> pub
maison de disque, labels, distributeurs : infos
TROY
VON BALTHAZAR - 3 EP (Powerful Wing Publishing) [site]
La
page biographie du site de Troy est sobre : "Troy Von
Balthazar writes beautiful music." C'est tout. Pourtant
il aurait pu facilement épater la galerie en parlant
de la carrière de Chokebore, dont il était
l'indéniable clef de voûte, de son amitié
avec Cobain sur une tournée commune, de ses talents
de multi-instrumentiste, ou de son envoûtant premier
album solo. Malgré tout, il semble que TVB fasse
fi de ces antécédents, voire qu'il fasse table
rase du passé en général. Les 3 EPs
réunis sur cette galette en sont une convaincante
démonstration, tant la musique de Troy s'extirpe
de toute influence prégnante. Mais, loin d'exhiber
une indépendance affichée à tout prix,
l'Américain livre onze perles sorties de nulle part,
et qui en effet ne doivent rien à personne. Ce qui
aurait pu être la réunion bancale de trois
titres et de quelques chutes de studio s'avère homogène
et lumineux - prenons donc ces 3 EPs comme un album à
part entière, ne serait-ce que pour le rentrer dans
nos tops de fin d'année.
D'un abord plutôt rugueux,
l'album dévoile ses atours au fil des écoutes.
En effet, point d'arrangements méticuleux sur ces
titres, mais bien plutôt des guitares amples et un
peu crades qui donnent ce ton si particulier, ni aéré
ni vraiment étouffant, de même que la voix,
qui à l'occasion prend des airs de refrain déclamé
quand elle n'est pas lancinante, et légèrement
sur-articulée. Tout cela fait penser à une
sorte de slow pop un peu lo-fi, pas de quoi fouetter un
chat, me direz-vous.
Et pourtant, tous les titres
sont guidés par une sincérité non feinte,
une sorte de profondeur affranchie des contingences (qualité
du son, références aux genres), qui les irradie.
Vous me direz aussi, sans doute, que les chanteuses à
voix canadiennes font preuve de la même qualité
de sincérité - certes. C'est sans doute là
qu'intervient le talent de compositeur de TVB. On ne se
risquerait pas à tenter des comparaisons sur ce point,
tant l'inventivité en est le maître-mot, le
chanteur empruntant des chemins aussi inattendus qu'enchanteurs,
tout en restant dans un registre intimiste, sur des rythmes
lents, exploitant à merveille une voix fragile et
souvent au bord de la rupture, comme sur le superbe "You
Could Ice Skate to This". On oscille sans cesse entre
cette profonde mélancolie qui irradie tous les morceaux,
et une flamboyance, un élan vital, des audaces de
sons, qui écartent tout misérabilisme, même
dans les moments, tels "Paradise", où la
voix se fait plus lancinante. Ainsi "Enemies"
: on est presque installé dans la ballade la plus
enlevée de l'album quand déboule ce solo de
guitare furieusement surmixé, impromptu, mais qui
se révèle indispensable à la réécoute.
Comme en concert, où
l'équilibre entre mise en scène affectée
et gestuelle spontanée est frappante, Troy, sur ces
trois EPs, livre ses sentiments avec une liberté
artistique, et une classe, indéniables. Un album
ovniesque et envoûtant, dont on peut seulement regretter
qu'il ne soit (pour l'instant ?) disponible qu'à
la fin de ses concerts.
David Dufeu
A lire également, sur Troy Von Balthazar :
la chronique de "Troy
Von Balthazar" (2005)
Paradise
EP
I Get Faded
Paradise (feat. The Black Pine)
Tone Clusters
Sweetheart (feat. Frigo) Sweet Receiver EP
Enemies
One Last Happiness
Sweet Receiver Red Spider EP
You Could Ice Skate to This
I Want Me to Want You (Sweetheart)
Red Spider
Good Night Emma