The Wooden Wolf, c’est le nom de scène d’Alex Keiling, né au large de Terre-Neuve d’une mère canadienne et d’un père alsacien. On ne sait d’où lui vient cet étrange pseudo mais le bois pourrait être celui dont on fait les guitares, et le loup, l’emblème d’un singer-songwriter solitaire. On l’aura compris, le garçon fait dans le folk, dépouillé et authentique – on pense souvent en l’écoutant aux artistes étiquetés “alternative country” apparus aux Etats-Unis dans les années 90 –, et “Indigo Prayers”, son huitième opus (tous ses albums sont numérotés) depuis 2012, confirme son talent pour émouvoir avec juste quelques mots et quelques accords de guitare.
Ses goûts dépassent toutefois le genre dans lequel s’inscrit sa musique, comme le montre cette playlist commentée qu’il nous a envoyée, d’une belle diversité.
Tropical Fuck Storm – Maria 63
Ce morceau n’est pas forcément représentatif du groupe et de son énergie garage complètement folle, mais l’ambiance de cette session live acoustique est sublime.
Palace Music – Cat’s Blues
C’est le premier titre de Will Oldham que j’aie jamais entendu, c’est par celui-ci que je suis tombé amoureux de cet incroyable songwriter. J’ai ensuite écumé les albums de Palace, Bonnie “Prince” Billy, etc. Je ne saurais expliquer ce qui me touche autant dans sa musique tant ça me semble évident, la fragilité de sa voix, l’intelligence crue et surprenante de ses textes, la rugosité « rien à foutre » parfois…
Dirty Three – Everything’s Fucked (live)
Warren Ellis au violon (et aux anecdotes en live), Jim White à la batterie, Nick Turner à la guitare. Pour moi, une révélation à l’époque : il n’y a pas besoin de chant pour véhiculer de la poésie et des émotions, quoique, c’est bien ce que fait le violon ici, il chante et il pleure, il crie, il murmure… Mon groupe préféré !
Programme – Le jour est le brouillon de la nuit
Voilà, on te soûle avec des noms connus de chanteurs français en faisant l’éloge des textes, etc., et puis il y a des Arnaud Michniak qui œuvrent dans l’ombre depuis trente ans, avec une plume acérée, prêts à briser les codes sur toute la ligne. Ça me fait beaucoup vibrer, ce genre de poésie.
Chavela Vargas – La llorona
De l’émotion pure comme on n’en fait plus assez, la grande chialade à chaque fois. Et c’est sans parler de l’histoire de cette grande dame, de ses combats, etc. Un trésor mondial à mes oreilles.
Springtime – Jeanie in a Bottle
On retrouve le songwriter Gareth Liddiard [de Tropical Fuck Storm, NDLR], cette fois accompagné d’un clavier et de l’incroyable Jim White [Dirty Three] à la batterie. Une très belle vibe australienne mais sans le pathos à la Nick Cave, juste de l’énergie brute, des textes rugueux et bien futés, un peu le genre de choses auxquelles j’aspire finalement.
Gowns – White Like Heaven
Cet album est une perle rare. Je suis vraiment surpris que ce ne soit pas plus une référence, c’est davantage connu dans le monde « noise ». C’est très sensible, subtil et inventif dans tous les arrangements. Je rêverais d’avoir un projet dans ce genre…
Singe Chromés – Sous l’orage
Voilà une pépite bien locale venant d’Alsace et maniant parfaitement la langue d’Eluard , mais en la laissant traîner un peu dans la poussière des caniveaux pour lui donner plus de consistance. Bonjour Denis là-haut ! [Denis Scheubel, alias Singe Chromés, est décédé en 2018. On recommande vivement sa musique aux fans d’Alain Bashung, Bertrand Belin ou Kat Onoma et Rodolphe Burger, NDLR]
Bratsch – Choubi
J’ai eu la chance d’être bercé par beaucoup de musique du monde étant enfant. Bratsch en fait partie et m’a ouvert les oreilles sur la mélancolie slave, énergique et authentique. Quel régal de pouvoir transmettre ça aujourd’hui à mon tour, en tournant comme un fou en portant mon p’tit bonhomme dans les bras lors de soirées !
Pink Floyd – Atom Heart Mother
Le meilleur pour la fin. Une parfaite fusion de rock, de musique classique, de musique expé, de musique de film à la Ennio Morricone… Là aussi largement entendue pendant mon enfance, mais je n’avais pas le droit de l’écouter n’importe quand, ce devait être un moment dédié, presque religieux. Tradition que je perpétue malgré moi aujourd’hui avec quasiment toute la musique que j’aime. Il n’est pas question de subir la musique, ou de ne pas pouvoir l’écouter pleinement. ”Atom Heart Mother”, c’est ma fête de la musique à moi. Je me cache du monde avec un bon casque, j’écoute ça et j’exulte…
Photo : JOA.
