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Disques

Nicholas Krgovich –  Boss Tape

Le K. de Vancouver reprend le Boss, avec délicatesse, poésie et une poignée d’instrumentistes aussi habiles que discrets. L’énergie de Springsteen susurrée aux claviers/voix par un crooner de chambre de bonne de classe internationale.

Alors qu’on attend fébrilement un nouvel album de Nicholas Krgovich et Joseph Shabason (le lumineux “Four Days in June”, porté déjà par un tube qui annonce l’été, Midday Sun), Nicholas Krgovich retrouve le chemin du label Orindal d’Owen Ashworth (Casiotone for the Painfully Alone).

Orindal pour Krgovich, c’est en quelque sorte l’écrin idéal pour les pas de côté de notre petit Nicholas préféré, et disons-le tout de suite, un refuge pour des chefs-d’œuvre de peu.

Alors que sur “On Sunset” (2014) explosait le r’n’b solaire de Krgovich, “On Cahuenga”, album jumeau sur Orindal, relisait l’album hyper produit en mode solo sur Rhodes.

Krgovich revenu énamouré d’un concert du Boss décide de se produire en concert avec un set exclusivement composé de reprises de Bruce Springsteen. Une cassette démo servira de base de travail pour ses instrumentistes et la cassette finale qu’on tient entre les mains sera enrichie des arrangements des concertistes post-performance.

Sur cette “Boss Tape”, on retrouve la magie solitaire d’“On Cahuenga” et de son solo de Rhodes, agrémenté ici de clarinette basse, percussions discrètes pour ne point dire pointillistes et d’une guitare tout en délicatesse. Instrumentarium du pas de côté, peut-être aussi motivé par l’envie d’avoir deux Julia à ses côtés (Julia Chien aux percussions et Julia Chirka, voix et clarinette basse), avec en ligne de mire lointaine (de l’autre côté du Pacifique) le Maher Shalal Hash Baz de l’ami Tori Kudo porté sur le vent grave, le basson.

Il s’agit bien évidemment de ne pas signer un album parfait mais un album rêvé, dont le cœur serait les chansons du Boss, éclaircies de leur production originale pour ne laisser que leur image, l’hommage de l’amoureux Krgovich, dans des interprétations quasi à nu, à peine susurrées, avec les interventions chirurgicales de ses comparses, de l’ordre du furtif.

Ainsi sur un Gave It a Name, les interventions se portent sur des fioritures finales qui viennent faire dériver l’interprétation minimale vers des eaux troubles. Hungry Heart est dépecé de son esprit 60s mais le déplacement des cuivres et des chœurs sur la clarinette basse vaut le détour. Tout comme les marmonnements de Nicho.

I’m on Fire, très laidback (les balais de percus), est une fugue en mode sieste croonée. Avec toujours ces petits rehauts de perturbation dans le mix : une économie mais sans rabais.

Straight Time joue encore sur le mode minimal voix/claviers mais avec des percussions d’une discrétion parfaite. On est presque dans les expérimentations (ici modiques) de Shabason & Krgovich, l’autre projet de Krgovich qui tend vers l’ambient. Et les harmoniques et reverbs de guitares sont justes parfaites.

Sur Dancing in the Dark, on est là encore dans l’interprétation assoup(l)ie, tout à fait en contrepoint du Boss mais tellement personnelle (clarinette basse toujours) et délicate. « I ain’t nothing but tired. I’m just tired about myself » n’a jamais aussi bien sonné.

One Step Up sonne comme du “On Cahuenga” pur jus. Si ce n’est les guitares, les cymbales tellement légères qu’on dirait des coups de baguette magique, la clarinette et la voix féminine qui finissent par s’imposer, ou plutôt se superposer.

Secret Garden est quasi intacte, même si susurrée, encore plus fragile que l’originale donc hormis les zébrures de guitares, les saturations de claviers, une clarinette qui part presque en sucette au début et cherche les moirures. De loin la plus produite, quasi une superproduction en Technicolor de pastels.

Enfin, Stolen Car issue du spartiate “The River” est l’ultime contrepoint de ces reprises avec des percussions presque groovy toutes en peaux frappées à la main, sur maracas.

En attendant “Four Days in June” (à paraitre… en juin) du duo Shabason & Krgovich, magnifique synthèse de pop classieuse 80s, esprit lo-fi et tarabiscoté 90s pour le peu qu’on a pu déjà en écouter, cette “Boss Tape” retrouve la pop ambient toute en marqueteries du duo qu’on avait découvert avec – tiens, tiens… – “Philadelphia” (2020), feat. une reprise de Springsteen.

La cassette est un objet délicieux avec pour pochette un beau dessin de Owen Ashworth (Casiotone for the Painfully Alone) : comme toujours les sorties de Nicholas Krgovich sur le label d’Owen, Orindal, sont hautement précieuses… malgré un prix prohibitif à cause des frais de port pour une si petite cassette.

Pour plus d’excellents albums de reprises de Krgovich, on renvoie le lecteur vers “This Spring” (2021) ou encore “Pasadena Afternoon” (2020). Là encore, que du très très bon.

Le lecteur fan et tatillon consultera aussi les notes de pochette/Bandcamp (un texte de Krgovich de plus, pourquoi refuser de se faire plaisir ?) concernant la genèse de cette cassette suite à une « boss reverie » prolongée après un concert de Springsteen (avec fuite du temps et envol du prix des billets). Nicholas Krgovich la transcende en nous emmenant dans la sienne. C’est qui le patron ?

Avec l’aide de Johanna D., aka la patronne.

“Boss Tape” est sorti en cassette et numérique chez Orindal Records le 8 mai 2026.


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