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Festival Hop Pop Hop, Orléans, 11 et 12 septembre 2026

A Orléans, chaque année à la mi-septembre, est organisé sur deux jours, vendredi et samedi, par l’équipe de L’Astrolabe (salle de musiques actuelles de la ville), un festival nommé Hop Pop Hop, avec des scènes dans plusieurs lieux relativement proches (5 à 10 minutes à pied pour les plus éloignés), extérieurs et intérieurs. La particularité de cet événement est la part belle faite aux découvertes musicales, mais avec le plus souvent quelques noms connus pour attirer le public et lui faire apprécier ce qu’il ne connaît pas.
Pour cette onzième édition, 11 comportant deux « 1 », la programmation a voulu retrouver l’esprit de la toute première fois : à une ou deux exceptions près, tous les artistes et groupes à l’affiche sont inconnus, y compris de la plupart des « spécialistes ». En conséquence, une plus grande place est laissée aux artistes à découvrir. Et de très belles découvertes, il y en eut à la pelle, tout en drainant un public à peine moins nombreux que pour les dernières éditions. Récit avec photos.

Vendredi soir, arrivée avec un peu de retard pour le premier concert programmé lors de cette édition de Hop Pop Hop, celui de The Orchestra (For Now), au Campo Santo. Et la performance du collectif, comportant notamment un violon et un violoncelle, est à la fois très bonne et encore en devenir, les compositions sont de qualité, et souvent assez ambitieuses par leur structure – faisant penser à Flotation Toy Warning en un peu plus (post-)rock, avec des moments calmes et de belles montées.

Suite dans la belle salle de l’Institut avec Bongewize Mabandla. Superbe découverte que cet artiste sud-africain, à la très belle voix, souvent à la guitare acoustique et accompagné d’un acolyte aux claviers, programmations de ces derniers pour les faire sonner sur un titre comme des percussions africaines, et boîte à rythmes. Set contenant de belles chansons, mêlant souvent musique africaine et blues, avec parfois de l’électro, pouvant être dansante comme à la fin de son set – où un bon nombre de personnes dans le public, conquises, se sont levées de leurs sièges. Les paroles sont en xhosa, mais plusieurs fois Bongewize les explique avant (en anglais) ; il y aura en particulier un (très beau) titre sur les mères, et leur courage. Craquage à la fin du set pour son dernier album – Bongewize est là pour dire duquel des disques exposés il s’agit, et le dédicace, tout en discutant. L’artiste est très accessible, à l’écoute et intéressant.

Retour au Campo Santo pour Dressed Like Boys, projet du belge (flamand, précise-t-il) Jelle Denturck, qui enregistre en solo mais qui est ici entouré par quatre (très bons) musiciens. Les premiers morceaux sont assez calmes et très bons, faisant penser à Peter Von Poehl. Ses paroles en anglais évoquent sa vie, sa ville (ou village) – pas retenu le nom (long), mais où, dit-il, il n’y a rien à voir –, son homosexualité. Puis viennent deux-trois titres plus enlevés et rythmés, aussi réussis. Suit alors le sommet du concert, et l’un des sommets du festival : “Jaouad”, chanson qui, Jelle l’explique avant, parle d’une personne qu’il connaît et qui est à la fois musulman, gay et drag queen. Musicalement, on pense au Perfume Genius des deux premiers albums – et logiquement aussi à Sufjan Stevens. Les paroles comportent un petit couplet en français, répété une deuxième fois, seuls moments où il chante dans cette langue, dont le début vaudrait directement un sticker « Explicite Lyrics » sur un disque comportant ce morceau (« je s*** des b**** tous les jours ») mais la suite est bouleversante lorsque chantée (« pourquoi la haine / oui c’est l’amour »).

Vient alors un morceau où il est seul au piano, mais qui n’arrive pas à émouvoir contrairement aux précédents. Echange à ce moment avec Matthieu Duffaud, programmateur du festival, qui le surnomme « l’Elton John de notre époque » (ou « des temps modernes »). Influence qui apparaît en effet dans ce morceau au piano, et encore davantage dans les suivants, le premier bien, faisant penser à plusieurs classiques de l’époque notamment certains de Randy Newman, les suivants, et la fin du set en conséquence, beaucoup moins… Dommage.

