Christine Ott - Solitude nomade

11/05/2009, par Julian Flacelière | Albums |
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CHRISTINE OTT - Solitude nomade
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CHRISTINE OTT - Solitude NomadeCe disque est un miracle à triple titre. Premièrement, parce qu'il doit être bien difficile, on le devine, de publier, de nos jours, un album presque uniquement consacré à un instrument aussi marginal, certes, mis quelques fois en avant dans la musique contemporaine, notamment chez Radiohead ou Yann Tiersen, mais le plus souvent victime d'un terrible amalgame avec le clavier ou le xylophone, dans le réseau de distribution habituel. Deuxièmement, parce qu'il n'existe plus qu'une petite dizaine d'ondistes au monde. Autrement dit : presque personne sur terre n'en a une maîtrise suffisante pour en tirer tout son suc. Troisièmement, parce que "Solitude Nomade" n'est pas une ennuyeuse succession de démonstrations virtuoses ni un résumé des possibilités techniques de l'instrument, mais une véritable aventure musicale. Dans le but de renouveler le répertoire des ondes Martenot, Christine Ott, médaillée d'or du Conservatoire National de Strasbourg et enseignante au Conservatoire de la même ville, s'est entourée de Thierry Balasse, compositeur, collaborateur de Pierre Henry et spécialiste de l'électroacoustique, et d'un certain nombre de musiciens pour le moins talentueux.

Les ondes Martenot, si elles tiennent la vedette, côtoient le plus souvent le violoncelle d'Anne-Gaëlle Bisquay et la contrebasse de François Morel. On rencontre même des instruments plus confidentiels : un ondéa, sorte de martenot nouvelle génération, un vibraphone, clavier dont la particularité, justement, est de produire du vibrato, que les fans de jazz connaissent bien grâce au fabuleux Lionel Hampton, ou encore un cymbalum, sorte de cithare déjà utilisée par les Perses au XIIe siècle ou dans les pays germaniques durant le bas moyen-âge. Quoi qu'il en soit, la diversité des instruments permet à Christine Ott d'aborder différentes approches de composition et de multiplier les enchaînements harmoniques. "L'autre rive", jouée sur plusieurs pianos, est une pièce souple et extrêmement expressive rappelant les motifs de Claude Debussy première manière, au toucher vivace et exemplaire. Première occasion nous est donnée de rendre ainsi hommage au travail de M. Balasse, dont la prise de son se révèle tout à fait appropriée en plus d'être ensorcelante. Pas de tricherie ici, on a véritablement affaire à une sorte d'orchestre de chambre jouant sans fard ni retouches, uniquement préoccupé par le désir d'alchimie et une rigoureuse éloquence des tons qu'illustre à merveille la superbe piste d'ouverture, "Pensées Sauvages". Les accords glissandi du ruban développent un décor minimaliste jusqu'à ce qu'une ravissante mélodie apparaisse à l'approche de cordes tour à tour languissantes, enlevées, furieuses, apaisées, dans une ambiance bohême à comparer avec la très belle bande originale d'Eclipse Totale par Jan Kaczmarek.

Le caractère vieille France, bucolique des compositions trouve son parfait point d'équilibre avec "Tropismes", orfèvrerie permettant de se rendre compte des liaisons qu'entretiennent les ondes et le vibraphone d'Olivier Maurel, tandis que "Chemin vert", à travers une atmosphère plus heurtée et lugubre, nous fait savourer les richesses de l'instrument, sonnant telle fois comme un vieux clavier électronique, telle autre fois comme des cordes frottées. Les combinaisons et les capacités d'expression dont sont capables les ondes martenot semblent illimitées, à tel point qu'il est souvent difficile de reconnaître avec sûreté ce qui est joué spécifiquement par cet instrument et ce qui relève de véritables instruments à cordes ou de percussions. Le charme agit de la première à la dernière seconde, sans que l'on se sente particulièrement dérouté. Certes, il faut savoir apprécier les mouvements aux structures volatiles, mais le disque dispose d'un fond de mélodies amplement suffisant pour que l'amateur de belles choses se sente immédiatement concerné et projeté dans l'admirable et singulier univers de Christine Ott, qui réalise, avec "Solitude nomade", un disque généreux et attractif. Tout simplement.
Pour plus d'informations sur les ondes Martenot, nous vous conseillons de vous rendre à la page de l'ondiste Claude-Samuel Lévine.

Julian Flacelière

Pensées Sauvages
Tropismes
L'autre Rive
Chemin Vert
Tête à L'envers
Docks
Solitude Nomade
Lucioles

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