Passé complètement sous nos radars, ce “Humanity Is More” (Les Disques Normal) sorti une dizaine de jours avant Noël mérite un petit coup d’œil dans le rétro. Alternant arpèges aériens, rock plus énervé, kraut voire post-punk, Megrim affirme et assume ses références (des goûts sûrs) mais ne produit pas qu’une pâle copie de ses idoles.
La ville de Bordeaux a de la chance de compter dans ses ruelles un super disquaire, Total Heaven puisqu’il faut bien le nommer. Et ce disquaire connaît bien sa clientèle. « T’es bien un fan de The Notwist ? Il faut ABSOLUMENT que tu écoutes ça ! C’est les Notwist de Rennes ! ». Très friand de ces expressions du type « les Beastie Boys de Mourmelon » ou « le Elliott Smith de Perros-Guirec », votre cher serviteur ne peut résister et prête ses deux oreilles, grand seigneur, au deuxième album de Megrim, sorti sept ans après le précédent, et dont la pochette ressemble étrangement à celle du premier disque de Placebo. Arpèges de guitare, basse et batterie sautillantes et, c’est vrai, une voix légèrement à côté de la plaque qui sonne comme celle de Markus Archer, chanteur du groupe allemand adoré, The Notwist. Ni une, ni deux, l’album est dans la poche, délestée elle de quelques euros ; mon disquaire et mon banquier se détestent.
Une fois le disque dans le lecteur, la première impression se confirme. “Daughter”, le morceau inaugural, rappelle les arpèges de Radiohead avant que la guitare ne s’acharne accompagnée par une batterie qui ne fatiguera jamais de l’album. Puis “The Endless Throng” sonne en effet comme un inédit de The Notwist. Plus noisy et moins mélancolique, Megrim se veut aussi plus noir, notamment sur “Sever” avec sa guitare et ses accords lourds, « Joy is for dreamers »…
À la voix, à la six-cordes et aux claviers, Olivier Doreille (déjà aperçu dans les années 90 au sein du groupe Les Autres, indie lo-fi avec option shoegaze) mène la barque, bien accompagné de Sébastien Desloges à la basse et de Cédric Le Roux derrière les fûts. Le trio est appuyé par des cuivres bien sentis comme sur le superbe “Léo”, accompagnant une mélodie imparable et une batterie tout en « force douce », comme si Jimmy Chamberlin des Smashing avait troqué ses baguettes pour des cotons-tiges géants… Des cuivres qui font aussi lever le poing comme sur “Too Late” ou plus jazzy sur “Simone’s Style”. On va essayer de ne pas perdre de vue ce Megrim, un drôle de poisson dans le paysage musical français.