Retour à l’Institut pour Prewn, là encore projet solo mais accompagné de quatre musiciens. Avant d’entrer la salle, le merch’ étant déjà là, achat sans hésiter de son avant-dernier album en vinyle, “Through the window” (2023), jamais trouvé dans les bacs – d’autant qu’il est à prix correct (25 euros, alors que les vinyles de la plupart des autres artistes programmés sont affichés à 30 euros) ; puis placement assez à l’avant de la salle (places assises). La voix d’Izzy Hagerup est belle, moins en avant que sur le disque et ce n’est pas plus mal (sauf sur le premier titre joué où elle est trop faible), sa guitare (une Danelectro, même si elle en prendra une autre sur deux-trois morceaux) fait merveille, et dans les musiciens additionnels il y a notamment un très bon bassiste. Cependant, les compositions, majoritairement issues de son dernier long-format, pèchent parfois. C’est alors qu’elle interprète la seule chanson du set issue de “Through the Window”, “Alive”, et le concert prend une autre dimension, grandiose et plus épique. D’ailleurs, après ce magique “Alive”, les acclamations du public montent de deux niveaux. Izzy et ses musiciens poursuivent sur cette lancée, avec un ou deux autres sommets – en particulier le dernier titre, dont je ne connais pas l’origine. A la fin, je peux prendre une photo de la seule setlist qu’a réussi à récupérer un spectateur – qui est Belge et suit la tournée de Prewn, d’abord aux Pays-Bas puis en Belgique (notamment au Botanique à Bruxelles) et en France. Il a bien mérité sa feuille ! Au merch’, Izzy est apparue et est très entourée, mais en étant patient, elle dédicace le vinyle acheté plus tôt ; elle aussi se montre très accessible et sympathique.

Après un petit break, arrivée au Théâtre pour la prestation de Maïcee. Malheureusement, la plus importante déception de la soirée et du festival, même si les compositions plus rap et « pop » – dans le sens « populaire », c’est-à-dire dans la lignée de Rihanna et consorts – sont plutôt bien foutues, avec un phrasé étonnamment rapide quand elle rappe en anglais (elle est française, de Montpellier). Mais les autres sont difficilement supportables, notamment la deuxième reggae-dub avec AutoTune, ou quand elle explore d’autres styles souvent entendus sur des radios musicales ces dernières années.

Départ du Théâtre au milieu (sans doute) du set de Maïcee pour retourner à l’Institut où, d’après le programme, est prévu Sorvina, artiste new-yorkaise installée à Berlin, mêlant hip-hop alternatif, jazz et soul, avec des textes parfois introspectifs et évoquant notamment la queerness. Elle est en fait remplacée par Attention Le Tapis Prend Feu. On n’a pas eu l’info mais on s’en aperçoit dès le début du premier titre en français, puis le duo – venant de Paris mais originaire de Châteauroux pour la chanteuse (et parfois bassiste) et de Nantes pour son acolyte – l’annonce. On décide cependant de rester, pour assister finalement à tout le set. Lequel se révèle agréable avec ses chansons françaises interprétées d’une voix douce et enfantine (les deux sont très jeunes) et accompagnées musicalement de manières très diverses. Toutefois le résultat ne correspond que partiellement aux styles annoncés, comme « métal » ou « country shoegaze » (!), avec aussi de l’électro sur plusieurs titres. C’est la première fois qu’ils jouent devant un public assis, donc ils ont défini leur setlist « au feeling » et adaptent ce qu’ils font habituellement sur scène : pour un morceau la chanteuse se place habituellement au milieu du public, ici elle le fait assise dans la salle, avec un « dialogue » entre les deux membres. La chanteuse porte à son cou un immense cœur blanc lumineux avec des boutons qui lui servent pour des effets de voix. C’est encore très « vert », mais ça ne manque pas de charme.

Dernier retour de la soirée au Campo Santo où a commencé depuis déjà un quart d’heure Daniel Avery. Je suis d’abord désagréablement surpris, la musique est assez froide, et le public aussi, peu dansent. Ça laisse le temps de vaquer à d’autres occupations, comme prendre et manger un dessert, et de discuter avec quelques personnes. Retour petit à petit vers la scène quand, il est alors minuit, on sent un déclic, les beats se font plus lourds et rapides, la musique embraye sur de la très bonne techno/eectro. Placement alors devant la scène et, même s’il ne s’y passe pas grand-chose (les gestes habituels d’un DJ) et que musicalement ce sera peu varié, c’est de l’impeccable, et ce pendant encore une heure. A tel point que cela fait rapidement danser, malgré tous les autres concerts vus précédemment – juste une fatigue ressentie à un moment, mais consultant l’heure il ne reste que 20 minutes, donc on reste jusqu’au bout, sans aucun regret.

Rien que ce vendredi valait le voyage !


Samedi, préférant se ménager, quitte à louper les prestations de Moonback Stage (il paraît que c’était très bien) et de la chorale de L’Astrovox, cette deuxième journée du Hop Pop Hop édition 2026 s’annonçant longue et riche, on ne commence qu’à 17h30, au Centre chorégraphique national d’Orléans (CCNO), qui n’avait pas accueilli le festival depuis plusieurs années – sept ?

