Dry Cleaning trouve enfin son chef d’oeuvre avec “Secret Love“ dont la production de Cate LeBon permet au groupe de signer un nouveau chef d’oeuvre de musique clinique.
Des cheveux coincés sur un savon, un autoportrait où l’on s’apprête à verser du vitriol sur les yeux, on saura noter le talent de Dry Cleaning pour nous surprendre avec les pochettes de leurs disques. Est-ce du sarcasme ou une vraie provocation ? Un délire visuel qui n’aurait pas déplu au regretté JC Ballard ou une simple abstraction ? Voilà à peu près les émotions contradictoires qui ne cesseront de nous accompagner une fois ces disques lancés sur nos platines. Il faut dire qu’en quelques années le quatuor formé par Florence Shaw, Lewis Maynard, Tom Dowse et Nick Buxton a su imposer un post-punk acéré comme jamais avec des albums comme « New Long Leg » et « Stumpwork ». A l’écoute de « Secret Love » sorti en ce début d’année, on est en droit de se demander si les fois où Florence Shaw chante subitement sur certains de ces titres ne serait pas le supplément d’âme de ce chef d’œuvre sombre.
L’enregistrement de ces onze nouveaux morceaux s’est étalé entre des répétitions au studio de Jeff Tweedy avant de se terminer dans la vallée de la Loire. Une gestation que l’on imagine intense où John Parish laisse la place à Cate LeBon pour la production. Musicalement, les éléments de style de Dry Cleaning sont là, le chanté-parlé abstrait, précis, intime et froid de Florence Shaw, des riffs fantomatiques et une basse boueuse soutenue par un ensemble de percussions aussi répétitives qu’oppressantes. Le titre d’ouverture “Hit My Head All Day“ tente de sonner comme une version ralentie et déroutante du “Scary Monsters“ de David Bowie. Il finit par en émerger un synthétiseur vaporeux qui viendra nous sortir une dose de lumière pour conclure ces 6 minutes paranoïaques.
Il semblerait que Cate LeBon ait encouragé Florence Shaw de se laisser aller à chanter de temps en temps, si cela semblait adéquat dans l’émotion du moment. C’est le cas de “Let Me Grow And You Will See The Fruit“ où le spoken-word devient de plus en plus mélodieux. Sur un début presque pop, tenu par un arpège brillant, le morceau décolle sur un étrange dialogue entre une basse rebondissante et une batterie lointaine avant de se conclure sur un vague phrase de saxophone. La chanteuse trouve ici ce que l’on attendait de Dry Cleaning, quelque chose d’à la fois émouvant, intime, glaçant et distancié.
Sur les dernières notes de “Joy“, on a l’impression que Dry Cleaning orchestre une rencontre improbable entre Annette Peacock et Mark E.Smith, d’ailleurs il ne manque qu’une basse slappée pour que le mariage soit parfait. Toutefois, il n’en faudra guère plus pour clamer ici au chef d’œuvre, et on espère que le quatuor sera aussi tétanisant sur scène lors de son passage à Paris, au Trianon, le 14 avril.
