La Route du rock - Collection été 2014

20/08/2014, par , Matthieu Chauveau et | Festivals |
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ciel

Festival à la santé fragile, la Route du rock semble aller de mieux en mieux. Avec quelque 26 500 spectateurs, cette édition 2014 (augmentée d’un mercredi en salle) aura frôlé le record de fréquentation de 2005, avec The Cure en méga-tête d’affiche. Un record qui aurait même pu être battu, selon les organisateurs, s’ils avaient vendu un millier de billets en plus pour la soirée du vendredi portée par la locomotive Portishead (plus de 13 000 personnes). Ils ont préféré ne pas le faire, et on les comprend : cela aurait rendu encore moins praticable un site déjà transformé en bourbier par la pluie de la veille. Heureusement, des travaux pour viabiliser le terrain sont prévus avant l’édition 2015, qui sera celle du 25e anniversaire. L’occasion, on l’espère, de régler également quelques problèmes pratiques plus ou moins récurrents (engorgement à l’entrée, navettes bondées et qu’on peut attendre longtemps, manque de toilettes…). Reconnaissons en revanche que grâce à sa nouvelle disposition, la scène des Remparts était nettement plus accessible que l’an dernier, même les premiers rangs. En attendant ces nouvelles aventures, voici déjà l’essentiel de l’édition 2014, placée sous le signe du rock à guitares parfois franchement agressif (mais pas que).

 

Jeudi 14 août

boue

Alors qu’on est encore sur la route, des amis déjà arrivés nous préviennent : à Saint-Malo, il pleut des cordes, c’est l’apocalypse ou presque. On se félicite d’avoir pensé à prendre des bottes ; le lendemain, la plupart des magasins du coin seront en rupture de stock. On arrive au fort de Saint-Père sous une pluie battante, d’énormes flaques commencent à se former, et le site ne sera bientôt qu’un immense champ de boue. Glup.

angel olsen

Cependant, ce n’est pas à cause de la météo qu’on ne verra quasiment pas le concert d’Angel Olsen, mais parce qu’une interview de deux membres de Real Estate a été calée en même temps à l’espace presse. Le temps de retourner à la scène des Remparts, on arrive pour les deux dernières minutes du set : une reprise de “I’m a Stranger Here” de Lambchop, jouée par la demoiselle avec une serviette autour de la tête (genre “Excusez-moi, je sors de la douche”) et un groupe bien électrifié. On attendra donc qu’Angel repasse.

War on Drugs

D’autres Américains (majoritaires ce jour-là) lui succèdent sur la grande scène : The War on Drugs, qui auront droit à quelques timides rayons de soleil (avant que la pluie ne revienne dans la soirée). Adam Granduciel et ses acolytes déroulent tranquillement leur version “alternative” d’un rock mélodieux et classique, pouvant rappeler Springsteen ou le Dylan seventies. Comme on pouvait s’y attendre, Kurt Vile, ancien membre du groupe parti sans heurts après le premier album, et nom suivant sur l’affiche, rejoint ses amis pour quelques morceaux, avant de faire un selfie avec les musiciens en arrière-plan. Les guitares se taillent la part du lion, mais des cuivres (pas très audibles) et des claviers viennent enrichir une formule que la groupe maîtrise parfaitement, comme le prouve son dernier album, “Lost in the Dream” à classer aux côtés de ceux de Wilco, My Morning Jacket ou Band of Horses.

kurt vile

Visiblement les chevelus s’entendent bien, et Granduciel rendra la politesse à Vile lors du concert de celui-ci, tout aussi plaisant dans un genre proche quoique un peu plus déglingué. Mais le côté nonchalant – “yeaaaaah” à répétition, longs solos de guitare et son brouillon aux aigus perce-tympan – ne cache pas le talent de mélodiste du Philadelphien, mis en évidence sur un dernier titre joué seul à la guitare acoustique.

real estate

Le concert de Real Estate sur la scène des Remparts s’avére un brin frustrant. Pas tant par la musique elle-même (les versions sont certes proches de celles des disques, mais on n’attendait pas non plus des impros de 10 minutes ou à une section de cordes) que par sa relative brièveté. Les cinquante minutes allouées se retrouvent en effet raccourcies en raison d’un problème de câble sur la guitare du chanteur Martin Courtney, en plein milieu du set (les soucis techniques auront été récurrents ce jour-là, sans que la musique en souffre trop, heureusement). Le bassiste Alex Bleeker, le membre le plus jovial de la formation du New Jersey, tente de faire patienter le public pendant que Martin et le guitariste Matt Mondanile s’activent. Heureusement, tout finit par rentrer dans l’ordre, le groupe peut terminer son concert et nous régaler de ses chansons à la mélancolie de fin d’été, qui convoquent les plus belles figures de l’indie pop : Dean Wareham, les Feelies, Yo La Tengo, Lawrence et Maurice Deebank de Felt, la guitare de Johnny Marr, les groupes du label Flying Nun…

the ohsees

Le concert de Thee Oh Sees sera encore plus court (une grosse quarantaine de minutes), en raison cette fois-ci d’un ampli défaillant, selon les organisateurs. Suffisant tout de même pour apprécier le garage rock psychédélique des Californiens (ici en trio), qui ne révolutionne pas grand-chose mais qui envoie la sauce.

On n’en dira pas forcément autant de The Fat White Family, Londoniens réputés ingérables venus présenter un premier album tout frais (plus que leur teint, en tout cas). Pas vraiment d’outrances (à moins de considérer le fait de jouer torse poil comme en étant une), mais une musique reptilienne et vicieuse, salie par des coulures d’orgue et des solos de guitare miteux, comme du Gallon Drunk affaissé, avec quelques influences rock sixties en plus. Ce foutoir ne tient pas vraiment sur la longueur mais offre quelques moments jouissifs. Ce qui pourrait valoir à ces squatteurs de Brixton une aussi grande postérité (rires) que celle de These Animal Men, Prolapse ou Penthouse.

Caribou

A l’évidence, le Canadien Dan Snaith, alias Caribou, a une meilleure hygiène de vie. Quelques heures plus tôt, cet habitué du festival malouin répondait posément, poliment et précisément à nos questions. Sur scène, Caribou est plus qu’un groupe, c’est une unité, une cellule sonore, les quatre musiciens jouent très près les uns des autres, en parfaite symbiose. Musicalement, c’est comme toujours irréprochable, et pourtant on n’arrive pas à être totalement emporté. La faute au froid ? à la fatigue, déjà ? au son qui paraît un peu étouffé, notamment la voix ? aux nouvelles chansons qui ne nous sont pas encore familières ? Heureusement, sur les merveilleux “Odessa” et “Sun”, la magie opère et le corps engourdi répond aux stimulations rythmiques du quartette. Avant d’aller se mettre au sec : la pluie s’est remise à tomber dru, tant pis pour Darkside. (V.A.)

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