Liars - Mess

album de la semaine du 26/03/2014, par Marc A. Bertin | Albums |
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Liars - Mess

Objet à part égale de culte et de moquerie, Liars ne cesse de diviser comme rarement critiques et public depuis 15 ans. Et, d’ores et déjà, nul doute : Mess, septième livraison au compteur, ne sera toujours pas le disque d’une possible réconciliation. Toutefois, sans constituer une marque de fabrique (sur laquelle capitaliserait à dessein la formation), continuer de diviser est une qualité aussi rare que précieuse ; plus encore en 2014…

S’il fallait résumer l’humeur présente, alors autant parler sans détour d’un grand album schizophrène. Certes, le dérangement comme le trouble sont des motifs régulièrement à la fête dans cette impressionnante discographie flirtant dès l’augural They Threw Us All in a Trench and Stuck a Monument on Top (2001) avec le malaise — de l’uneasy listening, en droite ligne de Throbbing Gristle, refusant toute séduction facile et appliquant à chaque reprise, dans un bel élan masochiste, non un vulgaire cahier des charges mais un manuel de contraintes.

En l’occurrence, Mess, loin de l’exercice de style poseur, pourrait s’envisager telle une possible relecture du principe dance music ; du moins sur les six premiers titres. Enfin, une dance music produite à grand renfort de prototypes de drogues de synthèse… Comme si le trio essayait d’élaborer l’extase d’une montée house, la cadence paranoïaque d’une techno martiale à souhait et l’obsession d’une fusion corps/machine typiquement EBM face à des synthétiseurs ayant pris le contrôle. Convoquant les figures de Cabaret Voltaire, Fad Gadget, Nitzer Ebb ou Depeche Mode, Liars offre ainsi la piste (fantasmée ?) d’un héritage maison — tous ces groupes sont signés chez Mute — enfin pleinement assumé et revendiqué. Toutefois, se placer en position d’héritier n’exclut pas la tentation déviante, à l’image du single Mess on a Mission, codicille post-gabber du glorieux Proud Evolution.

Évoqué plus haut, le diagnostic schizophrène apparaît brutalement à mi-chemin, laissant à penser que l’élément organique se retrouve peu à peu domestiqué par les machines. Soumission ? Servitude ? L’album emprunte aussitôt le chemin opiacé d’une espèce de chill out inquiétant, inspiré par une écoute répétitive de Selected Ambient Works 85-92 d'Aphex Twin sur un magnétophone défectueux. Dernières forces livrées pour une transe en descente d’acide (Perpetual Village), imprécations au cœur du vortex d’un jeu vidéo gluant (Boyzone), hypnose robotique (Dress Walker), l’écoute prend toute sa spectaculaire (dé)mesure : celle d’une expérience nocturne dans une discothèque aux contours de cellule capitonnée, entre fumigènes et stroboscopes, ivresse et hébétude, éclats fluorescents et obscurité totale.

Passé la double odyssée électronique Sisterworld/WIXIW (« ce disque long en bouche », selon les mots de David Sanson, chanteur de That Summer), Liars se réinvente encore. Comme ça, sans coup férir. « Facts are facts, and fiction is fiction. » Angus Andrew ne ment jamais sur la marchandise.

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