La pop classieuse et efficace de Pokett se muscle un peu et penche un poil (de barbe) vers le math rock studieux pour tracer un nouveau triangle rock singulier, Glasgow/Chicago/Saint-Malo. Encore un petit chef-d’œuvre de la pop d’ici qu’on aimerait bien entendre partout.
Pokett, c’est encore une fois un des meilleurs étalons de notre vie qui passe au grand galop. Mais, alors qu’on se rouille, Stéphane Garry continue son chemin ascensionnel vers les sommets de la pop (“The Peak”, 2008, “Three Free Trees”, 2010) alors que le bonhomme n’est visiblement pas décidé à rendre les armes (Three more chords for ever).
Que de chemin parcouru depuis le séminal “Crumble” (2004) avec, excusez du peu, une certaine idée de la dream team pop parigote d’alors : Stéphane Domotic, Laurent Vaissière de Paloma (notre Songs:Ohia / 6 Organs) et même… Clémence Freschard qui y faisait les chœurs. Dessert de luxe pour la petite cuisine interne !
Pokett c’est encore un de ces groupes français magnifiques sacrifié sur l’autel de la gloire pour avoir eu le malheur de s’être formé et d’avoir officié à Paris au lieu de Brighton ou Brooklyn et aujourd’hui exilé en Bretagne…
Pourtant (et je pèse mes mots la mort dans l’âme pour le crime de lèche-majesté), “Fives” est le meilleur album de Teenage Fanclub depuis quelques années (au moins depuis “Nothing Last Forever”, 2023), et, ne perdons pas de temps, “Light & Tunnel”, en ouverture, devrait non seulement vous en convaincre mais encore vous terrasser sur place : génie mélodique, guitares parfaites, basse qui coule de source, construction tarabiscotée. Love, Blake, Mc Ginley, sortez de ce corps ! Ou plutôt restez-y : on sait que vous y êtes en bonne compagnie avec toute la clique du dad rock à l’indie (aperçue en ce clip fut un temps), de Kiss à la bande de Chicago, Shellac, Shipping News et compagnie.
“Fives” reste dans la lignée des précédents, le très haut de gamme donc, mais avec plus de finasserie de constructions et de production, avec ce nouveau groupe breton béton qui tabasse tout ce qui passe.
Sur “Moonlit Parade”, c’est une basse qui groove et une batterie qui claque comme du Rick Rubin et sur “Crazy Old Town”, on apprécie le final presque math rock, tendance bruitiste du moins métallurgiste. On savait que Stéphane portait ça en lui et ça sort magnifiquement.
On apprécie d’autant les rapports intriqués de la musique avec les paroles comme dans “Highway Master”, où Stéphane Garry convoque, il nous semble, Sonic le Hérisson, ses tunnels colorés et donc une construction particulièrement cheloue dans laquelle on adore jouer à se perdre.
Parmi les chansons plus cool, certaines prennent un goût amer, comme “Down the Tides”, avec la séparation comme rupture contractuelle, ou “Put Me On (Your List)”, peut-être une évocation de la Linkedin-ation de la vie.
Enfin, avec “Casting Pure Delight”, on trouve une incise qui part très loin de la pop downtempo du début du titre, avec du math rock, encore, et un brûlot qui crame tout, avant un final fade out en apesanteur.
« Crazy scenes, crazy dreams
Nothing’s ever at it seems
Strange and charming pure delight »
Oh yeah. Ya même du Bill Callahan quand il fricotait avec McEntire.
Ça se passe entre Rennes et Saint-Malo mais ça vient de Glasgow, Liverpool, Chicago, avec le même panache, la modestie en plus, et une fois encore, c’est une merveille.
Avec l’aide de Johanna D.euce.
“Fives” de Pokett est sorti le 14 février 2026, le jour de la Saint-Valentin, et il nous brise le cœur de ne le proposer qu’en numérique.
