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Interviews

James Hoare (Penny Arcade) : « Pour ce disque, je n’ai fait parfois qu’une ou deux prises » (1/2)

Désormais installé à Marseille, l’Anglais James Hoare est depuis une quinzaine d’années un artisan discret mais essentiel du renouveau de l’indie pop britannique, au sein de Veronica Falls, Ultimate Painting ou The Proper Ornaments, le groupe le plus productif du lot même si le dernier album remonte à 2020. Le chanteur et guitariste sort aussi des disques en solo sous l’alias Penny Arcade : “Double Exposure”, son deuxième album, est paru en avril dernier sur l’excellent label allemand Tapete. Nous l’avions rencontré à cette occasion, et il est grand temps de publier ce copieux entretien (en deux parties) alors qu’il s’apprête à donner quelques concert dans des bars et autres petits lieux en France en ce mois de septembre (dates en fin d’article).

Quelles différences vois-tu entre ce nouvel album de Penny Arcade et le précédent ? Je crois que tu as utilisé essentiellement une boîte à rythmes pour celui-ci alors que c’était un véritable batteur sur “Backwater Collage”.
Oui, c’est la principale différence. Je voulais aussi revenir à une façon rapide de réaliser un disque. La plupart de ceux que j’ai enregistrés avec divers groupes ont été faits plutôt vite. Mais là, je voulais utiliser autant que possible des premières prises, pour capturer l’énergie du moment. Et la boîte à rythmes fonctionnait particulièrement bien dans ce contexte. J’aime bien aussi l’esthétique de ces vieilles machines, leur son brut, il y a quelque chose de vraiment cool dans tout ça. C’était donc à la fois un choix esthétique et une façon de concrétiser rapidement mes idées de morceaux.

Connais-tu James Leasley alias Studio Electrophonique, de Sheffield ? Lui aussi travaille beaucoup avec ce genre de matériel vintage.
Des gens m’ont conseillé récemment de découvrir sa musique en pensant que j’y trouverais un écho à la mienne. J’ai écouté un morceau que j’ai beaucoup aimé.

Le premier morceau de l’album, “Regrets”, est basé sur un riff qui rappelle beaucoup les titres rythmés et électriques du Velvet Underground. Mais c’est un peu une fausse piste car la suite de “Double Exposure” est dans une tonalité assez différente, plus douce et rêveuse, où les guitares sont en retrait.
Oui, c’est vrai. En fait, la raison, c’est que ce morceau et un autre du disque ont été enregistrés antérieurement au reste. Pas des années plus tôt non plus, mais ce devait être à l’époque du premier album de Penny Arcade, peut-être juste après. Et je n’avais pas encore en tête ce nouveau disque. Comme j’adorais ces morceaux, je tenais à ce qu’ils figurent dessus mais il n’était pas évident de les intégrer au reste. Pour “Regrets”, je ne voyais pas où je pouvais le placer ailleurs qu’en ouverture. C’est vrai que les titres qui suivent sont dans une veine assez différente et présentent une certaine cohérence, qui aurait été rompue si “Regrets” avait été placé plus loin dans le tracklisting.

Les versions scéniques de tes morceaux pouvaient être assez différentes de celles des disques, avec de longs passages instrumentaux parfois noisy. Cela s’explique-t-il simplement par le fait que tu te produis avec un groupe, alors que les albums de Penny Arcade sont réalisés par toi seul ou presque ?
C’est vrai que quand je vais voir un groupe sur scène, j’apprécie qu’il ne se contente pas de jouer ses chansons comme sur ses disques. C’était le cas d’un de mes groupes préférés, que tu as évoqué, le Velvet Underground. Sur leurs enregistrements live, leurs chansons sont souvent considérablement rallongées par des parties instrumentales, on se dit que ça pourrait durer ainsi éternellement, et je trouve ça génial. J’ai toujours aimé ça. Donc sur mes propres morceaux, notamment ceux où il y a des parties de guitare, c’est quelque chose que j’aime bien faire moi aussi avec les musiciens qui m’accompagnent. Aujourd’hui, quand tu vas voir un gros groupe sur scène, les chansons ne sont pas très différentes du disque. Moi, j’ai de plus en plus envie de m’éloigner des versions de base, pas forcément en jouant plus fort mais en partant dans des jams avec mon groupe, parce qu’on aime tous ça et que le public semble réagir positivement. C’est du gagnant-gagnant.

Tu as joué quelques concerts dans le sud de la France, programmé par l’association Life Is a Minestrone, notamment dans une médiathèque et chez des particuliers… C’est quelque chose que tu apprécies, ou préfères-tu te produire dans de vraies salles de concerts, ou des bars ?
J’ai bien aimé l’atmosphère de ces concerts, différente de celle d’une salle rock. Les spectateurs étaient particulièrement attentifs, notamment ceux de la médiathèque qui étaient assis. Mais j’avais quand même l’impression de donner un vrai concert. Les publics étaient très variés, ça aussi ça m’a plu. Dans les concerts en appartement, c’était plus informel, les gens étaient souvent debout, et là aussi c’était une super atmosphère. Franck [Zeisel], qui a organisé ces dates, a fait un très bon boulot. En Angleterre, quand tu dis que tu joues des “house shows”, les gens pensent que tu n’arrives pas à décrocher de vraies dates… Je leur explique que ce n’est pas du tout un pis-aller, il y a une énergie particulière dans ces concerts en petit comité. Bref, j’y ai pris énormément de plaisir. C’est bien de jouer dans des lieux dont la vocation, première n’est pas d’accueillir de la musique live, ça change de l’ordinaire. Comme les showcases dans les magasins de disques.

Pete Astor, avec qui tu as joué, s’est produit plusieurs fois dans ce cadre, parfois même sans amplification. Je pense que c’est une bonne solution pour des artistes comme lui, qui pourraient difficilement faire un concert solo acoustique dans les salles de concerts habituelles.
Pete est très bon dans cet exercice, et je pense que l’artiste comme le public en tirent un avantage. Nous en avons parlé ensemble et il était très satisfait, comme moi. J’aimerais bien le refaire. Quand comme moi tu tournes régulièrement depuis des années, tu t’aperçois que la plupart des endroits où tu joues se ressemblent, que tu sois sur la côte Ouest des Etats-Unis ou en Allemagne : une espèce de grosse boîte noire. Je ne me plains pas : les gens viennent, on vend du merch… Mais littéralement, c’est toujours pareil, et tu ne gardes pas forcément un grand souvenir de chaque concert, contrairement à ceux qui se déroulent dans un cadre particulier.

Considères-tu qu’il y a une cohérence, une continuité entre tes différents projets ou groupes ? T’imaginerais-tu faire une musique totalement différente de celle que tu as pratiquée jusqu’ici, ou cela paraîtrait-il trop forcé ?
Non, je ne crois pas que je pourrais. Mais j’aime bien quand des musiciens explorent de nouvelles directions de façon honnête et authentique. Je pense que tous les projets dans lesquels j’ai été ou suis encore impliqué ont quelque chose en commun, qui est probablement l’influence du Velvet Underground, dont j’ai déjà parlé. Dès que j’ai découvert leur musique, je me suis dit : c’est comme ça que je veux jouer de la guitare. C’est un lien entre tous les groupes dans lesquels j’ai joué. Je pourrais peut-être m’en éloigner un peu, mais je pense que j’ai trouvé ma route, pour ainsi dire. Même si c’est bien de s’arrêter et de se garer de temps en temps !

Tu as enregistré ce nouveau disque assez vite avant de déménager dans le sud de la France. Aimes-tu travailler dans ces conditions d’urgence parfois ? Et préfères-tu enregistrer à domicile plutôt que dans un vrai studio ?
Je préfère vraiment travailler à la maison, tout comme j’apprécie de donner des concerts chez les gens. J’ai investi beaucoup de temps, et sans doute pas mal d’argent, dans du vieux matériel que j’aime bien utiliser. Le seul problème, c’est que parfois tu perds un peu la notion du temps. Je connais des gens qui ont bossé sur un disque pendant des années parce qu’ils ont tout le matériel chez eux et qu’ils sont toujours tentés d’essayer de nouvelles choses, de refaire les voix, etc. L’avantage d’aller dans un studio, ce qui revient beaucoup plus cher, c’est que tu dois avoir tout terminé en une semaine. Sur ce disque, j’ai en quelque sorte réussi à m’imposer non pas une deadline, mais la contrainte d’être rapide et efficace, de ne faire parfois qu’une ou deux prises. Sans me donner de limite de temps, j’ai essayé de m’imposer ça parce qu’autrement tu peux tomber dans le piège de toujours remettre sur le métier. J’ai fait des expériences, comme enregistrer les voix dans la salle de bains pour obtenir une réverbération naturelle. C’est concret, c’est mieux que d’utiliser un effet. Ça fonctionne bien dans une grande salle de bain carrelée. Je l’avais fait dans mon appartement à Londres, et c’était génial. Et j’aime bien l’idée de jouer avec les contraintes de travailler chez soi, de ne pouvoir faire du bruit qu’à certains moments par exemple.


Photos : Titouan Massé.


Penny Arcade en concert :
• le 17 septembre à Marseille (l’Intermédiaire)
• le 18 septembre à Volvic (les Vinzelles)
• le 19 septembre à Bordeaux (l’Avant-scène)
• le 20 septembre à Arthez-de-Béarn (le Pingouin alternatif)


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