Chapelier Fou - Interview

17/03/2010, par | Interviews |
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CHAPELIER FOU

Chapelier Fou a acquis en un an une jolie réputation, forgée par deux Ep de très bonne facture, et qui ont été suivis par "613", premier album remarquable pour le Messin. Nous l'avions rencontré cet été, après une prestation remarquée aux Eurockéennes. Avec un peu de retard, voici la retranscription d'un entretien au long cours...

Alors, qu'est-ce que ça change de jouer devant tant de public ? Est-ce que tu préfères ?
Par rapport à mes autres concerts, c'est la première fois que j'en fais un comme cela, devant autant de monde, donc je ne peux pas vraiment comparer.

Tu avais l'air très ému...
Cela fait quand même quelque chose, même si jouer dans des conditions comme cela n'est pas mon but premier. Il y a un effet. On m'avait dit "tu vas jouer devant plein de monde", etc. C'est vrai qu'avoir une foule compacte devant soi a un côté jouissif.

On a remarqué que les gens étaient assez calmes jusqu'au moment où tu as touché ton violon. Le public s'est mis à applaudir, à s'exclamer... Le public ne s'attendait certainement pas à cela. Il y a beaucoup d'électronique sur le festival, mais...
Le début fut assez étrange, oui. Je suis marqué quoi moi ? Electro ?

Dans le programme, oui.
Il y a peut-être plein de "teufeurs" qui sont venus. En même temps, je pense que c'est bien que je sois passé à cette heure-ci. J'avais un public pas trop défoncé.

Cela te dérange qu'on classe ta musique en électro ?
[soupirant] Non, cela ne me dérange pas, mais autant, rock, j'ai une idée de ce que ça peut vouloir dire, autant je vois électro, je peux m'attendre à tout et n'importe quoi. Non... Ce n'est pas forcément une bonne chose, parce que justement ça ne cadre rien. On pourrait tout aussi bien marquer musique...

Tu as fait de nombreuses années au conservatoire, et tu termines sur la scène de la "plage" des Eurockéennes de Belfort.
Je termine pas, non. J'ai vingt-cinq ans [rires] !

C'est ce que tu voulais depuis un moment, faire des festivals, entrer dans le cirque promo-concerts, etc. ?
Non. Pas du tout. Je n'ai jamais voulu faire de festivals... Moi, ce que je veux, c'est pouvoir jouer et présenter, proposer des choses à des gens, qui viennent ou pas. C'est pour cela que je préfère les petites salles. Tout le côté monde de la musique machin, non, ça ne m'attire pas et, pire, ça me fait vraiment chier. Si je pouvais changer de peau lorsque je monte sur scène et que les gens ne me reconnaissent pas, et des conneries comme ça... Je n'ai rien à dire aux gens. Quand je suis sur scène, j'estime que je n'ai pas à parler, je fais de la musique instrumentale...

Tu avais quand même samplé une phrase de remerciement à la fin du concert.
Ce n'était pas du sample, mais de la synthèse vocale. J'ai chopé une démo sur internet de je-ne-sais-quel logiciel, j'avais envie de faire ça, de la synthèse vocale. La voix s'appelle Alain...

D'accord. Pourquoi tu as arrêté le conservatoire ou du moins pris un autre chemin ?
Je n'ai pas arrêté le conservatoire, mais je ne continue pas en tant que musicien classique. Le conservatoire m'a rapidement saoûlé au niveau instrumental. On t'impose énormément de choses, en termes de discipline, etc.. mais surtout en termes de répertoire. Il y a une contradiction entre le fait d'être musicien et le fait que quelqu'un t'impose les morceaux qu'on joue. Mine de rien, c'est quand même ça qui se passe dans les écoles, les conservatoires. Quand j'étais môme, le violon, pour moi, c'était jouer tzigane, et, vous voyez, les morceaux d'examens, les concertos arrangés pour piano, ça m'a pris la tête très fort. Pour moi, la musique classique est quelque chose de génial parce qu'au niveau amateur, c'est une grande source de partage. Je suis toujours au conservatoire. J'arrête l'année prochaine, mais là j'étais encore en cours d'analyses spécialisées. Je n'ai pas eu l'occasion de passer mes diplômes, l'écrit, car je donnais des concerts. Ce qui m'a toujours intéressé, c'est toute la théorie, l'analyse, l'histoire, l'écriture, la composition, des trucs comme ça.

Parce que tu as été en musicologie après ?
Oui, ça a peut-être ouvert une porte.

Tu t'es intéressé à ce qu'on appelle "l'électronique" assez jeune ?
Ouais, vers quinze-seize ans. J'étais au lycée, à la fois j'avais des groupes, j'y faisais du violon surtout ou du clavier, et j'ai commencé à faire des musiques sur des grosses boîtes à rythmes, des samplers géants, une espèce d'hip-hop instrumental très programmé, avec plein de boucles. C'est là que j'ai commencé à développer ce que j'appelle une écoute du sampler. C'est le mec qui écoute toujours de deux manières différentes. Limite, ça m'a bloqué dans mon écoute pendant des années, je ne pouvais pas écouter quelque chose sans essayer de trouver le sample parfait à un moment. C'est quelque chose qui m'obnubilait. Maintenant, je me suis un peu écarté de cela, mais ce que j'aime beaucoup dans le hip-hop et ce que je déteste en même temps, parce que dans 90 % des cas c'est super mal fait, c'est trouver des sons dans des morceaux et réussir à mettre le doigt sur un détail. Je trouve ça phénoménal.

Nous avons remarqué, ayant beaucoup écouté l'EP, que tu ne t'es pas contenté de jouer les titres du disque et qu'il y a une grosse part de recréation en concert.
Le disque et le live sont deux choses différentes. Cependant, en général, le disque vient du live. Je compose tout dans ma chambre, et j'enregistre ce que je joue. Après, ça me donne une base, après il y a la prod, le mix, ce sont d'autres choses mais qui sont passionnantes : tu fais attention à d'autres choses qu'en live, comme les enchaînements entre les titres. J'essaie de me donner un peu de liberté, ça ne sert à rien de retranscrire le disque tel quel. En fait, j'essaie d'avoir deux "versions" par titre : une enregistrée, une en live, jouée avec des nuances.

Dans ta chambre, tu as plus de libertés ?
Disons que c'est plus un laboratoire. En live, je prépare tout, je suis obligé. Comme je fais tout à la main ou presque, la part d'improvisation se mêle à beaucoup de travail en amont.

Durant les répétitions avant les concerts, tu penses déjà à la façon de faire évoluer les morceaux ?
Oui, carrément. Je me dis "Tiens, ce morceau, je ne l'ai pas joué depuis perpèt'...", je compare à ce que je fais en ce moment, je me dis "Tiens, je changerais bien la rythmique", comme je l'ai fait sur mon morceau "Alabama". Après, c'est cyclique, il y a des idées qui me viennent aussi de mes changements de matos : j'ai désormais une machine qui est deux fois plus grosse qu'avant, avec autant de possibilités nouvelles.

 


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