My North Eye en prise directe sur bandes, avec l’ami Nico Brusq : folk hanté, drone, douleur, guitares et épinette des vosges. Yann Lafosse toujours sur la brèche entend des voix et cherche de nouvelles voies avec au cœur l’authenticité.
On pourrait mesurer notre vie à l’aune des disques de Yann Lafosse puisque finalement, sa musique nous accompagne depuis quelques décennies, mais aussi les écrits sur sa musique puisque de feu soitditenpassant.com à POPnews, la musique de Yann Lafosse, de Dirge à My North Eye, se disserte.
Il y a un peu toute notre vie dans cette musique-là. Du folk des grands anciens (Dylan, bien sûr, Cohen), le post-rock de Mogwai, la gouaille houblonnée d’Arab Strap, le folk moderne d’Herman Düne, de la pop aussi jusqu’au drone dans tous ses états du Velvet à Sunn O))), certaines traces bien nettes, d’autres plus floues. Il y aussi pas mal d’écorchures, de blessures intimes, de solitude évidemment. Et même, des trouées de lumière.
Yann et sa musique, ce sont un peu nos compagnons de route. Alors quand celui-ci retrouve Nico Brusq, un temps Nico Sono pour des souvenirs de concerts impérissables dans la cave de l’Emporium Galorium à Rouen, c’est un peu la grande fête des retrouvailles (sans oublier la pochette de Yann Lelias). Surtout quand ils décident d’enregistrer à l’ancienne sur bande. Chaleur du medium, fêlure dans la voix, cordes qui grincent sous l’archet, ou cordes de guitares qui répètent inlassablement l’amour, l’absence : on est dans la prise sur le vif.
Quelquefois, une autre voix féminine s’invite, comme un fantôme d’un autre espace-temps pour hanter le folk minimal du marais du bayou et on pense à d’autres femmes plus réelles. Mais ici, c’est Jean Richie (comme déjà sur “III” en 2022) et c’est (une nouvelle fois) pas mal.
On trouve même de l’épinette des Vosges sur We always sing et on pense à notre autre copain Linus Van der Volken, alter ego des Flandres de McCloud Zikmuse aka le Ton Mité, aka Le Prinz Zonder Carnaval. Comme quoi il y a des ponts incroyables, inattendus.
Pour le reste, noir c’est noir, on connait la chanson (The man who’s dark inside) mais c’est beau aussi comme du Soulages (le saviez-vous : il y en a un au musée d’Evreux) avec beaucoup de matière, de brillances, de vibrations surprenantes comme sur The Ghosts with whom I live. C’est cette nouvelle pente qui nous attire le plus, vers de nouveaux gouffres où l’on sent beaucoup de plaisir de jouer dans un certain laisser-aller, un lâcher-prise vers de nouvelles couleurs peut-être plus intuitives. Et le pont avec le post-rock des années Constellation est enfin là.
En tout cas, c’est passionnant et ça ouvre des voies nouvelles dans la musique de Yann. En attendant Timshel…
Avec l’aide de Johanna D., mon oeil qui louche.
“My North Eye 6” est sorti en numérique le 22 septembre 2025.
