En 1991, un groupe grenoblois sortait son premier album chez New Rose. Entre ambiances postpunk et rock plus classique, ombre et lumière, le disque, imparfait mais varié et rempli de mélodies mémorables, reparaît aujourd’hui en version numérique. Ses chansons n’ont rien perdu de leur puissance et de leur attrait.
S’il y a bien un disque dont on pensait qu’il resterait à jamais dans les oubliettes du rock français, c’est celui-ci. Et pourtant : trente-cinq ans après sa sortie chez New Rose, le premier album du groupe grenoblois De Medicis reparaît en version digitale, après une remasterisation bienvenue réalisée par son ex-batteur Japy Lo Pinto. On ne fera pas le coup du « trésor caché » – même si l’accueil avait été bon à l’époque, personne sans doute ne qualifierait “De Medicis” de chef-d’œuvre –, mais le plaisir qu’on prend à réécouter ces douze morceaux dépasse la simple nostalgie. Jérôme « Jej » Planchenault (voix, basse) et Jean‑Michel Rindone (voix, guitare) savaient écrire des chansons puissantes, accrocheuses et originales, toujours très bien chantées et ne ployant jamais sous le poids des références. L’album, au fond plutôt singulier dans le contexte musical de l’époque, n’a rien perdu de sa force trois décennies et demie plus tard.

Si la superbe pochette et les visuels du livret du CD – trouvé dans un bac à 1€ chez Boulinier il y a quelques années – trahissent des ambitions arty, la photo des musiciens, au verso, montre des rockeurs à bagouzes et cheveux longs devant un paysage champêtre colorisé (tout est entre le bistre et l’orange) digne du clip des Tranxène 200. Direction artistique un peu indécise, donc, mais c’est au fond ce qui faisait, et fait encore l’intérêt de la formation. On a affaire à trois fortes têtes qui sont à la fois des esthètes goûtant le lyrisme sombre du postpunk (Joy Division était cité comme référence, mais on peut aussi penser à And Also The Trees ou Died Pretty) et des musiciens blanchis sous le harnais, qui avant De Medicis ont traîné leurs guitares sur les petites scènes de la région Rhône-Alpes, face à un public réclamant du cuir, de la sueur et du décibel. Ajoutons à cela que le groupe existait depuis cinq ans (avec un autre batteur au départ) quand l’album est sorti et que les compos avaient donc été déjà bien rodées, entre les démos et les concerts
– des premières parties aussi bien de Neon Judgement que de… Jean-Louis Aubert, que les Isérois auraient beaucoup impressionné par leur énergie et leur présence scénique.
Un clip pour “Stray Dog” réalisé avec l’aide de l’IA.
Les premiers morceaux du disque plantent le décor, plutôt varié et repoussant les limites de la formule guitare-basse-batterie : “Hellish Hole”, dont le texte semble inspiré par la vie en tournée, offre une superbe mélodie vocale doublée par moments d’harmonies, tandis que “Stray Dog” s’appuie sur un riff basique et un texte scandé et que “Depression Corrida”, enchaîné au précédent, joue davantage sur une tension cold wave tout en évitant les clichés du genre. Plus loin, “Country Man” sort les guitares sèches (un petit côté Echo and the Bunnymen période “Ocean Rain” sur l’intro), “Elodi” est une perle presque pop au texte druidique (pourquoi pas ?), “Stupid Lovers” en est une autre, alors que “Lightning (The Power)” est un titre nettement plus rentre-dedans – mais pas exempt de subtilité, comme le reste –, dont on imagine qu’il était dévastateur sur scène.
L’album se termine par une reprise de la ballade pysché-folk “Strange” des Soft Boys, le groupe de Robyn Hitchcock (tirée de leur plus fameux album, “Underwater Moonlight”, sorti en 1980), et une adaptation en français plutôt réussie, entre glam et metal, de l’hymne “Children of the Revolution” de T. Rex. Le genre de morceau qu’on aurait pu retrouver à la même époque chez Dominic Sonic ou Jad Wio.
C’est le seul titre de l’album dans notre langue avec le curieux “Il est né…”, au refrain repris du fameux cantique de la messe de Noël. De Medicis tentera de passer au « tout français » pour l’album suivant mais New Rose ne donnera pas suite et le disque sortira très discrètement vingt ans après son enregistrement, en 2013. Entre-temps, le groupe s’était séparé puis reformé en 1997 pour quelques concerts.
Si on voulait résumer l’affaire d’une formule un peu réductrice, on dirait que De Medicis, c’est un peu un Noir Désir qui n’aurait jamais connu la gloire mais qu’on arriverait encore à écouter en 2026. On se réjouit en tout cas que leur musique soit de nouveau à la portée de toutes les oreilles curieuses.
Photo : Gnôme.
