentants. Reste que le nom de My Bloody Valentine est l'un des rares dont on se souvienne. Reste également que huit ans après "Loveless", cet album est toujours furieusement moderne, et que ceux qui sont tombés sous le charme continuent envers et contre tout à attendre la prochaine manifestation de ce génie imprévisible qu'est Kevin Shields.

Et il en faut, de la ferveur, pour espérer encore. Après "Loveless", My Bloody Valentine s'est enfermé en studio pour accoucher de son successeur. Le moins qu'on puisse dire est qu'il ne sera pas prématuré. Entre les collaborations diverses, et les déclarations brèves à la presse, on aura tout entendu : un album entier aurait été enregistré, mais Kevin Shields aurait décidé de tout recommencer ; 60 minutes de guitares auraient été données à Creation et jugées inutilisables etc. Creation, visiblement plus intéressé par le succès d'Oasis que par les atermoiements d'un groupe incontrôlable et hyper-perfectionniste, a d'ailleurs décidé en 1997 de se séparer d'une des plus belles références de son catalogue. Qui vivra verra, comme dit la sagesse populaire. En attendant, il ne reste qu'à  réécouter "Loveless" pour découvrir à chaque fois quelque chose de nouveau dans cet album qu'on n'épuisera jamais.

Mais pour un peu, on envierait ceux qui ne connaissent pas encore My Bloody Valentine. Parce qu'on donnerait bien toute sa discothèque pour reprendre une claque d'une telle ampleur.

Loik Amis

Discographie :
> ALBUMS
This Is Your Bloody Valentine - 85 / mini LP
Ecstasy - 87 / mini LP
Ecstasy And Wine - 89
Isn't Anything - 89
Loveless - 91

> EP
Geek - 85
The New Record By - 86
Sunny Sundae Smile - 87
Strawberry Wine - 87
You Made Me Realise - 88
Feed Me With Your Kiss - 88
Glider - 90
Tremolo - 91 

Gravenhurst

Nick Talbot est originaire de Bristol, en Angleterre. Sa musique, d'abord très folk dans la lignée gracile d'un Nick Drake, s'oriente vers des explorations plus noisy, notamment sur "Fire in Distant Buildings", et ne cesse depuis de jouer de cet équilibre entre un ligne claire, portée par un chant adolescent et tourmenté, et des déflagrations de guitare, une certain sens de la digression et une ampleur sonique étonnante.

A Place to Bury Strangers

Trio new-yorkais formé de Oliver Ackermann (chant/guitare), Jay Space (batterie) et Dion Lunadon (basse). Réputé pour jouer très fort, le groupe tire ses influences du shoegaze de la cold-wave.

I Break Horses

Duo suédois formé en 2008 à Stockholm par Maria Lindén et Fredrik Balck, qui construit un mur du son shoegazing digne de My Bloody Valentine, et le recouvre de nappes synthétiques. Le groupe est signé sur le label londonien Bella Union.

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