Vinaya - Les marges

13/02/2006, par Frédéric Antona | Albums |
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VINAYA - Les Marges
(Unlabel) [site]

VINAYA - Les MargesUne guitare. Une voix. La base, l'idiome blues de référence. Comme une image de Robert Johnson en 1936, tirant de sa guitare des sonorités inouïes, entre ciel et terre, paradis et enfer. Avec Vinaya, revenant en force après un EP intrigant, "Les Valses", on en est loin, et pourtant très proche. Ça vous paraît abscons, je m'explique.

Soyons clair : l'individu est seul en studio, passant des claviers aux percussions, de la guitare à la console de mixage. Ce qui ressort est un travail de son particulièrement épuré, qui repose principalement sur le jeu de guitare du musicien. Et là, c'est la surprise. Je ne sais pas trop où je me trouve, le premier morceau, "Une étrange lumière" est un véritable pont entre passé et avenir, tradition et expérimentation. Cette pièce instrumentale m'évoque tout à la fois un concerto pour luth du 18ème siècle et la musique répétitive de Philip Glass. Oui, à ce point là. C'est extrêmement épuré et pourtant se dégage de l'ensemble une complexité latente. Les textes ne sont là que pour donner une dimension sonore supplémentaire, le contenu passe au second plan, les syllabes s'entremêlent, mélangées aux harmonies parfois dissonantes de l'ensemble ("Etoile?Fleur", moment rare de déconstruction mélodique, qui rappelle certains passages du "Smile" de Brian Wilson). "Où vas-tu ?", et ses vocalises croisées avec le duo guitare-orgue, rappellent avec émotion les magnifiques jeux sonores de Robert Wyatt sur "Rock Bottom". La voix humaine employée comme instrument à part entière.

J'ai regretté dans un premier temps que l'album ne soit pas davantage étoffé au niveau de l'instrumentation, mais Vinaya a réussi un coup de maître en permettant à l'auditeur de découvrir, écoute après écoute, une profondeur supplémentaire à chaque morceau... "Je me souviens", en particulier, où les mouvements se dévoilent peu à peu, laissant apparaître une mélodie totalement prenante.

Cet album très court (huit titres, trente minutes pile) ne se laisse pas apprivoiser dès la première écoute. Il faut quelques passages pour que l'hermétisme de l'œuvre se dissipe peu à peu, laissant passer la lumière de ces compositions qui, malgré une apparente simplicité matérielle, dépassent largement les cadres de cette "funny little thing" que l'on appelle la pop. Dernière chose : ne vous laissez pas désarçonner par la première écoute. Persévérez, et vous saisirez au bout de quelques temps la force de ces "marges"... "Isle", le morceau de clôture, magnifique, résume parfaitement la tonalité de l'album. Un ciel plutôt gris que bleu.

Frédéric Antona

Une étrange lumière
Il marche dans le ciel
Aube
Où vas-tu ?
Etoile?Fleur
Chanson d'été
Je me souviens
Isle

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