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Sur la platine de Picot

On avait déjà rencontré la plume musicale de Picot sous d’autres noms, Good Morning TV puis Brace! Brace!, puis c’est en solo qu’il a commencé à s’exprimer en 2020. Un premier EP “Alimentation générale” et déjà, en quatre titres, une vraie singularité, qui mêle sans sourciller un héritage français (de Sébastien Tellier à Air) à une esthétique lofi d’outre-Atlantique. Avec ce « Presque pop », Picot valide le passage au long format, malin, jamais démonstratif mais plein d’idées : cette inventivité, elle se retrouve aussi dans l’éclectisme de cette sélection, qui va de Christophe à LCD Soundsystem en passant par Metronomy ou Clairo.


J’ai 8, peut-être 9 ans. Ma grande sœur est dans sa période britpop, collectionne les cartes téléphoniques et enregistre des K7 qu’elle customise avec des images de Beverly Hills découpées dans le Télé 7 Jours. Elle fait hurler sa chaîne hi-fi, mes parents râlent, et moi je découvre Blur.


La bande-son officielle des trajets en 806. Découverte de la mélancolie dans le siège-auto. C’est marrant, j’avais complètement occulté Sheller pendant des années ; ce n’était pas cool, moi j’écoutais de l’indie pop. À l’approche de la trentaine, je retombe sur « Sheller en solitaire » et ça résonne un peu différemment.


J’adore la musique de Chris Cohen depuis son premier disque solo « Overgrown Path ». C’est élégant et sensible, minimaliste et à la fois très riche. Ce titre est plus ancien, il a été publié avec son groupe « The Curtains ». C’est un peu du early Cohen. J’aime ce sentiment d’équilibre fragile : on perçoit presque une forme de naïveté, mais très maîtrisée. C’est très beau, un compositeur qui accepte de ne pas être dans la démonstration, qui va chercher autre chose avec sa technique.


Pas grand-chose à jeter dans ce premier album de George Harrison. Son jeu de guitare très libre m’a beaucoup influencé. J’aime particulièrement la façon dont il déploie « Isn’t It a Pity », avec subtilité, petit à petit, jusqu’à un final très emphatique. Les morceaux de Harrison paraissent évidents, mais ils sont en réalité très élaborés dans leurs structures.


C’est vraiment le premier album contemporain qui m’a convaincu qu’il y a un espace où on peut faire dialoguer une pop exigeante — plutôt d’influence anglo-saxonne — et de beaux textes en français sans que ce soit maniéré ou fabriqué. Le titre est très beau, le disque aussi, et celui d’après (B.I.C.H.E) encore plus.


J’ai une grande admiration pour le parcours de Joseph Mount, de ses premiers titres de musique électronique minimaliste à tendance acid (qui me font beaucoup penser à McCartney II, d’ailleurs) jusqu’à des sommets de pop classieuse avec The English Riviera. J’aime beaucoup ce titre, paraît-il dédié à Connan Mockasin, qui est sur Love Letters. J’ai juste à fermer les yeux pour me croire au bord d’une piscine, et le refrain est tellement beau.


Donc on l’aura compris, je suis sensible aux titres narratifs, du moins à ceux qui vous emmènent en balade.


C’est LCD Soundsystem qui m’a fait aimer les synthétiseurs, avec une préférence pour ceux qui craquent, qui wobblent ou qui crachotent. « This Is Happening », c’est vraiment un grand disque qui fait le pont entre CAN, Television et Kraftwerk ; c’est peut-être le seul disque de 2010 qui n’a pas vieilli du tout.


J’aime le côté défricheur chez Donovan : on sent qu’il essaie de faire autre chose avec la pop, y incorporer du jazz, de la musique progressive, une approche transcendantale… Tout n’est pas bon dans sa discographie, mais l’album The Hurdy Gurdy Man est une réussite totale selon moi, et très en avance sur son temps.


Pour finir sur une note contemporaine, l’album de Clairo, produit par El Michel Affairs, encapsule tout ce que j’aime : c’est créatif sans être opaque, mélodique sans être mellow, et élégant sans être snob.


« Presque Pop » sort le 22 mai sur le label Vietnam.

Picot sera en concert le 12 juin au Pop-up du Label avec Jean Felzine.

Merci à Picot et Williamphoto : Antoine Magnien

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