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Disques

The Durutti Column – Renascent

Le retour inespéré de The Durutti Column nous offre l’un des disques les plus touchants de cette année.

On a eu très peur pour Vini Reilly. Depuis 2012, on craignait le pire à la suite des trois AVC qui l’ont frappé. Celui qui avait discrètement accompagné nos soirées d’automne avec “The Return of Durutti Column“ et “LC“ – chefs-d’œuvre de minimalisme où la guitare se fait tour à tour déliquescente, réverbérée, aventureuse – revient donc de loin, et la sortie cet automne de “Renascent“ tient du miracle apaisant. On découvre un disque à la fois émouvant, forcément en regard de l’histoire de son membre fondateur, toujours rempli de mélodies pour cultiver nos jardins intérieurs. L’occasion aussi de se retourner sur une carrière remplie d’une vingtaine d’albums qui ont survécu au post-punk du label Factory, à la scène électronique des années 90 et au chambardement méta-pop du début de ce siècle.

N’y allons pas par quatre chemins, “Renascent“ est un album de convalescence qu’on doit à l’obstination de Vini Reilly et de certains de ses proches. S’il a dû réapprendre à jouer de la guitare, le musicien a pu aussi compter sur l’écoute de son fidèle producteur Keir Stewart, venu l’enregistrer dans sa cuisine pour y capturer des lignes mélodiques au gré de l’inspiration qui vient, et en tirer une épiphanie pop mélancolique. Un travail de longue haleine auquel ont participé Caoilfhionn Rose et Lucas Elliot, qui chantent sur “Agonistes“ et “All They See is Fire“. Le fidèle Bruce Mitchell revient aussi à la batterie sur l’entêtant “Your Shadow at Evening“. La présence de ce cercle amical rend l’émotion d’autant plus prégnante sur chaque note de ces onze morceaux.

Le disque s’ouvre avec une succession d’échos joués sur une guitare lointaine, brillante, inoubliable dont il ne reste que quelques cordes claquées par un vieux médiator. Une nappe de clavier, une basse simple pour marquer le rythme. “Echoes in the Memory“ et “Your Shadow at Morning“ racontent un retour en toute simplicité, à hauteur de l’intime et du temps qui passe. Sur “Time Present and Time Past“ on découvre même une micro-symphonie entêtante, parfaitement touchante et qui saura immédiatement nous accueillir calmement au petit matin dans un ultime accord perdu dans l’infini.

La voix fluette de Vini Reilly, fracassée par le temps qui passe, les ennuis de santé et probablement une vieille clope allumée envers et contre tout fait son apparition sur “Liars“ et “Scammer“. Deux chansons tire-larmes qui sont probablement les deux sommets émotionnels d’un disque qui nous aura touché en plein cœur. Et au milieu de tout ça on retrouve sur “Vapour in a Matchbox“  ces phrases de guitare simples, fantomatiques, passées au filtre d’un delay, s’écoulant sur deux minutes et dix secondes atmosphériques, minimalistes et aventureuses. Il va sans dire qu’en ce début d’automne, “Renascent“ est l’accompagnement parfait de la moindre de vos rêveries passagères.

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