Damien Jurado à Slaktkyrkan, Stockholm, vendredi 12 octobre 2018.

24/10/2018, par | Concerts |
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Après une première partie très éprouvante, Brigid Mae Power (fuyez-là, elle est ennuyeuse comme la pluie) qui joue de la guitare et chante comme moi (4, 5 accords et des hurlements de blues incontrôlés), dans une station debout hautement inconfortable, Damien Jurado et un certain Josh, Californien et guitariste de ses états, arrivent sur scène. Et s’assoient, eux, les veinards. Je sais bien qu’il faut réhabiliter les quartiers, que les anciens entrepôts sont troooooop cools (y compris les anciens abattoirs où nous sommes. Une zone sans âme, un des grands échecs de la politique de la Ville locale) mais, flûte !, saperlipopette !, on était bien mieux dans les fauteuils, même défoncés à grand coups de tatanes, et pas rénovés depuis que Strindberg y posait ses fesses, du Södra Teatern. Saloperie de bobos. Alors, d’accord le lieu est chouette : une halle en béton aux angles saillants et triangulaires, une chouette verrière mais, enfin, n’importe quel crétin à tête de bois et assourdi depuis l’âge tendre entre MJC, SMAC, bars pourris et autres caf’ conc’ en ferait la remarque tout de suite : le son ne peut être que mauvais dans ce hall de gare à haut plafond !

Et puis, garer des vieux fans de Jurado comme nous, bientôt en déambulateur, dans ce qui ressemble à une grange à boire du chupito, c’est pas bien malin.

S’en fout, le Damien. Il est assis. Il boit de l’eau pétillante. Il se foule pas trop d’ailleurs. C’est son gros comparse qui fait tout le boulot, avec une folk branchée sur tout un tas de pédales (bien trop de pédales pour ce qu’il en tire mais bon…). Détail charmant : l’autocollant "eat pizza everyday" sur l’étui. On est entre vieux. Entre gros.

 

Damien, plus garçon boucher que jamais, gueule renfrognée comme toujours (faut pas trop que je sale, Johanna m’a dit : il ressemble de plus en plus à ton père, Jurado), enchaîne ses dernières chansons en gratouillant mollement (il tremblote beaucoup) sur sa guitare classique. Je critique pas : je l’adore mais enfin, il se la joue tranquille. Tout à fait dans la tonalité du dernier "The Horizon Just Laughed". Un back to the basics, retour à la guitare, au chant pur, aux accords éculés mais toujours efficaces qui ont fait sa marque de fabrique. Avant. Avant l’éminente et prolixe période Richard Swift, suivi du divorce artistique ayant entraîné le dernier album et conclu par le décès de Richard juste avant la sortie de "The Hex". Forcément on pense beaucoup à ça aussi pendant le concert. Un peu plus pendant la reprise de “Beautiful Heart”, très sobrement présentée. On n’est pas là pour pleurnicher de concert.

Un peu avant, après "Last Great Washington State", dernier anti-tube en date, Jurado se réchauffe un peu et suivant son habitude, après un (long) début de concert silencieux entre les titres, enchaine un long échange avec le public, révélant son côté stand up, blague à froid, un peu kozelekien. Ici, c’est évidemment Washington qui en prend plein la tronche (fini l’autocollant Home avec la forme de l’état natal sur la guitare), avec une sympathique comparaison avec la Scandinavie (sa froideur, sa pluie, ses Volvo importées ou non… Oui, on parle bagnoles avec Jurado) et des anecdotes sur le déménagement récent de Jurado en Californie. Du Sud, la Cali. “So Cal”, comme ils disent. Finalement, tout monolithique qu’il paraisse à première vue et écoute, il change constamment le Jurado. Depuis qu’on le suit, combien de divorces, de déménagements, de femmes mariées ou non, emmenées sur les tournées, et louées (dans le sens laudatio hein. Rien de #metoo #dédélasardine) à l’occasion. Quand on n’entendait pas parler du fils… L’indécrottable Washingtonien est donc devenu Californien. Du sud. Attention, au prochain album : du sunshine folk sans doute.

Cette fois ci, c’est Josh l’aimé. Divin ce Josh, il a appris les 20 chansons de Jurado en 24 heures, suite à la défection de dernière minute du bassiste prévu. Un ange le gras Josh, un guitar hero. Et doux, tout doux comme ses tricots sur mesure à la six-cordes.

À part ça, Damien suit sa feuille de route esthétique et sa setlist. Josh brode pendant que Damien, un peu malade, se perd quelquefois dans les aigus. Sinon, c’est du grand art. C’est un dieu du chant dans le micro. Nous sommes au premier rang et pourtant, c’est le son repris par le micro qu’on entend. Et il en joue admirablement. C’est son véritable instrument. C’est comme ça qu’il peut retourner une salle immense ou contenter un public dans une salle atroce comme celle-là. Il alterne chansons swiftiennes dépouillées et nouvelles compositions claires et douces comme le nylon de ses cordes et croyez-le si vous voulez, j’ai pensé à Julien Clair pendant tout le concert.

Les deux acolytes quittent la scène. Damien revient pour "Over Rainbow & Rainier", pépère, comme indiqué, puis se met enfin au boulot. Du moins un peu, en allant chercher ses tubes, et le public, bien qu’il n’honorera pas une demande, pourtant bienvenue, d’"Ohio".

Il conclut impérial par "Silver Donna". Point de bongos, point de ronflements de basses psyché, ni de collages au jus de Swift, Damien, là, la joue crystal clear : moulinet de guitare répétitif, voix suraiguë (on craint la fêlure mais le lascar a vraiment du métier) et, surprise du chef : sifflements morriconniens pour conclure. Ça n’a l’air de rien, et ce n’était presque rien, mais c’était mortel. Une maîtrise du temps et du son, et du micro diaboliquement utilisé. Rien que pour ça, on pardonne tout à Jurado (tout de même, vraiment pas sympathique ce soir-là, pour le coup) et on y reviendra sans doute. Avec ou sans sièges.

Setlist

Thomas Wolfe
Allocate
Percy Faith
Last Great Washington State
Cindy Lee
1973
Saturday
Marvin Kaplan
Random Fearless
Birds tricked in the trees
Beautiful heart (Swift?)
Hello Sunshine
The Novelist
AM AM
Exit 353
Shape of a storm 

Rappel (prévu)

Over Rainbows and Rainier 

Rappels (non notés) :

Sheets
Museum of Flight
Everything Trying
Kola
Silver Donna 

 

Avec l’aide de Johanna D., sonotones et crustacés.

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