Jens Lekman - Interview

09/04/2008, par Guillaume Sautereau | Interviews |
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Récemment, tu as fait énormément de concerts dans des pays très différents : Japon, Australie, Turquie... Quelle impression cela t'a-t-il laissé ?

En Turquie, c'était fantastique. Pas que ce soit tellement différent d'ailleurs, mais les gens sont vraiment enthousiastes... J'ai l'impression qu'il se passe quelque chose là-bas, des influences très différentes se mêlent, tout le monde est très inspiré. Je suis un grand fan du groupe qui fait ma première partie sur cette tournée, Kim Ki O. Tous leurs amis font de la musique, des fanzines, on sent qu'une scène bouillonnante est en train de se créer.

Comment as-tu découvert Kim Ki O ?
Ce sont les Radio Dept. qui sont allés en Turquie les premiers. Ils ont rapporté le CD, et comme ce sont de bons amis, ils me l'ont passé.

L'an dernier, tu as sorti un album, mais aussi un EP en hommage à Arthur Russell. Qu'est-ce qu'il représente pour toi ?
C'était un projet que j'avais depuis longtemps. J'ai l'impression d'entendre quelque chose dans sa musique que les autres ne perçoivent pas. Beaucoup se focalisent sur l'icône disco - j'aime beaucoup ces morceaux et l'album de Loose Joints - mais j'ai rencontré des artistes qui me semblaient partager la même vision d'Arthur Russell que moi et je leur ai proposé d'enregistrer un EP hommage. C'est Verity d'Electrelane qui m'a envoyé le premier morceau - c'est le premier morceau du EP - et il est magnifique, il sonne presque comme du Satie. Je pense qu'elle a entendu exactement la même chose que moi dans la musique de Russell, ses mélodies, sa voix... je ne sais pas ce que c'est d'ailleurs. La personne qui gère son back-catalog m'a envoyé un CD de morceaux inédits qui devrait sortir cette année, récupéré sur les cassettes d'Arthur Russell. Et c'est du folk, c'est totalement différent des autres choses qu'il a faites, et en même temps, tu reconnais l'essence de sa musique. Je me reconnais un peu là-dedans, dans le fait de faire un morceau disco et puis quelque chose de totalement différent la minute d'après. Dans ma tête, il y a une petite voix qui me dit "non, tu ne peux pas faire ça, ces choses-là ne vont pas ensemble". D'un autre côté, je me dis qu'il y a bien autre chose à faire, que je ne suis pas condamné à faire du "Jens Lekman", ce n'est pas faire un unique style de chanson, c'est quelque chose d'autre, il y a toute mon histoire, toute ma vie au cur de la chanson. Même si je fais un morceau disco, comme "Friday Night at the Drive-In Bingo", il y a quelque chose de Jens Lekman à la base.

Jens Lekman, par Guillaume Sautereau

Tu avais un plan, voire un concept directeur, avant de commencer à faire ce dernier album ?
Ce sont mes amis qui ont fait la sélection des chansons qui y figurent. Quand je les compilais, j'ai eu le sentiment d'y retrouver une sorte de définition de ce que je voulais faire à mes débuts, il y a six ans. J'avais une idée de ma musique dans ma tête, et je n'arrivais pas totalement à la concrétiser. Je voulais travailler avec des samples, je voulais que ma musique voyage, qu'elle soit inspirée de tas d'autres musiques que j'aurais entendues. Mais à l'arrivée, c'était un échec complet, ma musique restait confinée aux trente mètres carré de mon appartement. Un album de world music raté, en quelque sorte...

Tu confies le soin à tes amis de choisir les chansons qui vont figurer sur l'album...
Oui, je leur ai donné trente chansons et ils ont choisi.
Pourquoi tu ne les choisis pas toi-même ?
Moi je sais écrire les chansons, c'est ce à quoi je suis bon je le ne suis pas pour les relier ensemble pour en faire un album. Je ne vois pas les liens qui les unissent. Et je pense que mes amis le voient beaucoup mieux que moi. C'est comme quand j'ai entendu Maher Shalal Hash Baz jouer "Black Cab", c'était comme si c'était la première fois que j'entendais cette chanson. Je pense que je vais procéder comme ça pour mon prochain album : je vais écrire les chansons, puis les faire jouer par Maher Shalal Hash Baz, et là je pourrais dire "oui, c'est celle-là la chanson n°2" (rires).

Je me souviens que tu avais écrit sur ton site web que tu étais très fier de "Friday Night at the Drive-in Bingo". Qu'est-ce qui expliquait cette fierté ?
Avec cette chanson, je crois que je cherchais l'âme de la Suède. Le bingo, c'est l'obsession de la Suède. C'est dans toute notre culture. C'est l'émission la plus importante à la télé ; à la campagne, on joue au bingo partout. Et puis ce genre de musique, avec le saxophone, ça renvoie à la musique sur laquelle on dansait en Suède dans les années 70, et sur laquelle on danse toujours maintenant d'ailleurs. J'étais à la recherche de l'âme de la Suède, je voulais avoir un numéro 1, pas seulement sur les radios branchés, mais partout, jusqu'au fin fond de la Suède. Une chanson que tout le monde pourrait siffler dans la rue (il siffle la mélodie de saxophone). Je la trouvais parfaite pour ça. Evidemment, les radios l'ont rejetée totalement, parce que la mode est à la musique électronique en ce moment. Cela m'a blessé, en un sens. Et en même temps, je suis convaincu d'être soit en avance sur mon temps, soit en retard. Il y a quelque chose de doux-amer dans cette chanson qui me fait beaucoup l'apprécier, même si c'est une chanson vraiment stupide. Elle m'évoque une certaine innocence.

Tu as toi-même travaillé quelques jours dans un bingo hall avant de revenir à la musique. C'est quelque chose qui t'a marqué ?
Non, pas du tout, c'est d'ailleurs pour cela que je n'y travaillé que trois jours ! Je ne pouvais pas supporter d'y travailler plus longtemps. C'est le seul travail que tu peux trouver comme ça, sans avoir de formation ou d'expérience. Tu vas dans un Bingo hall et tu dis "bonjour, je voudrais travailler ici" et on te répond "ok". J'aime bien les Drive-in Bingo, parce que c'est quelque chose de très étrange. Tu es dans ta voiture, comme pour le cinéma, et tu klaxonnes.

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