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ANTONY AND THE JOHNSONS - I Am A Bird Now
(Secretly Canadian / Chronowax)
Le
second album d’Antony and the Johnsons est précédé d’une
telle réputation qu'il peut intimider ou effrayer l'auditeur
non averti. Auréolé par de prestigieuses collaborations
vocales ou instrumentales
(Lou Reed, Boy George,
Devendra Banhart, Rufus
Wainwright), le disque
peut faire craindre le
projet classieux et
un peu vain. Habillé de
multiples références à la
culture transgenre et
underground (Candy Darling,
le Velvet et la Factory,
les lettres d’enfants consignées
dans un journal médical sur l’hermaphrodisme), il
peut aussi franchement
dérouter : comment entrer dans un
tel univers ? Crainte
dissipée dès le premier morceau.
D’emblée, la voix unique d’Antony, hybride de
la langueur soul de Bryan
Ferry et d’un falsetto sans racines,
désarme toute attente, toute suspicion, toute défiance.
Livrée nue, dans les mots les plus simples du désir,
de l’amour, de l’inquiétude d’être
enfin soi, elle transcende absolument le contexte - il est vrai
chargé : la chambre d’opérations, le corps
comme oeuvre d’art, la mort - qui l’a vu s’épanouir.
C’est même avec un certain étonnement qu’on
le voit se sortir avec aisance des pièges à l’évidence
les plus énormes : le duo “You are my Sister” avec
Boy George, tenu sur la corde raide séparant la soul du
gospel, ne tourne jamais au numéro de grandes folles, la
ballade SM introduite par le récitatif de Lou Reed est une
vraie chanson d’amour, portée à son acmé par
les vocalises finales.
Autour des mirages de
cette voix, l’accompagnement musical, d’une exquise
douceur (cordes, piano, orgue, cuivres) vient tour à tour
alléger ou dramatiser les paroles, tissant un écrin
indéfinissable : ni franchement soul, folk ou cabaret, plutôt
une épure de toutes ces tendances mêlées avec
grâce.
Les qualités de ce disque sont telles qu’on n’en
finirait pas de les énumérer : une construction habile
de l’ensemble, laissant Antony installer son univers avant
d’y convier un à un, de façon privilégiée,
chacun de ses duettistes (outre les sobres prestations de Boy George
et Lou Reed, Wainwright visiblement à l'aise dans cet univers,
malgré une chanson -”What can I do ?”- un peu
courte, et Banhart méconnaissable sur l'intro de “Spiralling”),
puis de tirer sa révérence sur l’élégiaque “Bird
Gerhl”. La construction de morceaux est aussi particulièrement
savoureuse : des introductions douces, souvent à double
détente, des suspensions inattendues, qui ressemblent à des
respirations émotionnelles, des montées en puissance
finales enchevêtrant voix, piano et orgue (“Hope There’s
Someone”), cuivres, voix et guitares (“Fistful of Love”),
le travail tout en nuances des choeurs.
D’une certaine manière, il serait tentant, mais franchement
absurde, de réduire la beauté de cette musique à ses
seules qualités stylistiques, finalement secondaires. La
générosité et la fragilité de son maître
d’oeuvre, tout entières faites art, l’emportent à nouveau
absolument sur les thèmes et les accords. Au point que,
par-delà les masques des identités, perdues ou trouvées,
regrettées ou fantasmées, derrière la noirceur,
la souffrance et l’amour, “I am a bird Now” apparaît
surtout comme une célébration du mystère de
la voix humaine et de la personne. Chapeau bas.
David Larre
Hope There’s Someone
My Lady Story
For Today I am a Boy
Man is the Baby
You are my Sister
What can I do ?
Fistful of Love
Spiralling
Free at Last
Bird Gerhl
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