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Sleaford Mods – The Demise of Planet X

Une fois encore, le duo de post-punk minimaliste des Sleaford Mods parvient à nous surprendre. Qui aurait cru que, près de quinze après la première écoute, nous serions toujours secoués par la recette pourtant ultra-simpliste des Anglais ? Beats incisifs, spoken word crachant une colère saine face aux errements du monde qui part en sucette (la politique, le monde du spectacle, les réseaux sociaux, les MAGA, les GAFAM, etc.), il y avait de quoi lasser nos oreilles déjà saturées. Et pourtant, avec “The Demise of Planet X”, les Sleaford Mods occupent toujours le devant de la scène avec leur rage ni feinte ni contenue et de surprenants duos à la saveur aigre-douce.

“The Demise of Planet X” s’ouvre sur un rire dément que l’on jurerait sorti de la bouche du Amadeus de Milos Forman. L’inaugural “The Good Life” fait partie des meilleurs titres des Sleaford Mods. Jason Williamson postillonne toujours sur une ligne de basse balancée par le mutique Andrew Fearn. Sur “Spare Ribs” (2021) déjà, les invité•e•s de marque (Amy Taylor sans les Sniffers et Billy Nomates, surtout) apportaient une autre dimension au duo des Midlands. Sur ce premier titre, la voix douce des voisins Big Special contraste superbement avec la rage de Jason. Contraste décuplé lorsqu’entre en scène sur la fin du morceau une Gwendoline Christie (oui oui, la Brienne de Torth de “Game of Thrones”) carrément possédée. On pourrait parier alors que le rire démoniaque sortait finalement de sa bouche.

Des featurings de marque, l’album en compte plusieurs. “Elitist G.O.A.T.” joue lui aussi sur le contraste avec la voix douce d’Aldous Harding (on se souvient que Jason Williamson apparaissait sur son morceau “Leathery Whip” en 2022), tout comme “No Touch”, dont le refrain pourrait presque rappeler The Postal Service. L’invitée sur ce morceau est une certaine Sue Tompkins, chanteuse de Life Without Buildings, groupe écossais du début du millénaire auteur d’un unique album et qui a connu une reconnaissance aussi tardive que surprenante il y a quelques années quand sa chanson “The Leanover” est devenu virale sur… TikTok.
Beaucoup de bonnes idées donc dans ce nouvel opus : des invités pour sucrer la soupe, ici quelques notes de violoncelle, ou encore ce “Don Draper” (du nom du héros de la série Mad Men) et son downtempo qui rappelle Baxter Dury. Sur le fond, vous aurez souvent besoin du livret pour suivre et comprendre la colère du duo. La fin du monde ne viendra pas d’une bombe ou d’une comète mais de nos travers : masculinité toxique, vénalité, orgueil, inaction, indifférence, etc. Mais sur la forme, inutile de lire les paroles pour comprendre que les Sleaford Mods l’ont mauvaise. “Le Monde” a comptabilisé 84 « fuck ». Nous vous laissons le loisir de compter les « shit » et les « cunt », ce mot qui fait saigner les oreilles en Amérique du Nord. Dommage, une partie du message leur était destiné.


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