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Spoke Orkestra – Interview

Faites un micro-trottoir, prononcez le mot « slam ». On vous répondra à coup sûr Grand Corps Malade, peut-être Abd El Malik mais certainement pas Spoke Orkestra. Pourtant cette formation composée de D’ de Kabal, de Félix Jousserand, d’Habd El Haq et jusque récemment encore de Nada, rassemble quelques fines plumes du genre en France. Collectif précurseur et à géométrie variable, sachant s’entourer de musiciens comme Franco Mannara, Serge Teyssot-Gay ou Greg Slap, Spoke Orkestra est une tribune polyglotte autant qu’un laboratoire de têtes chercheuses. Pas question de se laisser enfermer ni récupérer, le Spoke parle librement de son époque avec des mots qui cognent. POPnews est allé lui tendre son micro.

Le personnel de Spoke Orkestra a un peu changé : un des membres fondateurs est parti, Habd El Haq est arrivé. Que s’est-il passé ?
Félix J : Pendant plus de deux ans, Habd El est venu épisodiquement jouer avec nous sur scène. Avant même le départ de Nada pour des raisons personnelles, on se posait déjà la question d’intégrer Habd El à plein temps. C’est une suite logique qui n’exclut pas la venue d’autres personnes.

D : Rachida Dati, Christine Boutin… On a pas mal de demandes en ce moment !

Je vous ai vus sur scène, il y a deux ans au Théâtre d’Ivry. Vous étiez assis sur des chaises face au public dans une mise en scène assez dramatisante. Qu’est-ce qui a changé depuis ?
D : Dramatisante, ça c’est ton interprétation. Depuis, ça a beaucoup changé et surtout depuis les six derniers mois. Il y a de nouvelles compos et on a jeté les chaises !

Franco Mannara : Même la mienne. En ce moment, je suis debout devant avec ma guitare.

Certes vous êtes avant tout un collectif de slammeurs, mais vous utilisez aussi la musique, la vidéo, la mise en scène, le graphisme comme moyen d’expression. Comment définiriez-vous votre formule ?
Félix J : C’est comme un orchestre polyglotte. On a chacun des modes d’expressions différents mais on arrive à tous s’entendre au final. Au départ, ça tournait a capella avec trois voix et ça a pas mal évolué.

D : Quand on a commencé à tourner en 2003-2004, on était sur une formule qui n’existait pas. On a été obligé d’inventer l’image qui allait avec le son. D’où les chaises qui sont apparues sur scène au début. On a eu recours à cette mise en scène pendant trois ans.

Comment avez-vous évolué vers la musique ?
D : La rencontre avec Franco, tout simplement.

Comment abordez vous la composition musicale au sein de Spoke ?
Franco : Je pars du texte quasi systématiquement, et quelques rares fois l’inverse. Après, je me laisse aller à ce que me racontent les mots, le sens, l’énergie qu’ils dégagent, ce qu’ils m’impliquent au niveau du son. Après j’essaie d’éviter les recettes, j’essaie d’être le plus « vierge » possible à chaque texte, ne rien planifier. Comme j’ai une liberté totale et la confiance de mes collègues, cela ce passe simplement. Le fait est qu’on a eu de la chance et que nos goûts musicaux sont globalement communs.

Donc, Spoke est dans une recherche permanente ?
D : Oui, c’est ça. Il y a d’abord eu les textes et puis, très vite, la question, quelles images sonores voulait-on fabriquer autour ?

Aujourd’hui, faites-vous plutôt des concerts ou des performances ?
Félix J : Ça dépend, on fait les deux. Quand on est tous les quatre, c’est plutôt des performances et avec le batteur, c’est plutôt des concerts. Ça dépend aussi des salles dans lesquelles on joue. Dans une MAC, c’est clairement un concert.

Habd El : Comme le collectif est ancien -c’est un des premiers collectifs de slam- et qu’il y a eu cette rencontre avec la musique, on fait des répétitions. Donc, parfois, on peut se comporter comme un groupe. Et en même temps, rien n’est jamais figé. Le set peut évoluer à tout moment si on décide d’enlever un morceau, d’inverser le sens d’un texte de changer une interprétation…

Peut-on dire pour autant que musiques et textes sont interchangeables ?
Franco : On pourrait dire qu’il y a deux types de musiques dans Spoke. Les morceaux « figés » qui figurent sur les albums, et dont en général l’instru ne sera pas détourné. Et puis les autres, avec lesquels, selon l’envie le moment, on essaie des choses, ou je renouvelle l’arrangement du titre en live. J’essaie de faire fonctionner la musique dans Spoke comme une autre voix, et non comme un habillage, je veux qu’elle bagarre l’auditeur autant que les textes de mes collègues. 

Dans quelle mesure improvisez-vous sur scène ?
Félix J : Sur la matière des textes, on n’est pas du tout dans de l’impro. Au contraire, c’est super écrit. Et on tient très sérieusement à ça. Par contre, l’interprétation est infinie. Ce qui ne nous empêche pas de tailler parfois dans les textes comme dans de la matière. Mais ce qu’on garde est respecté à la virgule près.

D : C’est marrant, récemment j’ai eu une discussion intéressante avec Fabien Barontini, le directeur du Festival Sons d’Hiver, à propos de ça. Il me disait qu’il était content de voir que les regards évoluaient sur le matériau slam et les différentes expériences qu’il peut y avoir autour. Les gens comprennent enfin qu’improviser autour d’un texte écrit c’est aussi de la vraie improvisation. C’est exactement ce qu’on fait, pouvoir réinterpréter à chaque fois, couper là, intervenir ici. Aujourd’hui quand un texte démarre, on ne sait pas où il va aller.

L’auteur du texte est-il nécessairement l’interprète ?
D : Non, pas forcément. Par exemple, pour « Kailleras Park » qui est un morceau que j’ai écrit, Félix en dit un bout sur l’album. Là, en ce moment, sur scène, on fait une version a capella où on est trois à dire le texte.

Hadb El : Donc, il n’y a pas de règles.

Félix J : A l’origine du projet, c’est la réunion de trois personnes qui écrivent avec chacun un style et un univers. Ça n’aurait pas de sens que j’intervienne dans le processus d’écriture de D. L’intérêt c’est de montrer trois visions qui cohabitent. On ne cherche pas à trouver des terrains d’entente sur les thèmes qu’on aborde, sinon notre champ d’action serait aussitôt limité.

D : On essaie aussi de préserver les différentes identités de ce projet. On a chacun nos espaces. Il y a de la rencontre ou pas, c’est nous qui le décidons à chaque fois. On veut éviter à tout prix les recettes.

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