Loading...
Disques

Big | Brave – In Grief or In Hope

Le dixième album de Big | Brave pourrait bien être l’un des chefs-d’oeuvre de l’année pour qui aime la musique traditionnelle, abrasive et démolie.

Approchez-vous d’un amplificateur lorsqu’un accord de guitare distordu s’évapore doucement dans la pièce et vous entendrez un bourdonnement hypnotique. Un état de fait, quasi suspendu par une note abrasive, qui donne l’impression d’arriver après la tempête ou toute autre événement surnaturel, apocalyptique. C’est à ce moment-là, où notre attention dépasse la surprise initiale que l’on doit au fort volume sonore, que les vocalises éthérées de la chanteuse Robin Wattie nous touchent en plein cœur, dans ce qui ressemble à un vieux titre de folk aux paroles sombres. Un art obscur dont seuls quelques rares groupes comme Big | Brave maitrisent toutes les arcanes.

Depuis presque 15 ans, avec une belle productivité (une dizaine d’albums au compteur), les Montréalais trimballent cette dualité : à la fois être un groupe de post-metal bruitiste qui compose avec un ensemble de murs du son terriblement distordus, et se livrer à l’introspection, l’émotion toujours à fleur de peau, en faisant revivre un héritage folk où l’on retrouve quelques fantômes du siècle dernier. Après l’intensité de “A Chaos of Flowers” (2024) où Big | Brave imposait des textures sonores denses sur des poèmes de Renée Vivien (1877-1909) ou Emily Dickinson (1830-1886), les Canadiens reviennent avec “In Grief or In Hope“ et abandonnent la batterie pour ne garder que des guitares saturées, une basse et un synthétiseur grésillant qui finissent par se désintégrer dans une longue plage ambiante d’où émerge la voix sublime de Robin Wattie.

Si chaque accord de guitare distordue, chaque note de synthétiseur avancent comme une lente progression d’harmoniques modales, c’est pour mieux nous projeter dans un lointain paysage dissonant d’où se détachent les paroles de Robin Wattie, entre court poème zen et méditation réflexive. A ce titre, “An Uttering of Antipathy“ et le morceau titre “In Grief or In Hope“ constituent les pics tétanisants de ce disque qui n’en manque pas. Doom metal ou folk, ambient ou nouvelle itération du “Double Negative” de Low, on vous laissera juger par vous-même. Pour notre part, on se laisse emporter par la beauté intense de ses notes qui résonnent à l’infini.

L’ouverture décharnée de “What May Be the Kindest Way to Leave” et le titre suivant, “A Shape of Shame”, devraient largement vous donner une idée de ce qui vous attend en écoutant cet immense disque de Big | Brave. L’impression de traverser un paysage dévasté où l’herbe ne repousse quasiment plus, tout en écoutant le chant tourmenté de quelques légendes tragiques et séculaires… Si vous survivez à cette musique, bravo, vous savez d’ores et déjà que ce disque fait partie de ces chefs-d’œuvre sublimes dont la beauté glaçante est aussi une belle promesse de renouveau.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *