The Depreciation Guild - In Her Gentle Jaws

11/09/2009, par Julian Flacelière | Albums |
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THE DEPRECIATION GUILD - In Her Gentle Jaws
(Kanine Records) [site] - acheter ce disque

THE DEPRECIATION GUILD - In Her Gentle JawsVous avez une connaissance vous bassinant à longueur de temps avec le folk austère de Joni Mitchell, vous faisant des cours magistraux sur les qualités de Joan Baez et vous cherchez un moyen de vous en débarrasser sans faire de vagues ? Ne cherchez pas plus loin, faites-lui écouter The Depreciation Guild et votre problème sera réglé dès les trente premières secondes de "A Room, a Canvas". Avec un programme sous forme de synthèse entre guitares reverb et rythmiques 8-bit réalisées grâce au processeur sonore de la Nintendo, "In Her Gentle Jaws" fera saigner quelques oreilles. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le mélange des deux genres, après une unique écoute de l'album, semble on ne peut plus naturel, les boucles de quatres notes MIDI ne choquant pas davantage que la présence de distorsions. Ainsi, comparé au dernier Animal Collective, "In Her Gentle Arms", plus accessible, a soudainement moins l'air d'une bête étrange que l'on observe de haut avec circonspection, voire mépris.

Après tout, à y réfléchir, ces types de sons et ces structures basiques sont depuis longtemps aussi familières, voire davantage, que n'importe quel riff de guitare entré dans la légende. La génération 8/16 bits, précédant la phénoménale expansion des portables et d'Internet, à laquelle appartient la plupart des groupes formés autour des années 2000, est aujourd'hui composée de trentenaires (ou pas tellement loin de l'être, comme moi) et les premiers émois "musicaux" d'une partie d'entre eux proviennent probablement des sortilèges cheapos concoctés par Kondo, Mitsuda, Uematsu et Cie. Le secret de ces bandes-son, qu'on a parfois grande honte de posséder et que l'on préfère écouter en solitaire, au casque, les volets fermés, est le même que celui d'"In Her Gentle Arms" : faire amplement appel au désir d'évasion, parier avant tout sur l'ambiance et le fun, avec une attirance pour les mélodies évocatrices et faciles à retenir. Evidemment cela nécessite forcément une bonne dose d'auto-référencement : tel un parfum, une musique de carte a le pouvoir inestimable de renvoyer immédiatement l'auditeur des années en arrière, et il me semble que The Depreciation Guild utilise cet aspect fort intelligement.

On croise donc ci et là des suites de notes extrêmement limitées devenues des gimmicks de certains genres ou séries : effets spéciaux tirés de Metroid servant d'introduction à "Butterfly Kisses", dont les couplets sont ornés de sons de lasers à la vélocité digne des meilleurs shoot'em up, comptine de RPG semblant tout droit tirée du premier Zelda et crescendo hyper-pompier comme si M83 avait composé la musique d'un nouveau Gradius. La mélodie über-pop de "Darkglooming" et certains passages de l'efficace "Digital Solace" frayent également sans se gêner avec les classiques de la Sega Sound Team dirigée par Takenobu Mitsoyushi dans les années 80.

Toutefois, le trio de Brooklyn n'est pas un médiocre groupe de sonothécaires otakus et aucun des titres n'aurait pu trouver sa place dans un quelconque jeu vidéo, du fait même de leur faculté à intégrer aussi bien l'incandescence de My Bloody Valentine que l'espèce de langueur de Slowdive ("Heavy Eyes"). Le wall of sound de "Sky Ghosts" n'a pas grand chose à envier aux représentants de la nouvelle vague shoegaze, A Place to Bury Strangers en tête, et les gens de la Guilde ne sont pas les moins doués pour parvenir à faire décoller un couplet en un instant et tirer le meilleur d'une atmosphère. Les intentions semblaient on ne peut plus propices à un casse-nez monumental : force est de constater que les New-Yorkais s'en sortent largement mieux qu'on ne le croirait sur le papier. Leur LP est vraiment charmant par bien des côtés et ne sent miraculeusement pas le plastoc des cartouches Nes. Très attachant pour peu qu'on adhère aux prolégomènes.

Julian Flacelière

A Room, a Canvas
Butterfly Kisses
Darkglooming
Digital Solace
Heavy Eyes
In Her Gentle Jaws
Nautilus
Parasol Parachute
Sky Ghosts
Water Window

 

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