Y joue Violent Sadie Mode, un groupe punk-rock de Bordeaux. Semi-déception malgré la belle énergie déployée par la formation : quand ils veulent accélérer encore le tempo ça ne marche plus, idem quand ils vont vers le hardcore, ou encore vers du rock « classique »/garage qui au final ressemble davantage à de la musique de baloche ; le pire étant quand la chanteuse sort un papier, reprend ce qui est écrit, les musiciens jouant alors bien moins fort, et ça devient extrêmement plat en plus d’être interminable, un comble pour un groupe qui se dit « punk ». Heureusement, il y a quelques titres bien plus inspirés. On sent également, en regardant chacun des membres de la formation, une origine « prolo », ce qui sied bien au punk (contrairement à certains groupes de « skate punk » américains dont les musiciens semblent issus d’une famille aisée qu’ils rejoignent dans leur beau pavillon de banlieue la répét’ terminée – on ne citera pas de noms pour ne pas recevoir de messages d’insultes). De plus, le groupe organise l’animation dans le public, le bassiste demandant à un moment de tous bien reculer, ce qui laisse un grand espace devant la scène : on comprend très vite, même si c’est implicite, et comme il y avait eu quelques pogoteurs sur les morceaux précédents, que cet espace est dédié, lors des passages les plus enlevés de leurs chansons, à un grand pogo – qui en effet a lieu. Mais à un autre instant, le même musicien demande de tourner en rond dans cet espace, et un certain nombre s’exécutent, comme une chenille mais version punk, beaucoup plus rapide.

Arrivée au Théâtre en avance, car sur la scène Supersobre fait encore sa balance. C’est la seule formation programmée qui n’est pas présente sur la playlist Spotify du festival, en conséquence on ne sait pas à quoi s’attendre, même si le bruit a très vite couru que le groupe comporte en son sein l’humoriste et animateur Thomas VDB ainsi que son vieux pote Chacha Boogers. Sous le nom de Boogers, ce dernier a commis il y a un certain temps des albums mêlant rock, pop, punk, reggae et expérimentations, le dernier datant de 2014), et fait aussi le DJ, le plus souvent avec des morceaux improbables : notamment des chansons méconnues issues de la variété des années 50 et 60, souvent (involontairement) très drôles, des reprises décalées, comme des chansons de groupes rock US connus revues à différentes sauces sud-américaines, le tout entrecoupé de très bons titres indie-rock.
C’est justement ce dernier style que pratique Supersobre, avec en plus des membres déjà nommés deux bassistes (dont un, celui situé entre Thomas VDB et Chacha Boogers à la guitare, est particulièrement excellent), les parties de batterie et de claviers étant sur bande. Thomas VDB chante et éructe, de manière assez surprenante et convaincante, des textes en français, sans doute (plutôt bien) écrits par lui : la première chanson semble parler de Bolloré même si ce dernier est appelé « Bollo », la deuxième du métier de comique avec ses difficultés (il y a du vécu)… Les seuls moments faibles sont quelquefois entre les chansons, quand Thomas VDB plaisante avec le public ou sort des vannes : si ça peut être très drôle, ça tombe parfois à plat, notamment quand il reproduit quelques clichés de leaders de groupes rock.

Mais il faut quitter cette très bonne surprise pour le concert de l’italienne Gaia Banfi à l’Institut, qui s’annonce comme le seul moment « calme » (bien moins rock en tout cas) de la journée, comme le laisse supposer son album de l’an dernier “La Maccaia”. La Transalpine est accompagnée d’un acolyte à la batterie et aux percussions, elle étant aux claviers, machines et programmations en plus du chant. Très rapidement, on comprend qu’on assiste à ce qui sera la grosse claque du festival – elle sera même plus que très grosse – au point de ne plus vouloir prendre de photos dès le début du troisième titre, pour profiter pleinement de cette performance, de l’immense émotion que dégage l’interprétation de ses morceaux mêlant chanson (en italien mais aussi quelquefois en espagnol ou en partie en anglais), électronique et ambient. Avec une attention au moindre détail sonore, un petit coup de percussion ou une note quasiment inaudible mais qui touche au cœur, faisant penser à un artiste de même origine qu’elle, Daniel Bevilacqua alias Christophe. Attention qui se traduit chez elle par des petits mouvements incessants, rapides et nerveux : rotations de son micro vers ses machines puis retour au micro en parfois moins d’une seconde, ou, pour quelques notes sur l’un des claviers, elle se lève parfoisà moitié puis se rassied aussitôt. Mouvements auxquels s’ajoutent ceux, nombreux et expressifs, liés à ce qui est joué, chanté et aux sentiments qui s’en dégagent, d’un des ses bras, le plus souvent le gauche, ou de sa tête qui pivote vers le haut. Il n’est pas étonnant qu’elle soit sur le même label que Jacopo Incani alias Iosonouncane, sa musique est assez proche des morceaux du deuxième long-format de ce dernier, “Die”, mais avec une plus grande richesse sonore et musicale, comme sur le suivant “Ira” mais en beaucoup plus calme, plus proche du silence.
Suit une période de battement, même si Gaia Banfi n’a pas amené de merch’. Il faut bien cela pour « revenir sur Terre » tout en se questionnant sur ce qu’on vient de vivre, sur sa beauté et l’émotion reçue, inouïes, presque « extraterrestres ». L’Italienne reviendra dans la région dans le cadre du festival Rockomotives à Vendôme le 31 octobre, qui plus est dans la chapelle Saint-Jacques, du XIIe siècle, avec une acoustique souvent magique (quand l’ingé son a le temps de s’en imprégner et le talent de faire les réglages appropriés, sinon ça peut se retourner contre ce qui est joué sur scène).

