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THOMAS
DYBDAHL - Science
(Recall)
[site]
- acheter
ce disque
Sur
son quatrième album, le deuxième de l'année
après la sortie tardive de "One
Day, You'll Dance for Me New York City", le Norvégien
langoureux entend montrer que la science est la chose la
plus sensuelle, poétique et belle qui soit. Et, à
défaut de convaincre les créationnistes auxquels
il est fait discrètement référence
sur le morceau d'ouverture, ou de ravir le cœur d'une
belle, sans doute changeante, qui se refuse à lui
de disque en disque ("How It Feels", "This
Year"), il fait littéralement fondre de plaisir
l'auditeur. Car "Science" est le disque de soul
intime le plus chatoyant et inspiré qu'il ait été
donné d'entendre depuis longtemps, un disque qui
va continuer à entretenir le double mystère
d'une musique capiteuse et libre d'attaches et d'une personnalité
artistique mystérieuse (ses livraisons discographiques
sont aussi mesurées, sa voix aussi tenue que ses
prestations scéniques sont fiévreuses). Sans
rompre de manière brutale avec la norme esthétique
qui a été jusque-là la sienne, un envol
de vocalises soul sur fond d'americana bien tempéré
(orgue, guitares slide, lapsteel et pedal steel), il prolonge
avec une aisance stupéfiante l'ouverture des perspectives
observée sur "One Day, You’ll Dance for
Me.. " : il y a dans le disque de discrètes
touches free-jazz (la basse, les percussions et les cuivres
de "Something Real"), des cordes classieuses ("How
It Feels", "Still My Body Aches"), des ponctuations
dignes d'une musique contemporaine plutôt ambient
et contemplative ("Maury the Pawn"), le tout fondu
dans un ensemble seyant, comme fait d'une pièce sans
coutures apparentes, les chansons glissant les unes dans
les autres avec une fluidité qui laisse pantois.
La transition entre la soul suave de "You", avec
ses chœurs fondants et un falsetto qui - espiègle
- défie Prince sur son terrain, et la douceur folk-rock
de "This Year", morceau qui tient parfaitement
en équilibre entre storytelling et harmonies, est
un exemple de ce qu'on aurait aimé entendre sur le
dernier Cat Power, pardon, sur n'importe quel autre disque
cette année. Mais c'est bien là et rien que
là. On ne mesure pas vraiment ce que cette beauté
libre doit à la conception ou à l'intuition
du musicien : lui-même dit avoir fait le disque en
fondant les mélodies sur les harmonies, et non l'inverse,
mais cela n'épuise ni le mystère ni le charme
de ses ballades suspendues que la voix, pas racoleuse pour
un sou (et elle a pourtant les moyens d’aguicher),
ponctue avec une grâce désinvolte. On évoquerait
volontiers l'alchimie si le mot avait encore un sens synonyme
de la science ici revendiquée, mais on est sûr
de ne pas se tromper en parlant de grand art.
David Larre
Something Real
How It Feels
Still My Body Aches
No One Would Ever Know
Dice
Always
U
This Year
Maury the Pawn
Outro
B a Part
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