Françoiz Breut - Interview

30/01/2013, par Luc Taramini | Interviews |
  • Facebook
  • Twitter
| permalien

Avec un cinquième album sorti à l'automne dernier, le très beau "La chirurgie des sentiments", Françoiz Breut poursuit son chemin artistique. Emancipée de ses Pygmalions d'hier (Dominique A, Katerine, Jérôme Minière… ) elle s'épanouie désormais dans une écriture personnelle. Un parcours sans faute de goût.

 Françoiz Breut 3

Tu sembles avoir trouvé un alter égo avec Stéphane. Vous collaborez depuis longtemps ?

Ça fait 3 ou 4 ans. Il est arrivé sur la deuxième partie de la tournée du disque " A l'aveuglette" en remplacement de Boris Gronemberger, mon guitariste d'alors qui avait eu un accident de vélo et qui voulait, de toute façon, se consacrer à son projet perso. Et ça a super bien fonctionné.

 

Tu as toujours besoin d'un partenaire pour écrire des chansons ?

Oui puisque que je n'ai pas de formation musicale. Il me faut un partenaire avec qui échanger pour écrire. Pour cet album, je voulais changer de manière de travailler. On a intégré le travail à base de samples en plus du travail habituel guitare/voix. Je collectionne toute une série de 45 tours de bruitages qui me servait déjà pour les interludes dans mes concerts.

 

As-tu osé plus de choses ou chercher à casser des automatismes ?

C'était beaucoup plus ludique que pour  "L'aveuglette" car c'était la première fois que j'écrivais et je me demandais comment les chansons allaient être perçues. Avant cette période, c'était encore plus facile car je n'avais qu'à interpréter des chansons déjà écrites. Chanter mes mots pour la première fut assez troublant. Et j'ai su que c'était gagné le jour où l'on m'a demandé de qui était ce texte alors qu'il venait de moi.

 

Comment es-tu passée du statut d'interprète à celui d'auteur ? Qu'est-ce qui a été le déclencheur ?

Je ne me retrouvais plus dans les textes que l'on me proposait et j'avais envie de voir comment se fabrique une chanson. Le mystère de la création d'une chanson m'intéressait. Je n'avais pas forcément des choses à dire, juste de la curiosité.

 

As-tu trouvé une méthode d'écriture qui te convient ?

Oui avec Stéphane, c'était un jeu de ping-pong. On se voyait et on travaillait ensemble de manière assez amusante. La musique arrivait assez facilement.

 

La musique, c'est un accident pour toi ?

Oui. Disons que je me sens comme un artisan qui apprend chaque jour. Je sais qu'il n'y a pas de recettes. Pour écrire une  chanson, on peut partir du fond comme de la forme. Je suis quelqu'un qui bricole et qui cherche.

 Françoiz Breut 2

Et ton rapport à l'illustration ?

Je navigue entre les deux univers. Tout dépend des projets. Le problème dans l'illustration c'est que les éditeurs ont tendance à te cantonner dans un style pour lequel tu es identifié. Moi j'aime changer de techniques, avant je faisais des peintures à l'acrylique, maintenant je suis au stylo bic. Heureusement, les expositions permettent d'explorer d'autres techniques.

 

Ecrire des chansons, c'est devenu une nécessité ?

Je pourrais ne pas en écrire mais j'aime la difficulté et la magie de voir où l'écriture me mène. Après mes trois albums comme interprète, je commençais à sentir poindre l'ennui. J'avais envie de changer et de faire les choses par moi-même. Aujourd'hui, j'aimerais bien faire un disque de reprises. J'ai tellement pris goût à la musique que je ne me vois pas ne plus en faire.

 

Tu es entré dans la chanson par accident et rapidement tu as été confrontée à des auteurs doués. Tu n'as jamais eu de problème de légitimité ?

Si évidemment. J'avais le complexe de ne pas savoir jouer d'un instrument. J'ai appris un peu la guitare, j'ai abandonné. Je recevais des cadeaux, sous forme de démos, je choisissais parmi quelques chansons. Le travail était pré-mâché même si ensuite venait tout le travail d'arrangement avec mes musiciens. C'était un plaisir, c'était simple. Pour le troisième album, c'était plus difficile parce que les auteurs que j'avais choisis ne plaisaient pas à la maison de disque qui aurait préféré que je bosse avec des gens comme Mickey 3D ou Benjamin Biolay. Je voulais bosser avec Jérôme Minière et Herman Düne. J'ai eu du mal à les imposer. Ensuite, ils se sont débarrassés de moi parce que je n'étais pas assez commerciale.
 

Après les pygmalions, tu as aussi un côté égérie auprès de jeunes artistes comme François Marry (François and the Altas Mountains)…

Sa voix est vraiment chouette. Elle me fait penser à celle de Dominique. Il a un truc dans le timbre qui me plait. C'était une chouette rencontre. On s'est croisé en Angleterre, il m'avait déjà laissé un vinyle. Lui, ça a été vraiment la vie de bohème, il a dû travailler comme un dingue pour en arriver là. Aujourd'hui il est reconnu et c'est amplement mérité. J'aimerais bien qu'il chante un peu plus en français…

 

On t'associe spontanément à  une communauté d'artistes qui chantent en français et qui a une culture pop ? Tu te sens réellement proche de ces gens ou as-tu d'autres influences ?

Oui, j'adore les chanteurs français. C'est ma langue, c'est celle que je comprends le mieux. Aujourd'hui, je suis fan d'artistes comme Katerine, Mathieu Boogaerts, Jérôme Minière, Mansfield TYA, Bertrand Belin qui correspondent à mes goûts personnels. Et en Belgique, il y a aussi des groupes très chouettes comme Mièle, le groupe de Stéphane, le trio Hoquets qui a fait un concept-album sur la Belgique (NDLR : "Belgotronics"), et Les Terrils qui font une sorte de blues rugueux, très chouette à voir en concert.

Françoiz Breut 

Que retiens-tu de ton parcours musical ?

Ce qui est vraiment génial c'est l'aventure des rencontres, ça laisse le champ ouvert en permanence. Je ne suis pas musicienne mais on m'a toujours encouragé parce que je chantais bien. C'est aussi se laisser porter par les évènements. Je n'ai jamais cherché à faire de la musique et ce que je n'ai jamais désiré, j'ai fini par le vouloir vraiment. J'ai connu des moments difficiles où je voulais tout arrêter. Des moments d'extrême fatigue à cause des concerts qui s'enchainaient. J'ai appris qu'il fallait doser son effort, son corps et son esprit.

 

 Dernière question, le travail avec les frères Laureau sur ce disque (NLF3) ?

Je connaissais déjà les frères Laureau pour avoir tourné avec Don Nino et avoir travaillé avec Fabrice sur l'enregistrement de mon deuxième disque. J'aime bien leur façon de mélanger les univers acoustiques avec Don Nino, électro et expérimental avec NLF3. Je me suis dit que Nicolas allait comprendre ce que je voulais faire. Je voulais quelque chose à la fois organique et électronique. Je savais qu'il trouverait une unité pour toutes ses chansons et samples qu'on avait amassés. On a gardé beaucoup de choses, il a juste changé quelques structures de morceaux.

 

les derniers articles


»» tous les articles
»» toutes les chroniques de disque
»» tous les posts du blog
»» tous les CR de concerts et festivals