Direction le Campo Santo pour la prestation des mancuniens CQ Wrestling, et arrivée à la moitié du set des Anglais. De l’indie pop-rock très bien exécuté, avec en particulier une très belle rythmique, même si les compositions sont très classiques – trop pour certains près de moi qui trouvent que tout est pompé sur des groupes des années 90, notamment un titre où les accords sont les mêmes que sur une chanson de Nirvana. Cependant, c’est très plaisant à écouter. Le chanteur, avec ses lunettes noires et son attitude, ressemble à un troisième frère Gallagher, en plus jeune.

Retour au CCNO et au punk pour d’autres Anglais, House Arrest. Le groupe est encore en train de faire sa balance, mais va enchaîner sur sa prestation sans transition. Il y a d’ailleurs un doute dans le public sur le premier morceau dont tous se demandent si c’est toujours la balance – mais non. Il se dégage beaucoup d’énergie et quelque chose d’un peu sale, il y a trois guitares, et la plupart des musiciens finissent torse-poil. Même si les compositions ne sont pas vraiment marquantes, leur interprétation, enlevée et souvent allumée/chaotique, captive, au point qu’on reste jusqu’au bout de leur set.

La suite se passe sur la scène du Théâtre avec Gans, duo de Birmingham. Ça tombe bien, n’ayant pas encore mangé, comme il y a moins d’attente au (seul à cet endroit) food-truck à l’extérieur de cette scène, et d’après plusieurs festivaliers, c’est là où la nourriture (tex-mex) est la meilleure. Ce qu’on vérifie, tout en écoutant de loin le début de la prestation des Anglais, qui a l’air très bonne
En effet, une fois devant la scène, on regrette de ne pas y avoir été dès le commencement. Un musiciens additionnel est aux claviers, saxo ou flûte traversière, instrument étonnant par rapport à la musique jouée , tandis que l’un des deux principaux chante et frappe sur sa batterie, qu’il quitte parfois pour se mettre au milieu de la scène. L’autre est à la basse – aucune guitare, donc. Les titres joués pourraient être étiquetés post-punk, arty punk ou dance-punk, ils sont tous aussi convaincants. La partie de leur set à laquelle on assiste est intense, à la fois au niveau sonore et par ce qui s’en dégage, une énergie brute et prenante ; mais paraît courte, faisant une nouvelle fois regretter de s’être restauré sur les premières chansons.

Dilemme pour la fin du festival : les américains TVOD, dont la réputation des prestations scéniques semble flatteuse, au Campo Santo, ou les portugais Maquina, toujours au Théâtre ? Ou les deux ?
Dernière solution finalement choisie, en commençant par le set de TVOD. De l’indie rock-punk impeccable, même si jouée de manière plus « propre » que ce que certains nous l’avaient annoncé, ça ne bouge pas beaucoup sur scène. A nouveau une très belle basse – presque une constante de la journée, après celles de Supersobre, CQ Wrestling, House Arrest et Gans. Il manque cependant un petit grain de folie qui nous aurait fait revoir nos plans et rester jusqu’au bout.

TVOD.

Arrivée pour les vingt dernières minutes – le groupe ayant été autorisé à jouer cinq minutes de plus que ce qui était prévu – du trio Maquina. Deux des membres ont un look de hardeux, mais c’est trompeur. L’originalité n’est pas dans les instruments – guitare/basse/batterie, du maintes fois vu et entendu – mais dans leur utilisation : la guitare et la batterie, dominantes, permettent d’explorer des sonorités indus pour la première, et des rythmes souvent dance, le tout sans claviers ni machines/programmations, se mêlant à du rock, de manière étonnamment efficace et inspirée. Un très bon point final pour cette édition de Hop Pop Hop.

Une soirée donc très différente de la première, mis tout aussi réussie et captivante, avec très peu de déceptions.


Photos : Gilles Ferté et Christophe Cario.


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