Oren Ambarchi & Goran Kajfes Subtropic Arkestra, Strand (Stockholm) le 4 avril 2012

06/04/2012, par | Concerts |
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Oren Ambarchi, c’est pour moi les années 2000, le label Touch, la guitare pensée et entendue autrement. Je me souviens d’un concert des "four gentlemen of the guitar", soient Christian Fennesz, Toshimaru Nakamura, Keith Rowe et Oren Ambarchi, improvisant de concert non plus avec la guitare mais à partir de la guitare, aux Instants Chavirés de Montreuil. Des anti-guitar heroes en quelque sorte, plus attentifs à la production de sons qu’au branlage de manches. Je me souviens aussi d’une interview d’Ambarchi racontant son apprentissage autodidacte de la guitare, qui lui avait permis de considérer cet instrument comme une machine à produire des sons au-delà des rudimentaires accords plaqués et de la mélodie. J’ai un peu perdu de vue les productions d’Oren en solo depuis "In the Pendulum’s Embrace", plus attentif ces dernières années à ses interventions aux côtés de Sunn O))), et je suis donc ravi de l’entendre à nouveau en concert et en solo.

L’Australien s’est installé devant la scène au niveau du public et sa table déborde de pédales et câbles. Il est entouré de trois amplis (basses ?), rappelant plus  les "Monoliths & Dimensions" des allumés solaires que les gesticulations de nos justiciers nationaux. Oren a une guitare sur les genoux, une Gibson SG (clin d’œil aux compatriotes d’AC/DC ?) mais partage ses mains entre la guitare, les pédales et les consoles. Oren joue de la guitare à une main quoi. On s’évertuera donc à suivre les vibrations des cordes jusqu’à l’inhabituelle sonorité sortant des amplis. La virtuosité réside ici dans les arrangements de pédales et de câbles dont le maniement pour un autre serait de l’ordre du compliqué. Le monde sonore d’Ambarchi est donc unique et à ce titre extrêmement précieux.

Oren Ambarchi 1

D’emblée, Oren construit un ensemble de boucles assez noise dont l’intensité ira croissante. En homme-orchestre, il se démène comme une pieuvre utilisant chacun de ses membres pour construire la texture changeante de sa musique. Nous sommes assez surpris, mais pas déçus, d’entendre un versant plutôt bruitiste, mélodiste et basé sur la répétition de motifs. Une boucle mise en avant assez longuement est extrêmement parasitée. Source de craquements, de larsens impromptus, elle oblige Oren à se lever pour vérifier câbles et branchements de sa table à ses amplis. Il est manifestement agacé même si la chose n’est pas désagréable pour le public. Nous y trouvons même un côté Cagien ! Mais cela empêche Oren de poursuivre sa construction et il finit par résoudre son problème. Il empile alors les boucles et joue des saturations et des delays pour construire une machine mouvante et presque respirante me faisant penser à la pièce "For Samuel Beckett" de Morton Feldman. En noise. Nous sommes loin des anciens albums, recueils de sons doux éparpillés dans un flot de musique ambient élégante. Ce n’est qu’à la fin qu'Oren semble déshabiller sa musique peu à peu, boucle après boucle, aller du plein vers le vide et qu’on entend quelques sons typiquement Ambarchiens tels ses notes de guitare trafiquées, rondes et chaudes, presque duveteuses, à la lisière de sons d’orgue, qui faisaient les belles heures de ses albums "Suspension" ou "Grapes of the Estate".

Oren Ambarchi 2

Oren Ambarchi vient de nous prouver qu’il reste, contrairement à un Christan Fennesz qui ne fait que nous décevoir depuis quelques paires d’années, un guitariste expérimental toujours intéressant et attachant dont le monde musical reste en expansion.

Nous avouerons qu’après le set d’Ambarchi, nous étions sur une autre planète et que Goran Kajfes et son Subtropic Arkestra ne pouvaient que difficilement nous ramener vers Strand.

Goran Kajfes 1

Pourtant leur jazz était hautement recommandable et dansable (un petit air de Mulatu Astatke planait sur scène) et nous avions même été préparés par une sélection impeccable par les DJs dont une version étrange, nous a-t-il paru, de "First Thought Best Thought" d’Arthur Russell dont on commémore ses jours-ci l'anniversaire de la disparition, il y a vingt ans. Même la présence de têtes connues sur scène telles celles de Johan Berthling de Tape, ou de ce tromboniste imposant entendu dans de belles sessions d’improvisation du Club:Ovisation proposées par Vilhelm Bromander n'ont su nous retenir plus longtemps.

Goran Kajfe 2

Ce soir-là, il n’y a eu qu’Oren Ambarchi.

 Avec la french Touch de Johanna D.

Merci à Strand et en particulier à Marika.

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