Sous le nom de 5 Horses, le Français Marc Verwaerde, bien entouré de musiciens amis, vient de sortir un album intitulé “Try and Succeed”, collection de chansons pop très inspirées, d’une grande fluidité et arrangées avec beaucoup de minutie. Il y a quelques jours, il nous le racontait en longueur, morceau par morceau. Cette semaine, il nous présente une sélection de morceaux qui ont compté pour lui, souvent associés à des moments importants de sa vie, et qui sont des influences plus ou moins évidentes sur sa propre musique.
1. The Jayhawks – Dying on the Vine
1997, j’ai 15 ans. C’est pile poil le moment où Gary Louris décide de sortir un album sous le nom de The Jayhawks malgré le départ de Mark Olson. Moi, je suis en fin de troisième, je débarque à São Paulo, au Brésil, et évidemment je pique “Sound of Lies” dans la discothèque de mon père pour le passer en boucle dans ma chambre d’adolescent. Les chansons des Jayhawks font tellement partie de mes neurones adolescents qu’à ce jour j’ai du mal à comprendre les paroles adultes de Gary Louris, qui à l’époque de “Sound of Lies” soufflait déjà ses 42 bougies. Je suppose que tout l’album est tourné vers la crise de la quarantaine que je traverse aujourd’hui : celle des trahisons, des chemins qui soudain s’arrêtent et qui nous obligent à bifurquer pour ne pas tomber. “Dying on the Vine”, en américain ça veut dire “échouer vite”. Tout l’inverse du succès intemporel de cette chanson dans mon cœur.
2. Wilco – War on War
2002, j’ai… non, je déconne. Mais quand je lance “Yankee Hotel Foxtrot” pour la première fois dans ma chaîne hi-fi compacte, je tombe radicalement amoureux. Nous sommes au printemps, je passe des concours à la con, et ma consolation c’est de rentrer le soir et poncer “YHF” (pour les intimes). L’été arrivant, j’achète un maillot de bain aux Nouvelles Galeries d’Annecy, et la vendeuse oublie d’enlever l’anti-vol. Dans ma chambre étudiante, j’entreprends de retirer l’objet, usant de couteaux de cantine, de ciseaux d’écolier, et enfin d’un briquet. J’arrive à venir à bout du projet, mais une odeur de plastique brûlé reste gravée sur les murs de ma chambre et dans ma mémoire. “War on War” a, pour toujours, l’odeur de plastique brûlé associée à son écoute.
3. The War on Drugs – Harmonia’s Dream
“I Don’t Live Here Anymore” est l’album que j’aurai le plus écouté pendant la période d’enregistrement de “Try and Succeed”. Tout dans cet album respire l’Amérique éternelle (enfin, celle qu’on voudrait éternelle, pas celle des massacreurs d’idéaux). Pour moi, “Harmonia’s Dream” est l’une de ces chansons qui traverseront sans l’ombre d’un doute mon existence, jusqu’à mon dernier souffle, sans que je ne m’en lasse.
4. Glen Hansard – Sure as the Rain
Comme beaucoup, j’ai découvert Glen Hansard via le film “Once” (2007). A l’époque, côté artistes irlandais, ma préférence allait à Damien Rice. Et puis j’ai découvert un humain solaire dans un film poignant. Le dernier album (en date) de Glen est celui que j’aimerais écrire dans dix ans. Un album qui retrace le parcours du combattant pour essayer de toucher à la grâce de la “sagesse”. “Sure as the Rain” est une magnifique histoire d’amour.
5. Andrew Bird – Sisyphus
Le siffleur et violoniste Andrew Bird m’a toujours poussé au cul harmoniquement. Dérouter sans provoquer, telle serait la devise de ce trublion du folk mélodique. Evidemment, je partage ce même amour du nombrilisme mélancolique dont parle “Sisyphus”.
6. Hey Nothing – Maine
J’ai découvert Hey Nothing grâce à mon comparse multi-instrumentiste Jérôme Gras. Cette version live donne envie de pleurer tellement tout est dit : une guitare, deux voix, et basta. Une bonne chanson quoi. J’ai été voir le duo en live à la Mécanique Ondulatoire en novembre 2025, et c’était une vraie fête. Quel bonheur d’écouter des gens déprimés qui vous remontent le moral comme ça !
7. Bon Iver – If Only I Could Wait
J’ai toujours eu du mal à me faire dicter mes goûts par l’intelligentsia. Alors, quand TOUT LE MONDE m’a dit “Bon Iver c’est génial” j’ai tout de suite pensé “je vais bien tâcher de ne pas aimer”. A leur concert à l’Olympia, je suis parti avant la fin (surtout parce que le son était trop fort, j’avais mal aux oreilles, je dois bien reconnaître que sinon j’avais quelques sensations positives dans mon corps). Mais ça, c’était quand j’avais 30 balais. Et maintenant que je suis un grand, je suis capable d’aimer, même ce qui semble faire l’objet d’un consensus. Bon Iver compris. Et surtout cet album, qui m’obsède : parce qu’il déroute de partout. Tout y est parfaitement imparfait. Donc tout est parfait. Et cette chanson, en particulier, dont on voudrait qu’elle dure 2,3 minutes de plus, et que je peux mettre en boucle sur ma platine CD…
8. John Lennon – Love
Love is real, real is love… comme toute mon admiration pour John Lennon, tellement réelle. Mort en 1980… Si seulement j’avais pu naître en 1980, j’aurais proclamé sous tous les toits que son âme s’était incarnée en moi, tellement je me sens connecté à John.
9. Caetano Veloso / Gal Costa – Avarandado
Dans toutes mes sélections, il y aura toujours une place pour la musique brésilienne, et spécifiquement pour Caetano Veloso, qui accompagne ma vie depuis 25 ans, et dont cet album spécifiquement me hante régulièrement. La mélodie de “Avarandado” me revient à l’esprit à intervalles réguliers, au moment où je m’y attends le moins. Comme un cadeau fait à ma mémoire. La sublime voix de Gal Costa met parfaitement en lumière cette chanson de João Gilberto. J’adore le fait que les Brésiliens passent leur vie à se chanter les uns les autres, et à enregistrer et réenregistrer des versions de leurs propres chansons. C’est une pratique que je trouve perdue dans l’esthétique musicale que j’arpente… Il faudrait que je revienne à ces traditions originelles.
