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Disques

PAL – C’est un désastre

Glitch dans la machine et appel à la liberté, “C’est un désastre“ de PAL est un très beau disque engagé et engageant.

Difficile de faire surnager ce sentiment de colère qui semble gronder d’une vieille télé cathodique reliée à un magnétoscope jouant une VHS usée et grésillante. C’est pourtant ce que l’on entend dès les premières notes de la pop aventureuse de PAL, dont le nom n’est pas sans rappeler le standard de codage couleur du signal analogique, les amateurs de traitement du signal apprécieront. Nappes de synthétiseurs qui bourdonnent jusqu’à former un étrange grincement écrêté, batterie branchée sur une rythmique précise et minimaliste, voilà le véhicule mélodique de ces compositions qui accueillent un chant calme, à la fois facétieux, distancé et insurrectionnel. Toutes ces intentions sont parfaitement posées sur l’inaugurale “L’immense sérieux du Capital“ dont les arrangements se révèlent tout à fait passionnants.

Quatuor formé à Tour, PAL débarque sur nos platines avec un premier disque, “C’est un désastre“, sorti sur le label Figures Libres Records, et dont les huit titres pop imposent des mélodies faites de claviers grésillants, de fantômes perdus dans les boites à rythmes et de textes en hommage aux Sans-Rois fomentant un manifeste nous poussant à se soulever contre l’Empire éternel. Samples rétro-nostalgiques provenant des années 90, textes froids, engagés, et une certaine idée de la musique électronique, PAL évoque tour à tour une version minimaliste de Aquaserge, le chant situationniste de Laetitia Sadier et une zumba imaginée par Deerhoof, avant de s’émanciper de ses influences dans un geste révolutionnaire.

L’album se referme sur l’immense “Carnaval“, titre protéiforme qui décolle littéralement sur son second tiers, porté par une basse élastique, une phrase mélodique tirée d’un orgue électronique programmé sur une étrange ritournelle, une interrogation définitive, “Êtes-vous déjà mort ?“, et un final en forme de saturation ultime, débranchant toute forme de musique. Entretemps, on a navigué sur une demi-douzaine de titres à la fois saisissants et poétiques, politiques et chatoyants, ingénieux et désordonnés, enragés et distants. Une bande-son étrangement actuelle et idéale pour notre époque faite de paupérisation en marche forcée.

Mais c’est quand on s’affranchit de la bande originale et du vieux programme de télévision que l’on semble entendre au fond de chaque titre de “C’est un désastre“ que l’on y découvre un talent unique. Dire qu’il s’agit là d’expérimentations sonores et d’une certaine recherche de révolte dans un monde qui semble soudainement arriver à la fin d’un cycle et on ne serait toujours pas au bout du truc.

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