Boyarin - Boyarin

19/04/2016, par | Albums |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Boyarin - Boyarin

Boyarin réalise le tour de force de nous offrir une œuvre singulière bien que multi-référencée. Pas facile de décrire de façon clinique ou rationnelle une musique aussi organique, parfois orgiaque.

Après un premier EP remarqué en 2010  "Emergencies", "Boyarin" est le premier album de...Boyarin. Y figurait déjà l’extraordinaire "Emergency Exit", pièce-maîtresse du système. Ce titre sonne comme une profession de foi, une délicate gifle en guise de déclaration d’intention.
A la première écoute, on semble pénétrer dans une société secrète. Les loges sont accueillantes, les codes, simples d'acquisition. On voyage en principauté de Boyarin, un verre de Campari à la main. Le train reste la meilleure option, histoire de profiter pleinement des visions hallucinées, transportés que nous sommes par cette voix de femme-enfant. On a cessé de battre monnaie mais les drapeaux flottent fièrement au-dessus du Quai Lewis Carroll (siège de la diplomatie boyarine).
"Fungus" ouvre le bal : on part bien à la cueillette des champignons. L’apéritif idéal, qui annonce un long trip. Une promenade riche en rebondissements. Des accents roubaisiens, quelques réminiscences sud-américaines : le Temple du Soleil à la sauce Jodorowsky.
Le disque regorge ainsi de brillantes codas, vrais-faux épilogues : "Useless Lights" : un slow dating réunissant Roger Hodgson, Chafik Mohammedi (Lighthouse, autre groupe hexagonal et miraculeux) et même Neil Hannon qui rapplique avec une caisse de champagne rosé. Une musique à la fois énigmatique et familière. Fulgurances marijuanesques, art de la fugue pop ? "Progénitures" : Bach nommé DRH chez Warp.
L’album explore les tréfonds de la psyché. On se balade dans le corps de l’auditeur, tel Martin Short dans "L’Aventure Intérieure". On imagine volontiers le compositeur manipulant fioles et tubes à essai dans son laboratoire des faubourgs de Boyarinville. Mais que cherche-t-il ? Un antidote aux maladies ultramarines ? Cette jungle luxuriante mais hospitalière, (sur)peuplée de créatures étranges, vous accueille à bras ouverts : "Rafflesia"(vous savez, la gigantesque fleur tropicale) achève de vous convaincre de prendre la nationalité boyarine. "Nectars, liqueurs et philtres auront bientôt raison de moi" comme chantait cet obscur poète breton, soldat inconnu de la prose libre et inspirée.
Et ces textures savamment agencées : ici un clavecin sautillant, là un Moog rutilant, forment de magnifiques nuages de chantilly au-dessus de nos cerveaux éreintés par tant de stimuli.
Dans "You" : Brian Wilson revit le divorce d’ABBA. Puis au détour d’ "Impossible Corners", on jurerait entendre Peter Gabriel et Kate Bush roucouler dans le studio de Left Banke. De la félicité en spray.
Et cette "Grande-Garabagne" qui vous prend par surprise, tel un Marsupilami lysergique sous influence "La Femme d’Argent". Enfin, pour les fans hardcore, n’omettons pas les inénarrables bonus tracks : "Endophasie" par exemple : un long dialogue intérieur qui excède les 20 minutes !
"Boyarin" est déjà un grand album de 2016, toutes catégories confondues.
Laissez-vous emporter par ce tourbillon (1000 idées par chanson, bon ratio).
"L’humanité reconnaissante" pourra-t-on graver sur l’épitaphe de l’auteur.

 

Acheter sur Amazon Écouter sur Spotify


  1. 1.Fungus
  2. 2.Useless Lights
  3. 3.Oliphaunt
  4. 4.Patience [Useless Lights #2]
  5. 5.Invasions
  6. 6.Emergency Exit
  7. 7.You
  8. 8.Progénitures
  9. 9.Impossible Corners
  10. 10.Progénitures [Reprise]
  11. 11.Grande-Garabagne
  12. 12.Rafflesia

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog